Chronique de "La Maison Tellier" - La Maison Tellier - 2006
Alors là, je me suis complètement fait avoir… J’ai entendu pour la première fois parler de
Maison Tellier en coup de vent sur un site pop-rock indé. Normalement, c’est le genre d’endroits qui inspire un minimum de méfiance (on connaît leur goût immodéré pour les xylophonistes sans voix et désaccordés, ces petites choses…), mais cette fois-ci, on dresse l’oreille. La "Maison Tellier", c’est d’abord une nouvelle de Maupassant, l’histoire des pensionnaires d’une maison close de campagne (texte intégral ici ). Pas le genre d’auteur ni de sujet prisé par les indés du moment : trop rural, pas assez "artiste", pas assez prétentieux. Non décidément, de jeunes gens choisissant pareil nom ne peuvent qu’être honnêtes et susciter l’intérêt. D’emblée, l’écoute nous le confirme.
la Maison Tellier ne s’abîme pas comme les centaines de descendants des Têtes Raides dans un réalisme vieille France et bal populaire. Exit également les revendications sociales pénibles : pas d’engagement écolo (Tryo), ni de rebellion à trois roubles (Cali), et franchement, ça détend. Et enfin bien malin qui arrivera à dénicher sur cet album la moindre pincette de snobisme chiant qu’il est de bon ton d’afficher chez les voisins de Môssieur Delerm.
Evitant ainsi tous les clichés d’une chanson française aujourd’hui bien ampoulée,
Qu’on n’aille pas non plus s’imaginer que nos tauliers s’enferrent dans un americana passéiste : derrière un souci d’homogénéité constant, le groupe dévoile diverses autres influences, que ce soit au travers d’une rythmique quasi-punk ("Cactus kid"), ou d’une complainte cuivrée à

Toulouse-Lautrec : un ami de la Maison Tellier ("Salon Rue des Moulins" - 1894)
Avec un texte au charme saisissant, "La chambre rose" s’impose comme une pièce maîtresse du répertoire : enfin un petit bordel que Marthe Richard ne nous enlèvera pas. Et puis il y a autre chose, que l’on n’ose à peine avouer : les vocaux d’Helmut Tellier possèdent ce timbre si puissant que seul auparavant Bertrand Cantat pouvait nous offrir. Inespéré ? Peut-être se trame-t’il quelque chose de grand, de très grand, derrière ce premier album. Cerise sur le gâteau, une impeccable reprise "pied dans la paille" de "Killing in the name" qui devrait garantir une reconnaissance totalement méritée pour ce groupe presque trop beau pour être vrai.
Morceaux qui tuent :
A la petite semaine
Fraulein S.
La chambre rose
En bonus : "Fraulein S." en écoute dans la radio, et le clip de "Cactus kid"
via Sefronia (c)