Il est des claques dans la gueule qu’on ne voit pas venir.
Ma dernière en date s’appelle 1900, rencontrée au détour d’un tremplin de banlieue. Généralement pas le lieu pour se prendre un aller-retour, et pourtant le troisième groupe qui débarque ce soir-là en veste à carreaux sur scène va m’en coller une bonne.
De nos jours, voir débouler un groupe sapé à
tre chose. Le Gibus n’est après tout qu’à quelques encablures. Cette fois, cependant, 1900 pique notre curiosité : les musicos tapent dans la trentaine, sont bien sapés mais pas fashion pour autant, la guitare a de la gueule (je sais pas ce que c'est exactement, y'a sa photo à côté) bref, ça sent l’honnête et le distingué.
30 minutes de concert et blam !, confirmation : le trio balance un rock garage du meilleur aloi, sous forte influence Rhythm and Blues 60’s, bien entendu (trio oblige, déjà). Le chanteur-guitariste est impeccable : toucher aguerri et pas timide, corps qui trépigne et sosie vocal de Jack White par instants, on le sent conquérir sa petite audience et prendre confiance, à deux doigts de l’implosion. Le batteur est une Red Bull sur caisses, il en remet une couche avec des rythmiques speed comme pas permis, la banane aux lèvres, un vrai Hives en puissance. Et le bassiste, me demanderez-vous ? Ben dans la tradition : discret, appliqué, efficace. M’ont carrément fait penser aux Jam, à ce moment-là.
Bon, sorti du concert, peu de chose à se mettre sous la dent, malheureusement : une auto-prod’, tout de même, avec
quatre titres, tous en écoute sur leur Myspace. Jolie couverture rouge déjà, avec un corset rétro dans le genre « chanteuse de Blanche ». Tiens, ça m’a rappelé aussi une nancéienne au look incroyable et parfaitement cohérent : taille de guêpe vertigineuse, talons hauts bandants, petit pépin anglais délicatement reposé sur des gants de dentelles. Impossible de la louper en ville, elle semblait rescapée de l’époque victorienne ; toutes les gothiques en herbe enviaient sa classe. Bon ceci dit, je l’ai croisée une fois au tout bête rayon indé de
Ecoutés à tête reposée, les morceaux dévoilent un large savoir-faire : rock beatlesien, ballade et incursion dylanienne à l’harmonica… (résolution 2008 : arrêter de contrarier les
substantifs, là, sinon on va se retrouver avec du country youngesque, et des solos metallicants, j’aurai l’air de plus en plus con) Le mélange est populaire aujourd’hui, et au final, les influences se font plus envahissantes qu’en concert, dommage : 1900 cite les Raconteurs, et effectivement, ça y ressemble, au moins sur la moitié des titres. « Some goats » se démarque un peu, plus rocailleux, plus cradingue, le groupe se rapproche un peu de Pavement à ce moment-là. Avec une production au diapason pour aider le groupe à trouver sa voie, nous pourrions entendre reparler de 1900. Une fois lancés, leur aisance scénique fera le reste. Pour s’en convaincre, rendez-vous à

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dans la musette. « Brille », le petit dernier, nous dévoile une formation bien rôdée aux affres de la composition. Bel emballage et bonne mise en place, le groupe ne se contente pas d’amateurisme : ça tombe bien,
dans le tapis des arrangements, le garçon est à l’aise dans tous les registres, on sent le studieux. Studieux, mais pas polar pour autant : les cordes volettent entre arpèges acoustiques et grosses poussées dans le rouge avec naturel et aventurisme. On aurait bien vu « Que tu me pièges », deuxième partie d’un diptyque à tiroir, apporter un peu de fraîcheur sur « Europe et haines » de
générations de téléphages abrutis, la petite peste du village s’est fumée les couettes aux coquelicots. Le résultat est là : un maxi de cinq titres bien suintant de hard à vous moissonner un douze hectares au premier accord. Riffs simples-mais-efficaces, comme on dit au village, sens du break qui relance la machine, production lustrée au Jack Daniels, dans l’Olson tout est bon. La guitare fait son blues sur un tempo punk, vire carrément métal quand la récolte est bonne, on a l’impression d’entendre du
groupe « punk rock metal » (c’est marqué sur la pochette) qui apprécie en fait particulièrement les petites virées en territoire hardcore. Vous allez me dire, des groupes hardcore, y’en a plein les autobus en France. Je vous répondrai, d’un que c’est pas faux, et de deux que la petite tranche de poilade fait la différence chez
sans guitare électrique (ni même acoustique). Pour ça, il fallait une bonne raison et l’électro ethnique de
ée par l’aspect visuel très évocateur des morceaux : souffles inquiétants, grincements de porte et bruits rampants concourent à l’ambiance cinématographique du projet, définitivement plus proche de "Midnight express" que de "7 ans au Tibet " !
débarque un peu de Dijon, un peu de Metz, un peu des Vosges, enfin on ne sait pas trop, peu importe tant qu'il y a un troquet dans le coin pour fêter les retrouvailles. Trois gars, trois filles, l'équation idéale pour une soirée à croiser les sourires dans le reflet de la tireuse. En toute logique, les onze chansons de leur premier album "En chantier" se dégustent comme autant de petits ballons de blanc au comptoir.



Mots doux...