Eurockéennes de Belfort - vendredi 30 juin 2006

Publié le par Chtif

Les puristes diront que des Eurockéennes de Belfort sans pluie ne sont pas vraiment des Eurockéennes. Un soleil accablant ayant dominé pendant tout le week-end, on se rangera donc sans peine à leur avis: à l'image du climat plus que clément, l'édition 2006 des Eurocks s'est déroulée sans boue, sans tâche et (presque) sans accrocs.

  

L'annonce des têtes d'affiche n'était déjà pas très bandante, leur prestation ne le sera pas plus. Entre des Strokes venus ramasser la thune (Julian juge à ce propos inutile, ou bien très hype, de n'articuler aucune parole… ceci dit,  "Heart in a cage"  reste une bonne chanson), et des gros shows mécaniques et mous du genou (Depeche Mode, Daft Punk), on n'est pas gâté sur la grande scène. C'est donc sur les annexes qu'il faut chercher un peu de feeling.

 Après avoir loupé Venus (victime d'une aberration de programmation en ouverture du festival), on démarre avec le rock stoner de Jack and the Bearded Fishermen, rescapés du tremplin annuel : des relents de Kyuss infestent l'air, malgré un certain manque d'envergure au chant. Le débat est censé s'élever avec l'arrivée de Deftones sur la grande scène... mais retombe aussi sec. Chino s'est empâté et ressemble à un Coluche en chaussettes à bandes. La fosse est conquise d'avance, mais l'enthousiasme du chanteur s'est érodé après dix années de hurlements ados au service d'un émo-métal, précurseur en 1995, mais aujourd'hui quasi-risible.

C'est au tour d'Arctic Monkeys, les petits prodiges anglais, de faire chapiteau comble (pourquoi pas la grande scène, alors que Anaïs y semblait toute perdue auparavant ?). Gros mouvements de foule pour les chansons du quartet très à l'aise et sans manière (jogging, baggies, jeans...). Ca manque encore un peu de groove, mais le (très jeune) public est ravi, et "When the sun goes down" balance bien,  que demander de plus ?

 

  Alex Turner des Actic Monkeys

 

On délaisse les Dyonisos (déjà vus, et un peu trop portés sur les jolis contes de fées en ce moment) pour aller se prendre une bonne dose de bourrin avec les français de Gojira sur la Plage. Précision diabolique et grosse énergie sont au programme du combo très influencé par Devin Townshend. Quelques vieux morceaux manquent à l'appel pour que l'on reparte pleinement satisfaits, mais on inscrira néanmoins sur les tables de loi death-métalliques cette mémorable phrase d'outre-tombe : "Est-ce que vous voulez un morceau bien graaaaaas ?"

C'est entre les Strokes et Daft Punk que se pointe The Gossip, improbable trio activiste gay (une chanteuse, riquiqui et grassouillette, une batteuse tatouée, et un guitariste à la frange douteuse), qui fait déjà parler de lui depuis quelques temps (notamment remarqué dans l'émission Tracks il y a quelques mois). Sur scène, c'est tout simplement inouï. Issu d'un croisement survolté entre les White Stripes, Le Tigre, et The Bellrays, The Gossip dresse un tremplin électrique incliné droit vers les cieux pour la voix soul-rock de Beth Ditto. Il n'y a pas de mot pour décrire ce que ce bout de femme est capable de produire : hurlements crissés, feulements de hyène abreuvée à l'Absolut, caresses d'amour et promesses divines, le public se regarde stupéfait, et ne comprend pas d'où peut venir une telle énergie. Beth gigote, veut virer les barrières, picole au goulôt, se fout de la gueule des Daft Punk, et demande si on l'aime, si on l'aime... Trop fort, trop beau, The Gossip est le coup de coeur définitif du festival (lien à voir: http://www.gossipyouth.com/)

 

Après cela, la disco géante sur fond Matrix-Stargate des Daft Punk paraît bien fade, même si ils ont mis le paquet niveau moyens.

 

Article via Sefronia (c)

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Publié dans Chroniques concerts

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C
Placebo est une copie d'Indochine dès la base, c'est sûr...<br /> je me rappelle une fois d'un article de R&F, concernant l'inaccessibilité des stars... c'était sur John Spencer et sa copine dans Boss Hog, le journaliste disait :" John traîne en coulisses, lunettes noires sur le nez, l'air inacessible... tout le monde s'en fout" !<br /> tout l'article était comme ça, c'était très drôle
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A
Ah, Placebo, une de mes amies me tanne pour que j'aille les voir avec elle mais... après avoir lu ton commentaire, je pense lui dire que je dois garder le chien (!)... Déjà que je suis très loin d'adorer leur derniers albums ! Et puis, niveau mystère, Placebo me fait de plus en plus penser à des Indochine britanniques : quelques paroles absconses, des mélodies qui se ressemblent de plus en plus au fil du temps...<br /> Je n'avais pas envisagé les choses sous cet angle pour le côté dominant qu'ont certaines stars... Mais il est vrai qu'une touche d'inaccessibilité attise souvent l'imagination des fans, les fait rêver, parfois (souvent) pour rien !
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C
oui, c'est un rôle, indéniable qu'ils jouent, peut-être bien poussé par leur côté introverti, je n'avais pas envisagé la chose sous cet angle.Mais il y a encore pire qu'eux : Placebo plombe l'ambiance en concert d'une manière incroyable (et encore, moi j'ai eu la chance de les voir un bon jour !) : aucune communication, on enchaîne les morceaux et bye. par contre, eux, ils annoncent la couleur en interview: "on veut retrouver ce côté mystérieux des groupes de rock", en d'autres termes: "on veut se  montrer inaccessibles, pas du même monde"...Il y a autre chose aussi: j'ai toujours pensé que le public apprécie de se faire un peu humilier par les groupes qu'il admire, qu'il aime sentir les stars sur scène arrogantes, dominantes...  C'est important, et parfois ça marche très bien, à condition d'avoir l'assurance et la qualité suffisante pour le faire...
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A
Ah... Le manque d'envie... Hier, je me suis faite tancer vertement par un de mes collègues suisses auquel je parlais de la froideur helvétique (en des termes plus choisis). Ce dernier m'a expliqué que ce n'était pas parce qu'il avait l'air de s'en foutre qu'il s'en foutait vraiment  et que l'enthousiasme français le choquait (...) ! Je pense que c'est un peu pareil pour les Strokes, qu'ils sont en quelque sorte entrés dans le rôle de jeunes cools et m'en foutistes et que le chanteur, un grand introverti, a du mal à se faire violence... mais qu'il ne manque pas d'envie pour autant. <br /> Maintenant, tu as tout à fait raison sur un point : les Who en concert, pour autant que je puisse me faire une idée avec ta chronique, doivent sûrement dégager un bien plus grand charisme que les Strokes, c'est indéniable ! Peut être ces derniers sauront-ils évoluer vers une attitude plus vivante, pour  peu qu'on leur laisse un peu de temps !
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C
Ben sachant que c'est la même ambiance à chaque concert (selon, les critiques internet, je n'en ai pas vu 2000 non plus moi-même !), je serais plutôt tenté de dire que c'est leur attitude en général... ce qui me gêne le plus, c'est ce manque d'envie flagrant, ce truc un peu snob qui consiste à arriver devant 30000 personnes venues pour toi, et avoir l'air de t'en foutre... c'est sûr que ça fait classe, élégant, mais ça me dérange vraiment venant de la part de petits jeunes comme ça. Je viens de voir de vrais papys du rock en concert avant hier, et ils dégageaient une patate pas croyable par rappot à ce que font les Strokes (et affiliés du même tonneau). Qui sont les plus vivants ?
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