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Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

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 Radio Chtif

 

 

free music

Nouvelle Radio !
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Brèves de comptoir

13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

 




 

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Dimanche 18 mai 2008

“Vous connaissez Mötley Crüe ? Non ? Alors, comment dire ?… est-ce que par hasard ça vous dit quelque chose, euh… la drogue ?”

 

La formule est de Thomas DVB. Quelque part, on pourrait dire qu’elle résume parfaitement tous les tenants et les aboutissants du groupe de Tommy Lee (pour n’en citer que le membre le plus connu – j’allais dire : le plus imposant). Quelque part aussi, on pourrait s’arrêter là et passer autre chose. Après tout, s’il est un groupe dont tout le monde se branle aujourd’hui, c’est bien Mötley Crüe. Tentez un sondage parmi vos relations, sans doute trouverez-vous pas mal d’amateurs de grosses bouses 80’s, mais pas un n’aurait l’idée même de défendre Mötley Crüe.

 

Il faut dire que le groupe n’a rien fait pour éviter cette situation : enlevez-lui la défonce et le maquillage, il ne restera qu’une enveloppe blette à peine garnie d’un ou deux morceaux, disons simplement mémorables. Aujourd’hui, cependant, il y a prescription, et l’on peut considérer la chose sous un angle plus affectif : après tout, les Crüe ne sont pas les seuls à avoir basé leur carrière sur le membre du chanteur. Et puis, avouons-le, les gamins que nous étions adoraient ces histoires de batterie tournoyante, de groupies à la queue leu leu devant les loges. Les exigeants avides de détails supplémentaires en trouveront quantité dans « Dirt », la bio officielle du groupe, traduite en français six ans après sa première parution US.

 

Vince Neil : " je viens vous chanter la ballade, la ballade, des gens heureux..."

Tout y passe, des squats cradingues des débuts jusqu’aux limousines de la belle époque, puis les filles, les bastons, les psychotages de Mick Mars l’autiste, les accidents mortels, les overdoses de Nikki Sixx, la totale. Et surtout, il y a ces histoires semi-légendaires que l’on se transmettait de rocker en fils, le soir à la chandelle, avant qu’elles ne trouvent confirmation dans ces pages : les guirlandes de seringues à Noël, les lignes de fourmis avec l’ami Ozzy… Au rayon pitreries, les Crüe sont de bons élèves, c’est indéniable (même si malgré tous leurs efforts, ils n’arrivent pas à détrôner le poisson-chatte de John Bonham). L’amateur de sensations fortes en aura pour son argent. On imagine sans peine l’armada d’avocats qu’il aura fallu convoquer pour achever ce bouquin où chaque membre du groupe prend bien soin de préciser qu’il a baisé la femme de l’autre (et celle du manager, et la votre aussi, sans doute). Certes, les purs mélomanes risquent de rester sur leur faim : il faut attendre la page 309 et la première cure de désintoxication collégiale du Crüe pour entendre parler un peu de musique. Là n’est pas le propos de toutes façons.

 

le Crüe au complet pour sa douche annuelle


A la fin du bouquin, le ton change : tout le monde essaie d’avoir l’air mature, et commence à parler de ses gamins, du bonheur et de la difficulté d’être père etc… Alors là, c’est le bouquet. M’est avis qu’en fait, nos pieds nickelés avaient une belle conditionnelle sur le dos pour une raison ou une autre, et qu’ils se sont dit : « faisons un bouquin pour dire qu’on a peut-être une peu abusé avant mais que tout ça c’est derrière nous, et le juge sera plus coulant ». Tommy Lee a d’ailleurs l’air absolument débile quand il essaie de passer pour un père attentionné. A la naissance de son gamin, il a dit :

« I love you, Brandon,

my son »

 et il a trouvé que ça faisait une rime tellement géniale qu’il décida d’en faire toute une chanson. Elle est sur le best of, c’est un calvaire.

 

Au final, le plus intéressant (et inattendu pour ce type d’ouvrage), c’est qu’au-delà des aventures somme toute rigolotes de nos héros se dessine en filigrane une espèce d’épopée rock’n rollienne typique. Epopée vouée à l’échec de façon tellement évidente qu’elle en devient un cas d’école. « Dirt » expose à peu près tout l’éventail de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour qu’un groupe capote. Les apprentis rockeurs prendront donc le temps de retenir les leçons essentielles de « Dirt » afin d’espérer ne pas finir dans le caniveau (ou en prison, ou tout simplement mort). Résumons-en les grandes lignes ici. Un : les filles foutent la merde dans tous les groupes. Deux : les avocats aussi. La messe est dite.


En bonus, parce qu'on n'est pas radin sur les bonus chez le Chtif, une vidéo pas si mauvaise de "Shout at the devil", avec un petit déhanché de Vince Neil qui à lui seul explique le succès du groupe.

 



via Sefronia (c)

par Chtif publié dans : BD & Bouquins
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Jeudi 1 mai 2008

J’avais vu Why ? pour la première fois à Nancy en 2006. Une petite quarantaine de personnes curieuses dans la salle (la plupart rameutées par la formation locale qui assurait la première partie), une ambiance intimiste au départ qui finalement succombe à la douce folie du groupe californien.  

Hier, c’est un Café de la Danse bondé (2 ou 300 personnes à l’aise) qui accueille la nouvelle tournée marathon du groupe. Bonne salle, d’ailleurs, avec un bar en hauteur bien placé.

 

Je m’étonne auprès de mon voisin de droite de voir autant de monde pour un groupe plutôt confidentiel, celui-ci me répond que :

1)      non, vraiment y’a pas grand monde (…alors que la salle est pleine, connard)

   et 2) tout le monde en parle, de Why?, je vois pas ce qu’il y a de surprenant (mes fesses)

L’archétype du parigot pourri de suffisance, quoi.

 

L’espace d’un instant, j’ai bien peur de m’être jeté dans la gueule du loup, cerné de geeks en puissance blasés jusqu’à la moëlle par les groupes qui vendent plus de 2000 disques (et c’est vrai que le look y est, chemises à carreaux, grosses lunettes cerclées de noir, on devine le lectorat des Inrocks ou de la Blogothèque par excellence).

 

 

Heureusement, mes voisins de gauche ont de bonnes trognes et ne se la jouent pas élitistes. Ils bossent dans la com’, mais n’en ont pas l’air, sont plutôt marrants et la demoiselle, Nora, monte son propre « one woman show ». Tiens, il faudra qu’on m’explique ça aussi : qui que vous rencontriez aujourd’hui, vous tomberez forcément sur un comédien, un artiste underground qui travaille le plastique recyclé, ou un D-J qui revient d’une séance de mix dans un festival US. Je ne sais pas si c’est la génération internet qui veut ça, mais c’est un fait : aujourd’hui, tout le monde est plus intéressant que vous. Effrayant.

 

Bref, tout ça pour dire qu’il est assez fascinant de suivre un groupe en pleine évolution, et que l’acharnement de Why ? commence à payer. Bonne nouvelle.

 

Evangelista, groupe mi-New Yorkais mi-québécois, si j’ai bien compris, ouvre la soirée de manière très expérimentale. Il y a un gars aux claviers qui fait de drôles de sons, un violoncelliste, un batteur qui s’éclate sur ses roulements de cymbales, une grande bassiste qui joue deux-trois notes de temps en temps, la tête dans son ampli. Et au milieu, une chanteuse, Carla Bozulich, qui aime crier à côté du micro et passe son temps à se demander si taper sur le bord de la caisse, là, n’offrirait pas un rendu intéressant. Dans tous les cas, ça lui donne un air inspiré, un petit côté poétesse à la Patti Smith.

 

 

A partir de là, on peut proposer deux versions. La positive, c’est que le magma sonique qui en découle ne fait pas dans la facilité et donne effectivement quelques rendus intéressants par moments. La deuxième, c’est que n’est pas Godspeed You! Black Emperor qui veut, et qu’il manque quand même à Evangelista une maîtrise basse-guitare efficace  pour faire décoller son public (ce qui est, semble-t’il, le but avoué). En clair, la très louable tentative de création de sonorités et d’ambiances chez Evangelista n’occulte pas totalement cette désagréable impression de : « on fait de l’Art mais remarquez, on reste cool » (sûr qu’il y avait moyen de se faire lyncher dans la salle, avec des phrases comme ça). Enfin, allez juger par vous-même.

 

Why ? prend le temps de s’installer, se lance des vannes avant d’entamer sa prestation, et séduit par son pseudo-amateurisme tranquille. La première impression se confirme : finie la curiosité polie de 2006, le public est connaisseur, réagit aussi bien aux morceaux de « Elephant eyelash » que du petit dernier, « Alopecia », tout aussi bon que son prédécesseur. Le groupe est désormais quatuor, sur scène tout du moins : de quoi offrir une assise plus confortable à la complexité des arrangements. C’est là d’ailleurs l’étrange paradoxe de Why ?, de multiplier les couches de bric et de broc, de cordes et de percussions tout en conservant une simplicité et une naïveté délectables aux compositions. Le xylo est à l’honneur, et de belle manière, ce qui n’est pas une mince affaire (on ne compte plus les groupes branle-bite qui ont un xylo dans leur attirail).

 

Yoni Wolf, grand maître d’œuvre, se sent de plus en plus à l’aise dans un registre pop. Les percées emphatiques sont plus récurrentes (« Simeon’s dilemma », « Fatalist palmistry ») et alternent agréablement avec son excellent phrasé rap initial. Il est toujours étonnant de le voir maîtriser ses cha-chas et ses toms tout en enquillant avec une facilité déconcertante des déliés ultra-rapides du genre « if I’m sinking in, laughing at something

sunken in, I am ». Avec la tignasse saccadée de son batteur qui s’excite à côté, on a parfois l’impression de voir un cirque de puces en action, merveilleuse mécanique horlogée qui prend son pied à s’enrayer.

Et « Gemini (birthday song) » me direz-vous ? Aïe, s’il y a bien une petite déception à avoir de ce concert, c’est bien celle-là, j’ai trouvé « Gemini » un peu expédiée à la va-vite. Il faut dire aussi que j’ai dû l’écouter quelques dizaines de fois ces deux dernières années, et vous savez ce que c’est, la force de l’habitude… D’ailleurs, je commence à vous parler un peu trop de ce groupe, il ne faudrait pas vous lasser avant même que vous ne l’ayez écouté. Avec son excellent nouvel album, enrichi d’une palette étoffée, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire.

 

 

En bonus : Les bonnes vidéos live de Why ? sont assez rares (inexistantes en fait). Celle-là n’est pas trop pourrie : « Good Friday », ma préférée du dernier album « Alopecia ».

 

 

par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Vendredi 18 avril 2008
Mon cher Guic',

En tant que confrère blogueur, je t'avouerai que ton idée des
"80 minutes d'éternité" était excellente (ou "80 minutes pour une éternité" pour être exact, enfin bref...). Ah le vieux fantasme de dresser son Panthéon personnel à la gloire de tout ce qui nous construit (et nous détruit parfois). On a parfois besoin d'un bon coup de pied au cul pour poser cartes sur table, et faire le bilan. Pour ceci, merci à toi d'avoir sonné le gong.

En tant qu'ami, néanmoins, je me permettrai d'ajouter que tu es un fieffé petit salopiôt. Avoue que tu te régalais à l'avance de nous imaginer trimer sur cette sélection, verser quelques gouttes de larme et de sueur pour faire pencher la balance du côté de tel titre au détriment d'un autre. Pour cela, monsieur, je ne vous salue pas.

Ceci dit, Guic', tu sais aussi que je t'aime bien, alors je ne lésinerai pas sur un gros béco avant de te quitter.

Ton Chtif.

Voilà ma sélection. Deux faces, une pour se mettre la tête à l'envers, une pour faire déborder sa bière.

Face A :    
The Human Beinz Nobody but me 2'19
The Trashmen Surfin' bird 2'17
Bérurier Noir Porcherie (live) 3'46
Rage Against The Machine Killing in the name 5'14
Noir Désir Comme elle vient 2'23
Violent Femmes Add it up 4'33
Creedence Clearwater Revival Lookin' out my back door 2'34
Patti Smith Gloria 5'53
Steppenwolf Born to be wild 3'30
     
Face B :    
Bruce Springsteen The River 5'00
Led Zeppelin Babe I'm gonna leave you 6'40
The Rolling Stones You can't always get what you want 7'32
22-20's Baby bring bad news 3'48
Grant Lee Buffalo Superslowmotion 5'37
Why ? Gemini (birthday song) 5'20
David Bowie The lady grinning soul 3'53
Antony and the johnsons Spiralling 4'25
Radiohead Let down 4'59
     

La liste qui précède me semble bien être le meilleur auto-portrait possible (même si par souci d'homogénéité, j'ai écarté pas mal de bizarreries qui me sont chères). Mais comme il y a un ptit côté introspectif assez émouvant à l'établir, vous aurez aussi droit en guise d'illustration à la gueule du Chtif sur ce blog, avec ses disques. Pour la première et dernière fois, cela va sans dire.




par Chtif publié dans : Bordel rock
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Mercredi 9 avril 2008

 




Il y a de petites choses, comme ça, devant lesquelles raison défaille. Comment les Rolling Stones ont remisé leurs fantasmes vicieux au placard pour « She’s a rainbow ». Comment Johnny Thunders réussit à trouver cinq minutes de lucidité pour écrire « It’s not enough ». La pluie de notes à la huitième minute quarante-deux de « Marquee moon »… Autant d'accalmies inattendues. Autant de cruelles promesses, celles de quelque ailleurs inaccessible. « Un tas d’immondice et au milieu, une fleur écarlate », commentait je ne sais plus qui, à propos de Bukowski.

 

Dans le genre, « Gemini (birthday song) » me fait l’effet d’un rai de lumière déployant son prisme pour braver l’orage. Je me souviens m’être fait happée par elle au beau milieu du concert de Why ?, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Yoni Wolf tapait sur tout ce qui passait entre ses mains, chantait les yeux plissés cette histoire racontée mille fois depuis que le monde est monde. Celle d’une union inconditionnelle, ancrée aux petits détails du quotidien ; des ongles vernis, un lit défait... “When we're on different sides of the globe, I thought we'd keep our veins tangled like a pair of mic cables”. Il existe donc encore des gens capables de nous remuer les sentiments avec cette vieille rengaine démodée, l’amour ? Pire encore, « Gemini » est de ces chansons qui vous feraient brûler les ailes à taquiner l’espoir.

 

Car -comment pourrait-il en être autrement ?- de sombres nuages menacent l’idylle. Un peu comme si l’idéal allait fatalement de pair avec le tragique. L’ombre de l’éloignement, de la mort… Ne me demandez pas ce qu’il en est, exactement, l’écriture de Yoni Wolf est trop personnelle pour se rendre complètement intelligible. Voilà deux ans désormais que j’essaie de percer le secret des paroles, et de leur écrin. Le texte est onirique, sensuel (“Bathed, shaved, and oiled, your legs are two skinny dolphins swimming”), aux prises avec le piano bancal ; et le rythme, celui d’un cœur défaillant. L’ultime verset me plonge encore et toujours dans des tourments bouleversants :

“You know my build.
You know my size
.
The degree to which my eyes
are astigmatic.”

 

« Gemini ». Christopher Louie en a récemment fait un clip de belle facture. L’occasion de vous reparler de cette chanson, l’une des seules capables de me faire assumer un article aussi gnan-gnan. Mais que voulez-vous ? J’aime à penser qu’il existe une femme, quelque part, qui a inspiré cette merveille. Puisse-t’elle nous laisser brûler un peu plus.

par Chtif publié dans : Every song tells a story
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Lundi 3 mars 2008

Je me demande si ça vous arrive également. Virer monomaniaque à l’écoute d’un morceau qui phagocyte toute nos forces vitales des jours durant (au grand dam du reste de la surproduction actuelle qui, du coup, ne undefineddispose plus d’une once d’attention). Dommage aussi pour les voisins ; j’imagine la tête des miens qui se sont mangé tout un dimanche de « Silent world » de Marquis de Sade, le crachotement compulsif du sillon en prime puisque je ne l’ai qu’en vinyle, il fallait se relever à chaque cigarette pour recaler le morceau aux premières notes.

 

Je me rappelle aussi d’une sombre journée de janvier 97 qui avait vu défiler 60 fois « No one but you » de Queen (60 fois selon les organisateurs, 150 au bas mot selon les autorités parentales). Tout ça motivé par une rupture surprise que je n’ai jamais totalement digérée. Tout comme « No one but you » d’ailleurs, que je n’ai plus jamais réécoutée par la suite, jusqu’à aujourd’hui. En fait, personne ne se souvient de ce morceau, tant mieux il est totalement déprimant. N’allez pas l’écouter, ça me rappellera de mauvais souvenirs.

 

Si je vous raconte ça, c’est que je stagne depuis une quinzaine sur le premier album des Violent Femmes, dernière découverte en date (alors que l’album est sorti en 83…), courtesy of  NedLabs petit salôpiot qui eut la mauvaise idée de publier un article dessus. Il a suffi d’un seul « Add it up » pour renvoyer la pile de CDs en retard aux calendes grecques. Catégorisé fort justement comme du folk-punk, « Add dit up » est absolument démentiel, fougueux et sec, avec un minuscule solo flash de guitare au milieu, et une basse Entwistlienne  qui va jusqu’à plaquer des accords de vierge de fer. Il y a aussi Gordon Gano, qui fait partie de cette catégorie d’androgynes vocaux, un peu comme Tracy Chapman, dont on ne peut identifier avec certitude le sexe à la première écoute. Gordon chante comme s’il se comprimait continuellement les couilles pour retarder le moment fatidique à son premier rencard. Vous imaginez la tension de la chose. Des gens ont dû devenir dingue en écoutant ça.

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Bon, honnêtement je n’ai pas passé 15 jours QUE sur « Add dit up » des Violent Femmes. Il y a eu aussi ses petites sœurs, « Please do not go » (un reggae avec une basse à foutre le frisson – tout est dit dans le titre), et « Confessions » (violemment solitaire, limite égoïste). Tout le reste de l’album est à l’unisson, en fait, quand ce n’est pas excellent, c’est tout simplement très bon. Gordon Gano y révèle une inventivité telle qu’on a du mal à l’imaginer galérer pour appâter la gueuze. Et pourtant, à en croire les paroles, ça doit pas être Noël tous les jours (« Violent Femmes » prend tout son sens…). Les adolescents trouveront là un bon compagnon de misère pour noyer leur timidité (et même à 27 ans passés ça marche encore).


Des ados, on en a vu pas mal aussi se presser aux derniers concerts parisiens de Parabellum (à la Loco et au Nouveau Casino), ce qui est rassurant, quelque part. Ahlala, mes potos, quel beau spectacle que celui de ces jeunôts tout excités de monter sur scène pour taper la bise à Schultz. Il faut dire qu’avec sa barbe de grand sage et sa carrure cinquantenaire, Schultz a tout du tonton punk idéal, lui qui entonnait déjà son « Mort aux vaches » bien avant que papa ne fasse risette à maman. Aujourd’hui, on va voir Parabellum en famille : la pundefinedrogéniture savoure sa première communion sur fond d’authentique décibels et va récolter des bleus dans le (très intense) pogo sous le regard ému des parents assagis. Magnifique. 25 ans après ses débuts, Parabellum écume encore les salles, et se dépoussière un statut tout neuf de groupe-phare de la scène alternative française. Les petits jeunes, là, ce sont eux qui écriront les fanzines plus tard, les encyclopédies, tout ça. Parabellum devrait y figurer en bonne place, et c’est tout le bien qu’on leur souhaite.


Peut-être avez-vous noté que la notion de « punk » revient plus que régulièrement dans ces colonnes, un peu à tout bout de champ, c’est vrai. Non pas que je vénère la crête outre mesure. Simplement, il semble de plus en plus évident que le critère punk est le plus sincère et respectable qui soit. Quand un jeune groupe déboule et commence son set par « on s’appelle Diego Pallavas… et on vous emmerde ! Einz Zwei Drei Viiier !!! BLAM », ben là vous pouvez me foutre Mick Jagger sur la scène voisine que je ne bougerais pour rien au monde. C’est déconneur, irresponsable et maladroit ça se moque de nous et des autres et de tout et ça dégaine Einz Zwei Drier Vieeer et ça tire et ça rate et c’est drôle, et c’est excitant et ça nous pique notre pognon et on s’en fout… Pas besoin que ça beugle dans tous les sens pour mériter son appellation punk, ceci dit. Question d’intention avant tout… Ah et puis, ne comptez pas sur moi pour essayer de définir ce qu’est le punk, hein, on s’y est tous cassés les dents. Mais voyons, c’est pourtant pas compliqué à comprendre :

Les Violent Femmes, la Maison Tellier, la Phaze, Television, Beirut… : punk.

Red Hot : plus punk.

BB Brunes, Jérôme Attal (connaissez pas ? attendez un peu), Avril Lavigne, Cali : pas punk du tout, me dites pas que je vous apprend quelque chose quand même.

Bête et méchant comme classification, mais que voulez-vous, au bout d’un moment, ça se renifle l’honnêteté. Dans ma petite dictature musicale, les punks seraient exonérés d’impôt (et tant qu’à faire, les fans de Phil Collins paieraient l’ISF).

 undefined

Toujours dans ma petite dictature, on s’arrangerait pour que tout ça soit cohérent. Il y aurait :

-         des humoristes punks à la télé : Olivier Sauton, par exemple, que peu connaissent vu qu’il peut vanner les petits somaliens et défendre Dieudonné dans la même phrase (ah sinon j’ai été voir le spectacle de Thomas VDB aussi, le critique rock, basé sur des anecdotes d’interview, c’est très drôle aussi – en plus le pauvre est fan de Queen et tout le monde se fout de lui à cause de ça. Allez hop : Tom VDB : Ministre de la Culture).undefined

 

-         des librairies punks à tous les coins de rue, comme « Un regard moderne », rue Git-le-Cœur à Saint-Michel, seule librairie répertoriée où il est quasi impossible de rentrer tellement c’est le foutoir – ils devraient la mettre dans le Routard celle-là (de plus en plus parisianiste ce blog, un conseil : fuyez)

 

-         des publicités punks (oui, oui, le Chtif est un vendu et se ferait plein de thunes) : j’ai pas trouvé l’affiche, mais j’ai bien aimé dernièrement celle avec les ptis d’jeun’s à la mode du Gibus qui dit « ne riez pas, ce sont eux qui paieront votre retraite ».

 

-         des émissions punks avec papy Philippe : la Nouvelle Star – rhâââ-ââ-âââ – rire con - j’ai pas pu m’empêcher.

 

Pour établir le futur QG de ma petite dictature, j’ai aussi cherché un bar-concert parisien qui sierait bien à mon petit séant… mais pour l’instant j’ai fait chou blanc. J’ai bien tenté la Flèche d’or à Belleville, bien attrayante avec des concerts quotidiens, indés, électro… Même Bebop and Lulla en fait la pub chez lui (et c’est plutôt bon signe : que ceux qui ne connaissent pas Bebop aillent flâner du côté de son site, c’est un très beau bordel. Entre autres joyeusetés, on y trouve une bien sympathique initiative du patron, la rubrique « les rockeuses les plus sexys » qui m’a permis de découvrir Kap Bambino, notamment, une version française de Atari Teenage Riot, avec une chanteuse que je verrais bien en première dame). Bref, revenons à nos croûtons : la Flèche d’Or, on flairait la bonne affaire, il fallait bien vérifier ce qui se tramait dans ce coin-là.

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Malheureusement, rendus sur place pour écluser quelques bières (et revoir 1900), j’avoue qu’on déchante.  Déjà, à notre arrivée se déroule sur scène un truc infâme du nom de Jérôme Attal, l’archétype du parisien désabusé qui se la joue littéraire et absent (attendez, à un moment, il nous a quand même pondu : « the next song is… oui, je m’entraîne pas’que je pars enregistrer à Londres, demain… bref… thenextsongis… » - dans ma petite dictature, on aurait affrété un charter pour qu’il parte plus vite).

 

Mais ce n’est pas tout : à la sixième tournée,  il me manque un euro pour compléter la suivante. Négociation avec le serveur : « tu nous la fais à 8, la prochaine ? j’ai pas assez  » . Le barman – physionomiste - me regarde comme si j’étais le dernier des péquenauds du fin fond de l’Allier (ce en quoi il ne se trompe pas) et me tance, plus méprisant que Lou Reed : « Ah non. Ca va pas être possible, là. Je peux rien faire pour toi. ». Bonjour l’esprit commerçant. Qu’il est loin le temps où l’on pouvait passer derrière le bar pour servir les clients dans notre fief nancéien. Bref, passons. Pas découragés pour autant (mais un poil énervés quand même) on undefinedrepasse au vestiaire. Je demande ma veste (2 euros le dépôt à l’entrée), chope la CB, et rend le tout à la dame-vestiaire… qui me décoche, alors que je m’en retourne vers la sacro-sainte tireuse : « Hé ?... ça fait 2 euros »… Je ne sais qui d’elle ou moi avait le regard le plus bovin à ce moment-là.

 

 N’allez pas à la Flèche d’Or, svp, ça me rappellera encore de vilaines choses. Sauf, éventuellement, mais vraiment en cas de force majeure, pour aller soutenir Jil Is Lucky, qui nous a tout de même sauvé la soirée. Tenez, on va finir avec eux, parce que vraiment ça vaut le coup, c’est une espèce de folk indé avec une tignasse inspirée qui s’emballe bien sur fond de contrebasse. Sur leur Myspace, piochez direct le morceau « Wanderer » qui sur le coup apaisa toutes mes velléités de putsch envers le comptoir. En attendant le coup d’état, on a quand même eu droit à un peu de groove.

 

Allez, tous en coeur : Einz Zwei Drei Vieeer ! et à la revoyure.

par Chtif publié dans : L'aigri du mois
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Ptite pensée ...


Ce site est dédié au plus imprévisible  des chefs cuistos: Keith Moon.
(c'est un peu le bordel sur ce site : il aurait adoré)

La plupart des chroniques publiées ici sont aussi dégotables sur http://www.sefronia.com .



Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
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