J’avais vu Why ? pour la première fois à Nancy en 2006. Une petite quarantaine de personnes curieuses dans la salle (la plupart rameutées par la formation locale qui assurait la première partie), une ambiance intimiste au départ qui finalement succombe à la douce folie du groupe californien.
Hier, c’est un Café de la Danse bondé (2 ou 300 personnes à l’aise) qui accueille la nouvelle tournée marathon du groupe. Bonne salle, d’ailleurs, avec un bar en hauteur bien placé.
Je m’étonne auprès de mon voisin de droite de voir autant de monde pour un groupe plutôt confidentiel, celui-ci me répond que :
1) non, vraiment y’a pas grand monde (…alors que la salle est pleine, connard)
et 2) tout le monde en parle, de Why?, je vois pas ce qu’il y a de surprenant (mes fesses)
L’archétype du parigot pourri de suffisance, quoi.
L’espace d’un instant, j’ai bien peur de m’être jeté dans la gueule du loup, cerné de geeks en puissance blasés jusqu’à la moëlle par les groupes qui vendent plus de 2000 disques (et c’est vrai que le look y est, chemises à carreaux, grosses lunettes cerclées de noir, on devine le lectorat des Inrocks ou de la Blogothèque par excellence).
Heureusement, mes voisins de gauche ont de bonnes trognes et ne se la jouent pas élitistes. Ils bossent dans la com’, mais n’en ont pas l’air, sont plutôt marrants et la demoiselle, Nora, monte son propre « one woman show ». Tiens, il faudra qu’on m’explique ça aussi : qui que vous rencontriez aujourd’hui, vous tomberez forcément sur un comédien, un artiste underground qui travaille le plastique recyclé, ou un D-J qui revient d’une séance de mix dans un festival US. Je ne sais pas si c’est la génération internet qui veut ça, mais c’est un fait : aujourd’hui, tout le monde est plus intéressant que vous. Effrayant.
Bref, tout ça pour dire qu’il est assez fascinant de suivre un groupe en pleine évolution, et que l’acharnement de Why ? commence à payer. Bonne nouvelle.
Evangelista, groupe mi-New Yorkais mi-québécois, si j’ai bien compris, ouvre la soirée de manière très expérimentale. Il y a un gars aux claviers qui fait de drôles de sons, un violoncelliste, un batteur qui s’éclate sur ses roulements de cymbales, une grande bassiste qui joue deux-trois notes de temps en temps, la tête dans son ampli. Et au milieu, une chanteuse, Carla Bozulich, qui aime crier à côté du micro et passe son temps à se demander si taper sur le bord de la caisse, là, n’offrirait pas un rendu intéressant. Dans tous les cas, ça lui donne un air inspiré, un petit côté poétesse à la Patti Smith.
A partir de là, on peut proposer deux versions. La positive, c’est que le magma sonique qui en découle ne fait pas dans la facilité et donne effectivement quelques rendus intéressants par moments. La deuxième, c’est que n’est pas Godspeed You! Black Emperor qui veut, et qu’il manque quand même à Evangelista une maîtrise basse-guitare efficace pour faire décoller son public (ce qui est, semble-t’il, le but avoué). En clair, la très louable tentative de création de sonorités et d’ambiances chez Evangelista n’occulte pas totalement cette désagréable impression de : « on fait de l’Art mais remarquez, on reste cool » (sûr qu’il y avait moyen de se faire lyncher dans la salle, avec des phrases comme ça). Enfin, allez juger par vous-même.
Why ? prend le temps de s’installer, se lance des vannes avant d’entamer sa prestation, et séduit par son pseudo-amateurisme
tranquille. La première impression se confirme : finie la curiosité polie de 2006, le public est
connaisseur, réagit aussi bien aux morceaux de « Elephant eyelash » que du
petit dernier, « Alopecia », tout aussi bon que son prédécesseur. Le groupe est désormais quatuor, sur scène tout du moins : de quoi offrir une assise plus confortable à la
complexité des arrangements. C’est là d’ailleurs l’étrange paradoxe de Why ?, de multiplier les couches de bric et de broc, de cordes et de percussions tout en conservant une
simplicité et une naïveté délectables aux compositions. Le xylo est à l’honneur, et de belle manière, ce qui n’est pas une mince affaire (on ne compte plus les groupes branle-bite qui ont un xylo
dans leur attirail).
Yoni Wolf, grand maître d’œuvre, se sent de plus en plus à l’aise dans un registre pop. Les percées emphatiques sont plus récurrentes (« Simeon’s dilemma », « Fatalist palmistry ») et alternent agréablement avec son excellent phrasé rap initial. Il est toujours étonnant de le voir maîtriser ses cha-chas et ses toms tout en enquillant avec une facilité déconcertante des déliés ultra-rapides du genre « if I’m sinking in, laughing at something
sunken in, I am ». Avec la tignasse saccadée de son batteur qui s’excite à côté, on a parfois l’impression de voir un cirque de puces en action, merveilleuse mécanique horlogée qui prend son pied à s’enrayer.
Et « Gemini (birthday song) » me direz-vous ? Aïe, s’il y a bien une petite déception à avoir de ce concert, c’est bien celle-là, j’ai trouvé « Gemini » un peu expédiée à la va-vite. Il faut dire aussi que j’ai dû l’écouter quelques dizaines de fois ces deux dernières années, et vous savez ce que c’est, la force de l’habitude… D’ailleurs, je commence à vous parler un peu trop de ce groupe, il ne faudrait pas vous lasser avant même que vous ne l’ayez écouté. Avec son excellent nouvel album, enrichi d’une palette étoffée, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire.
En bonus : Les bonnes vidéos live de Why ? sont assez rares (inexistantes en fait). Celle-là n’est pas trop pourrie : « Good Friday », ma préférée du dernier album « Alopecia ».
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concert, des photos (


peut imaginer, une équation d'attraction-répulsion à lui seul. Allez, espérons tout de même qu'il ne suivra pas le modèle jusqu'au bout. Bon sinon, déception tout de même, le batteur a changé et j'étais pas au courant.
quadra venu avec son petit garçon. A l'avant, deux trois gars sympas et tout bourrés qui seuls mettront un peu de feu dans la salle, sous les "Ta gueule !" d'une partie de l'auditoire. Vous pouvez pas savoir comme ça me fait du bien de voir encore des gars comme ça, qui ne viennent pas à un concert pour se faire chier, mais pour s'en mettre plein les oreilles et danser la tête dans les amplis... d'aucuns diront plutôt "pour faire chier et bousculer les gens qui veulent écouter la musique dans de bonnes conditions". Râle, râle, râleurs congénitaux dont on ne sait toujours pas pourquoi ils persistent à quitter leur canapé pour venir s'emmerder dans une salle trop enfumée pour eux. Super, quand on aura interdit la clope, la bière, et les pogos, on pourra écouter Sufjan Stevens en tirant la gueule, ça sera vraiment la grosse poilade dans les concerts. Bon, je prend le parti des deux gars bourrés parce que, justement ce soir-là, j'étais en mode relativement soft. Ce qui signifie entre autres que je me suis moins marré qu'eux, mais que les concerts ont été apprécié à leur juste valeur.
guitariste enplumé pas vraiment à son aise sur scène, et, point de convergence de tous regards, un(e) bassiste androgyne qui nous fait la totale : ongles peints, bas déroulés sur les avant-bras, et voix de petite putain timide. Le registre pompe allégrement sur Placebo, avec une tonalité un poil plus hard, mais l'interprétation est impeccable. Certains passages ont la grandiloquence des comédies musicales, le frisson des vieux manoirs, et l'on croit par moments entendre la crécelle de Piaf qui en ferait des tonnes. Triste Sire flirte avec le grotesque, mais ne vire jamais dans une vulgaire parodie de tafiole : le chanteur maintient tout du long son rôle ambigu avec une féminité déconcertante. Un truc que
comportait comme une gonzesse, je trouvais ça sympa; dans Nadj, c'est l'inverse, mais c'est malheureusement moins inhabituel, en clair ça m'énerve (relisez-voir le début de la chronique de 
: la maîtrise du jeu est totale, les nouveaux morceaux prennent une ampleur hypnotique, s'étalent sur de longues minutes en dehors des schémas traditionnels, et sans garantie de libération au final. Pari risqué mais tellement rafraîchissant.
jamais aimé un groupe autant que les Who, et aujourd'hui, ils sont à Vienne, en France pour la première fois depuis 1997. Autant dire qu'il y a autant d'excitation que d'appréhension dans l'air. Rajouter une foutue troisième dimension aux images que l'on scrute du fond de sa piaule depuis des années, il y a de quoi bousculer le plus blasé des amateurs de rock. Il faut dire que les deux survivants, Pete et Roger, ont désormais plus de 60 balais. On se doute bien que Pete ne va pas se mettre à sauter partout comme à Woodstock, on n'en demande pas tant, mais tout de même, qu'en est-il de l'envie de jouer après 40 ans de bons et loyaux services ? On voit tellement de groupes aller pointer en concert comme à l'usine après quelques années seulement d'existence...
Casbah Club
Entre les morceaux, quelques fans hardcore osent même réclamer un titre à voix haute, genre "Muelta de borracho !!". Les débordements s'arrêtent là mais on est pas si loin finalement de l'ambiance des concerts rock : Melingo se met à plat ventre sur scène, les partitions s'envolent sous les coups de vent, et le public quitte son petit coussin pour standing-ovationner le groupe.



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