Gotan Project - Théâtre antique de Lyon - 15 juillet 2006

Publié le par Chtif

Découvrir un groupe en concert n'est jamais chose facile : l'appréhension de ne pas aimer se joint toujours au désir de découverte. De Gotan Project, je ne connaissais quasiment rien, si ce n'est  le dernier single électro-tango qui marche bien. Autant profiter de leur passage à Lyon pour changer de style et voir autre chose que des abrutis s'échiner sur leurs guitares en hurlant des insanités.

 

Première surprise en arrivant au théâtre antique, il y a foule pour combler les gradins. Eclectique et bien sage, le public fait la queue à l'entrée pour cette soirée "Tango nuevo". Il y a des familles entières, des mémés bien habillées, des jeunes tantôt branchés tantôt coolos, et la plupart ont prévu le petit coussin pour ne pas s'abîmer le popotin sur les marches de pierre.

Melingo, crooner cinquantenaire à l'allure de Parrain argentin, entame la soirée en louvoyant entre tango pur et dur, airs tzyganes entraînants, et complaintes rustiques fortement marquées par le violon lancinant. Il déambule sur scène, théâtral et un peu maladroit, avec un certain charme. Les rythmes sont variés, et chauffent progressivement un public ravi du dépaysement. Entre les morceaux, quelques fans hardcore osent même réclamer un titre à voix haute, genre "Muelta de borracho !!". Les débordements s'arrêtent là mais on est pas si loin finalement de l'ambiance des concerts rock : Melingo se met à plat ventre sur scène, les partitions s'envolent sous les coups de vent, et le public quitte son petit coussin pour standing-ovationner le groupe.

Pour les non-hispanophones, l'intérêt des morceaux reste cependant bien limité. On comprend vaguement, mimiques aidant, que Melingo s'est fait briser el corazon, ou que la guitare le démange ("la guitarra me faltaba", plus précisément), mais les nuances nous échappent complètement. On essaie de se convaincre que les sonorités rauques de sa voix sont suffisamment expressives, que la musique porte en elle-même l'essence du sentiment, et que les mots sont superflus, mais rien à faire, il persiste l'impression frustrante d'écouter de la chanson à texte sans en comprendre un traître mot. Reste qu'à l'arrière, les musiciens (deux guitaristes, un contrebassiste, une violoniste, un bandonéon) sont loin d'être des manches, et chacun ira de son petit solo en final. Du bien bel ouvrage fortement salué par le public lyonnais.

 

Arrive Gotan Project, à neuf en costumes blancs, pour une introduction électro qui déboule sur leur tube du moment, "Diferente" : deux premières minutes totalement réussies qui seront aussi les meilleures de tout le concert. Car quelques morceaux à peine suffisent pour se rendre compte que le tango est à Gotan Project ce que le gothique est à Evanescence : une coloration, un prétexte nourrissant, mais certainement pas l'âme ni la raison du groupe. Chaque titre reprend le même schéma : une rythmique électro tout à fait banale (deux suisses aux platines, pas débordés de boulôt), un ou deux gimmicks répétitifs au bandonéon pour remplacer le son de synthé, et quelques accords de guitare, que l'on n'entendra quasiment pas d'ailleurs, grâce à des ingés-sons complètement à la masse tout du long (une bonne minute pour brancher le pianiste en plein solo, ce genre de bourdes...). Et pour couronner le tout, une chanteuse quelconque, pas vraiment concernée par ce qu'elle raconte, et gracieuse comme une asperge en tenue de gala. Après la mise en bouche rassurante de Melingo, on attendait de Gotan Project un mélange sensuel, dansant et exotique, pas une mayonnaise à deux beats saupoudrée de tango d'hypermarché. D'ailleurs, à part deux motivés qui dodelinent de la tête au premier rang, personne ne danse. Le public a pourtant l'air d'apprécier, mais où est la passion, l'intensité dévorante qui devrait être le propre du tango ? J'ai l'impression d'écouter la version hispanique d'un disque infâme de techno-tablas ramené de Turquie. 

Seul passage digne d'intérêt, un duel de chant rappé en castillan passe malheureusement sur bande vidéo. On sauvera aussi les violonistes du fond qui s'escriment sur leur archet comme trois vierges immaculées dans un clip de Cradle Of Filth. Malgré cela, Gotan a tout de l'imposture en passe d'être démasquée.

 

Gotan Project : ça ressemblait à tout sauf à ça.

Bonus: la vidéo de "Narigon" de Melingo

 

Article via Sefronia (c)

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Publié dans Chroniques concerts

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C
Ah, ben si c'est ma demoiselle qui le dit, alors... ! C'est bien, comme ça, je n'ai plus à faire le sale boulôt, et dire du mal des groupes que je n'ai pas aimés, elle s'en charge désormais!Sinon, Archive passe à Nancy en octobre, j'espère être là pour ,les voir enfin.
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D
<br /> Oui effectivement je suis allée au concert de Massiv Attack, pleine d'espoir. J'avais envie de dire à mon homme : "c'était trop bien, j'ai eu plein de frisssons". Mon amoueux n'aime pas Gotan Project et n'aime pas trop non plus Massiv Attack. Et en appréciant Gotan, je me disais que forcément, Massiv Attack allait dépasser toutes mes espérances. Et bien pas du tout. J'ai failli m'endormir et je n'étais pas la seule !!! Au début ils ont joué beaucoup de leur chanson calmes et douces. Les lumières étaient très (trop !!!) intenses. On n'a vu aucun visage, aucune expression. Seule la fin était appréciable puisqu'ils ont joué les plus connus. <br /> <br /> Heureusement qu'Archive étaient là en première partie. Ils étaient supers. Ils m'ont donné des frissons et l'impression d'avoir fait un réel rappel !!!! Ils ne faisaient pas que chanter mais toutes les chansons passaient par leur trippes !!!! Et je n'étais pas dans la fosse !!!!! Quel gachis !<br />
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C
ça dépend des goûts comme d'hab', mais je dirais que tu n'as effectivement pas loupé grand chose, bitersweet !<br /> je n'ai pas été voir Massive le lendemain, pas intéressé, mais ma demoiselle m'a fait un compte-rendu qui donne ça en résumé : Archive, super bien, Massive trop mou sauf à la toute fin.
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B
Bon ben je n'ai rien loupé alors ;-) en même temps c'est pas eux que je voulais voir mais Massive attack.A bientôt
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C
Cendres -> ah ! tu as trouvé aussi !!  On avait envie de lui botter les fesses à la chanteuse tellement elle était molle (une botte d'asperges, remarque...)
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