Dimanche 4 janvier 2009
7
04
/01
/Jan
/2009
15:29
Mes amis, il y a de petits plaisirs que l’on ne souhaite pas garder pour ses petits pignoles personnelles. La bande

dessinée « Lock groove comix » en est une.
L’auteur,
Jean-Christophe Menu, s’est affirmé au fil des années comme un fondateur et ardent défenseur de la bande dessinée indépendante, du genre à jeter des pavés dans la mare. Issu du
fanzine, JC Menu ne se satisfait pas du marasme conventionnel dans lequel s’englue la BD franco-belge des années 80. Trop de contraintes académiques de format et de thèmes :
JC Menu
s’emmerde ferme au milieu des vieux croulants des maisons d’éditions historiques. Il choisira donc d’élever ses propres structures de diffusion ; la première répond au sympathique nom de
l'
AANAL (oui, oui : Association pour l'Apologie du Neuvième Art Libre). C’est sur ces fondations que se construira plus tard
L’Association, fameuse maison fondée par
JC Menu,
Trondheim, and co, et dépositaire d’une garantie de liberté de ton pour tous ses auteurs.
Cet esprit « petit label » anime également
JC Menu dans ses choix musicaux : tout en couchant des hectolitres d’encre sur le papier, l’auteur s’enquille des disques par milliers, des
Beatles aux formations les plus obscures de shoegaze 80’s. C’est donc avec bonheur qu’on le voit aujourd’hui mixer ses deux passions pour nous faire bénéficier de sa collectionnite aigüe
avec « Lock groove comix ».
Le lock groove est à la base une curiosité connue des seuls fondus de vinyle : un simple sillon qui tourne en boucle à la fin de l’enregistrement, ceci permettant une ultime pirouette musi-comique
que quelques groupes jusqu’au boutistes n’ont pas manqué d’exploiter. Pour en profiter, il faut posséder une platine sans retour de bras automatique, autant vous dire que c’est un secret bien gardé
de nos jours ! Ceci vaut à l’auteur cette phrase magnifique :
« Moi, ma platine n’a même pas de bouton « 33t » ou « 45t », je dois soulever le plateau et changer la courroie d’axe. Aucun mécanisme superflu. Oui c’est chiant : Et alors !? »
Lister les lock groove intéressants de sa collection s’avère dès lors un excellent prétexte pour d’interminables digressions toutes plus jouissives les unes que les autres sur, en pagaille, les
vinyles introuvables, les concerts boueux, les séances de mix foireuses devant des publics non réceptifs… Bref, tous les petits plaisirs qui jalonnent la vie des vrais timbrés de musique.
Gageons que certaines séquences deviendront cultes : on pense notamment à celle de
Pere Ubu, complètement bourré en concert, qui se paie la tête de son groupe d’ouverture (les français de
Frigo, inconnus au bataillon, sont désormais les héros malgré eux d’une scène absolument hilarante).
Ceux qui ont aimé « Claudiquant sur le Dance-Floor » de
Luz adoreront les deux tomes déjà parus de « Lock Groove Comix ». Nul besoin cependant d’être un élitiste pour apprécier la BD.
L’auditeur lambda ne connaîtra pas le centième de la discothèque de
JC Menu, mais se poilera devant les désagréments qu’une passion poussée à ce degré d’extrémisme entraîne dans la vie
sociale de l’auteur.
« Lock groove » est un immense foutoir :
JC Menu entasse ses chroniques comme on amasse ses disques au sol devant la chaîne au court d’une nuit d’écoute acharnée. Ca sent la bière et le
sillon fumant, et l’on est en bonne compagnie, les oreilles encore tremblantes de bonnes vibrations.
Mots doux...