L'aigri du Putsch

Publié le par Chtif

Je me demande si ça vous arrive également. Virer monomaniaque à l’écoute d’un morceau qui phagocyte toute nos forces vitales des jours durant (au grand dam du reste de la surproduction actuelle qui, du coup, ne undefineddispose plus d’une once d’attention). Dommage aussi pour les voisins ; j’imagine la tête des miens qui se sont mangé tout un dimanche de « Silent world » de Marquis de Sade, le crachotement compulsif du sillon en prime puisque je ne l’ai qu’en vinyle, il fallait se relever à chaque cigarette pour recaler le morceau aux premières notes.

 

Je me rappelle aussi d’une sombre journée de janvier 97 qui avait vu défiler 60 fois « No one but you » de Queen (60 fois selon les organisateurs, 150 au bas mot selon les autorités parentales). Tout ça motivé par une rupture surprise que je n’ai jamais totalement digérée. Tout comme « No one but you » d’ailleurs, que je n’ai plus jamais réécoutée par la suite, jusqu’à aujourd’hui. En fait, personne ne se souvient de ce morceau, tant mieux il est totalement déprimant. N’allez pas l’écouter, ça me rappellera de mauvais souvenirs.

 

Si je vous raconte ça, c’est que je stagne depuis une quinzaine sur le premier album des Violent Femmes, dernière découverte en date (alors que l’album est sorti en 83…), courtesy of  NedLabs petit salôpiot qui eut la mauvaise idée de publier un article dessus. Il a suffi d’un seul « Add it up » pour renvoyer la pile de CDs en retard aux calendes grecques. Catégorisé fort justement comme du folk-punk, « Add dit up » est absolument démentiel, fougueux et sec, avec un minuscule solo flash de guitare au milieu, et une basse Entwistlienne  qui va jusqu’à plaquer des accords de vierge de fer. Il y a aussi Gordon Gano, qui fait partie de cette catégorie d’androgynes vocaux, un peu comme Tracy Chapman, dont on ne peut identifier avec certitude le sexe à la première écoute. Gordon chante comme s’il se comprimait continuellement les couilles pour retarder le moment fatidique à son premier rencard. Vous imaginez la tension de la chose. Des gens ont dû devenir dingue en écoutant ça.

 undefined

Bon, honnêtement je n’ai pas passé 15 jours QUE sur « Add dit up » des Violent Femmes. Il y a eu aussi ses petites sœurs, « Please do not go » (un reggae avec une basse à foutre le frisson – tout est dit dans le titre), et « Confessions » (violemment solitaire, limite égoïste). Tout le reste de l’album est à l’unisson, en fait, quand ce n’est pas excellent, c’est tout simplement très bon. Gordon Gano y révèle une inventivité telle qu’on a du mal à l’imaginer galérer pour appâter la gueuze. Et pourtant, à en croire les paroles, ça doit pas être Noël tous les jours (« Violent Femmes » prend tout son sens…). Les adolescents trouveront là un bon compagnon de misère pour noyer leur timidité (et même à 27 ans passés ça marche encore).


Des ados, on en a vu pas mal aussi se presser aux derniers concerts parisiens de Parabellum (à la Loco et au Nouveau Casino), ce qui est rassurant, quelque part. Ahlala, mes potos, quel beau spectacle que celui de ces jeunôts tout excités de monter sur scène pour taper la bise à Schultz. Il faut dire qu’avec sa barbe de grand sage et sa carrure cinquantenaire, Schultz a tout du tonton punk idéal, lui qui entonnait déjà son « Mort aux vaches » bien avant que papa ne fasse risette à maman. Aujourd’hui, on va voir Parabellum en famille : la pundefinedrogéniture savoure sa première communion sur fond d’authentique décibels et va récolter des bleus dans le (très intense) pogo sous le regard ému des parents assagis. Magnifique. 25 ans après ses débuts, Parabellum écume encore les salles, et se dépoussière un statut tout neuf de groupe-phare de la scène alternative française. Les petits jeunes, là, ce sont eux qui écriront les fanzines plus tard, les encyclopédies, tout ça. Parabellum devrait y figurer en bonne place, et c’est tout le bien qu’on leur souhaite.


Peut-être avez-vous noté que la notion de « punk » revient plus que régulièrement dans ces colonnes, un peu à tout bout de champ, c’est vrai. Non pas que je vénère la crête outre mesure. Simplement, il semble de plus en plus évident que le critère punk est le plus sincère et respectable qui soit. Quand un jeune groupe déboule et commence son set par « on s’appelle Diego Pallavas… et on vous emmerde ! Einz Zwei Drei Viiier !!! BLAM », ben là vous pouvez me foutre Mick Jagger sur la scène voisine que je ne bougerais pour rien au monde. C’est déconneur, irresponsable et maladroit ça se moque de nous et des autres et de tout et ça dégaine Einz Zwei Drier Vieeer et ça tire et ça rate et c’est drôle, et c’est excitant et ça nous pique notre pognon et on s’en fout… Pas besoin que ça beugle dans tous les sens pour mériter son appellation punk, ceci dit. Question d’intention avant tout… Ah et puis, ne comptez pas sur moi pour essayer de définir ce qu’est le punk, hein, on s’y est tous cassés les dents. Mais voyons, c’est pourtant pas compliqué à comprendre :

Les Violent Femmes, la Maison Tellier, la Phaze, Television, Beirut… : punk.

Red Hot : plus punk.

BB Brunes, Jérôme Attal (connaissez pas ? attendez un peu), Avril Lavigne, Cali : pas punk du tout, me dites pas que je vous apprend quelque chose quand même.

Bête et méchant comme classification, mais que voulez-vous, au bout d’un moment, ça se renifle l’honnêteté. Dans ma petite dictature musicale, les punks seraient exonérés d’impôt (et tant qu’à faire, les fans de Phil Collins paieraient l’ISF).

 undefined

Toujours dans ma petite dictature, on s’arrangerait pour que tout ça soit cohérent. Il y aurait :

-         des humoristes punks à la télé : Olivier Sauton, par exemple, que peu connaissent vu qu’il peut vanner les petits somaliens et défendre Dieudonné dans la même phrase (ah sinon j’ai été voir le spectacle de Thomas VDB aussi, le critique rock, basé sur des anecdotes d’interview, c’est très drôle aussi – en plus le pauvre est fan de Queen et tout le monde se fout de lui à cause de ça. Allez hop : Tom VDB : Ministre de la Culture).undefined

 

-         des librairies punks à tous les coins de rue, comme « Un regard moderne », rue Git-le-Cœur à Saint-Michel, seule librairie répertoriée où il est quasi impossible de rentrer tellement c’est le foutoir – ils devraient la mettre dans le Routard celle-là (de plus en plus parisianiste ce blog, un conseil : fuyez)

 

-         des publicités punks (oui, oui, le Chtif est un vendu et se ferait plein de thunes) : j’ai pas trouvé l’affiche, mais j’ai bien aimé dernièrement celle avec les ptis d’jeun’s à la mode du Gibus qui dit « ne riez pas, ce sont eux qui paieront votre retraite ».

 

-         des émissions punks avec papy Philippe : la Nouvelle Star – rhâââ-ââ-âââ – rire con - j’ai pas pu m’empêcher.

 

Pour établir le futur QG de ma petite dictature, j’ai aussi cherché un bar-concert parisien qui sierait bien à mon petit séant… mais pour l’instant j’ai fait chou blanc. J’ai bien tenté la Flèche d’or à Belleville, bien attrayante avec des concerts quotidiens, indés, électro… Même Bebop and Lulla en fait la pub chez lui (et c’est plutôt bon signe : que ceux qui ne connaissent pas Bebop aillent flâner du côté de son site, c’est un très beau bordel. Entre autres joyeusetés, on y trouve une bien sympathique initiative du patron, la rubrique « les rockeuses les plus sexys » qui m’a permis de découvrir Kap Bambino, notamment, une version française de Atari Teenage Riot, avec une chanteuse que je verrais bien en première dame). Bref, revenons à nos croûtons : la Flèche d’Or, on flairait la bonne affaire, il fallait bien vérifier ce qui se tramait dans ce coin-là.

undefined

Malheureusement, rendus sur place pour écluser quelques bières (et revoir 1900), j’avoue qu’on déchante.  Déjà, à notre arrivée se déroule sur scène un truc infâme du nom de Jérôme Attal, l’archétype du parisien désabusé qui se la joue littéraire et absent (attendez, à un moment, il nous a quand même pondu : « the next song is… oui, je m’entraîne pas’que je pars enregistrer à Londres, demain… bref… thenextsongis… » - dans ma petite dictature, on aurait affrété un charter pour qu’il parte plus vite).

 

Mais ce n’est pas tout : à la sixième tournée,  il me manque un euro pour compléter la suivante. Négociation avec le serveur : « tu nous la fais à 8, la prochaine ? j’ai pas assez  » . Le barman – physionomiste - me regarde comme si j’étais le dernier des péquenauds du fin fond de l’Allier (ce en quoi il ne se trompe pas) et me tance, plus méprisant que Lou Reed : « Ah non. Ca va pas être possible, là. Je peux rien faire pour toi. ». Bonjour l’esprit commerçant. Qu’il est loin le temps où l’on pouvait passer derrière le bar pour servir les clients dans notre fief nancéien. Bref, passons. Pas découragés pour autant (mais un poil énervés quand même) on undefinedrepasse au vestiaire. Je demande ma veste (2 euros le dépôt à l’entrée), chope la CB, et rend le tout à la dame-vestiaire… qui me décoche, alors que je m’en retourne vers la sacro-sainte tireuse : « Hé ?... ça fait 2 euros »… Je ne sais qui d’elle ou moi avait le regard le plus bovin à ce moment-là.

 

 N’allez pas à la Flèche d’Or, svp, ça me rappellera encore de vilaines choses. Sauf, éventuellement, mais vraiment en cas de force majeure, pour aller soutenir Jil Is Lucky, qui nous a tout de même sauvé la soirée. Tenez, on va finir avec eux, parce que vraiment ça vaut le coup, c’est une espèce de folk indé avec une tignasse inspirée qui s’emballe bien sur fond de contrebasse. Sur leur Myspace, piochez direct le morceau « Wanderer » qui sur le coup apaisa toutes mes velléités de putsch envers le comptoir. En attendant le coup d’état, on a quand même eu droit à un peu de groove.

 

Allez, tous en coeur : Einz Zwei Drei Vieeer ! et à la revoyure.

Publié dans L'aigri du mois

Commenter cet article

Chtif 09/04/2008 23:35

...celle sur les Guns, je précise ! c'est vrai qu'il est sympa ce sticker, bel esprit ! (ça a bien changé depuis...)

Fredogino 21/03/2008 12:25

J'aime bien ta brève de comptoir, là...

arbobo 17/03/2008 17:18

Marquis de sade et les violent femmes dans le même article, fallait oser ^^mais j'adore les 2, alors ok.il y a peu j'étais au concert de Dominic Sonic : punk?rock en tout cas, jusqu'au bout des talons. Même génération que les autres d'aillerus, il me semble, puisqu'il a commencé avec Kalashnikov en 1979 et en solo en 1989.Les Violent femme,s je les ai d'abord eu en k7, ça n'aide pas pour l'écoute en boucle d'un morceau. Mais elle s'est usée prématurément, ça c'est sûr.

Chtif 09/04/2008 23:33


Dis-moi, tu as l'air bien calé sur le sujet : j'aimerais en apprendre plus. T'es pas sur paris par hasard ?


alf 12/03/2008 17:26

"Einz Zwei Drier Vieeer " ... à un moment ça frise la pose aussi, non? Sinon, aï-aïe-aïe Chtif : associer une rupture à une chanson, grossière erreur, ca retourne le couteau dans le play comme dirait Jane. Mais bon, on a tous fait pareil hein, snif...

Chtif 09/04/2008 23:33


ça frise la pose, ben euh... ça dépend. Disons qu'au bout d'un moment, y'a un expèce de sixième sens qui se développe pour dénicher les imposteurs


Fab de l An mil 11/03/2008 12:46

Il est rare le article de le Chtif.Mais foisonnant et jouissif il est. Bonheurifiant.

Chtif 09/04/2008 23:32


Tu t'es refait l'intégrale des Inconnus ? tranxen 200 ?