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Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

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 Radio Chtif

 

 

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Brèves de comptoir

13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

  Et pour les amateurs de n'importe quoi :

Ned et Frico




 

Pour lire toutes les Brèves de Comptoir, c'est ici !

 

 

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Jeudi 1 mai 2008

J’avais vu Why ? pour la première fois à Nancy en 2006. Une petite quarantaine de personnes curieuses dans la salle (la plupart rameutées par la formation locale qui assurait la première partie), une ambiance intimiste au départ qui finalement succombe à la douce folie du groupe californien.  

Hier, c’est un Café de la Danse bondé (2 ou 300 personnes à l’aise) qui accueille la nouvelle tournée marathon du groupe. Bonne salle, d’ailleurs, avec un bar en hauteur bien placé.

 

Je m’étonne auprès de mon voisin de droite de voir autant de monde pour un groupe plutôt confidentiel, celui-ci me répond que :

1)      non, vraiment y’a pas grand monde (…alors que la salle est pleine, connard)

   et 2) tout le monde en parle, de Why?, je vois pas ce qu’il y a de surprenant (mes fesses)

L’archétype du parigot pourri de suffisance, quoi.

 

L’espace d’un instant, j’ai bien peur de m’être jeté dans la gueule du loup, cerné de geeks en puissance blasés jusqu’à la moëlle par les groupes qui vendent plus de 2000 disques (et c’est vrai que le look y est, chemises à carreaux, grosses lunettes cerclées de noir, on devine le lectorat des Inrocks ou de la Blogothèque par excellence).

 

 

Heureusement, mes voisins de gauche ont de bonnes trognes et ne se la jouent pas élitistes. Ils bossent dans la com’, mais n’en ont pas l’air, sont plutôt marrants et la demoiselle, Nora, monte son propre « one woman show ». Tiens, il faudra qu’on m’explique ça aussi : qui que vous rencontriez aujourd’hui, vous tomberez forcément sur un comédien, un artiste underground qui travaille le plastique recyclé, ou un D-J qui revient d’une séance de mix dans un festival US. Je ne sais pas si c’est la génération internet qui veut ça, mais c’est un fait : aujourd’hui, tout le monde est plus intéressant que vous. Effrayant.

 

Bref, tout ça pour dire qu’il est assez fascinant de suivre un groupe en pleine évolution, et que l’acharnement de Why ? commence à payer. Bonne nouvelle.

 

Evangelista, groupe mi-New Yorkais mi-québécois, si j’ai bien compris, ouvre la soirée de manière très expérimentale. Il y a un gars aux claviers qui fait de drôles de sons, un violoncelliste, un batteur qui s’éclate sur ses roulements de cymbales, une grande bassiste qui joue deux-trois notes de temps en temps, la tête dans son ampli. Et au milieu, une chanteuse, Carla Bozulich, qui aime crier à côté du micro et passe son temps à se demander si taper sur le bord de la caisse, là, n’offrirait pas un rendu intéressant. Dans tous les cas, ça lui donne un air inspiré, un petit côté poétesse à la Patti Smith.

 

 

A partir de là, on peut proposer deux versions. La positive, c’est que le magma sonique qui en découle ne fait pas dans la facilité et donne effectivement quelques rendus intéressants par moments. La deuxième, c’est que n’est pas Godspeed You! Black Emperor qui veut, et qu’il manque quand même à Evangelista une maîtrise basse-guitare efficace  pour faire décoller son public (ce qui est, semble-t’il, le but avoué). En clair, la très louable tentative de création de sonorités et d’ambiances chez Evangelista n’occulte pas totalement cette désagréable impression de : « on fait de l’Art mais remarquez, on reste cool » (sûr qu’il y avait moyen de se faire lyncher dans la salle, avec des phrases comme ça). Enfin, allez juger par vous-même.

 

Why ? prend le temps de s’installer, se lance des vannes avant d’entamer sa prestation, et séduit par son pseudo-amateurisme tranquille. La première impression se confirme : finie la curiosité polie de 2006, le public est connaisseur, réagit aussi bien aux morceaux de « Elephant eyelash » que du petit dernier, « Alopecia », tout aussi bon que son prédécesseur. Le groupe est désormais quatuor, sur scène tout du moins : de quoi offrir une assise plus confortable à la complexité des arrangements. C’est là d’ailleurs l’étrange paradoxe de Why ?, de multiplier les couches de bric et de broc, de cordes et de percussions tout en conservant une simplicité et une naïveté délectables aux compositions. Le xylo est à l’honneur, et de belle manière, ce qui n’est pas une mince affaire (on ne compte plus les groupes branle-bite qui ont un xylo dans leur attirail).

 

Yoni Wolf, grand maître d’œuvre, se sent de plus en plus à l’aise dans un registre pop. Les percées emphatiques sont plus récurrentes (« Simeon’s dilemma », « Fatalist palmistry ») et alternent agréablement avec son excellent phrasé rap initial. Il est toujours étonnant de le voir maîtriser ses cha-chas et ses toms tout en enquillant avec une facilité déconcertante des déliés ultra-rapides du genre « if I’m sinking in, laughing at something

sunken in, I am ». Avec la tignasse saccadée de son batteur qui s’excite à côté, on a parfois l’impression de voir un cirque de puces en action, merveilleuse mécanique horlogée qui prend son pied à s’enrayer.

Et « Gemini (birthday song) » me direz-vous ? Aïe, s’il y a bien une petite déception à avoir de ce concert, c’est bien celle-là, j’ai trouvé « Gemini » un peu expédiée à la va-vite. Il faut dire aussi que j’ai dû l’écouter quelques dizaines de fois ces deux dernières années, et vous savez ce que c’est, la force de l’habitude… D’ailleurs, je commence à vous parler un peu trop de ce groupe, il ne faudrait pas vous lasser avant même que vous ne l’ayez écouté. Avec son excellent nouvel album, enrichi d’une palette étoffée, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire.

 

 

En bonus : Les bonnes vidéos live de Why ? sont assez rares (inexistantes en fait). Celle-là n’est pas trop pourrie : « Good Friday », ma préférée du dernier album « Alopecia ».

 

 

par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Jeudi 10 janvier 2008

Regardez comme la communauté internet est bien faite.

L'envie vous prend de faire une petite review du concert de Turbonegro auquel vous avez assisté quelques jours plus tôt. Quelques clics pour se remettre dans le bain avant d'attaquer, et là vous constatez que tout le monde a déjà torché le travail avant vous. En vrac, vous trouverez donc : des reviews bien ciselées (par ex-em-ples), la playlist du concert, des photos (par là entre autres ), des vidéos, et même, comble du raffinement, votre portrait-souvenir personnel bien cadré au milieu de la fosse (merci beaucoup à Lorène Lenoir pour cette sympathique attention - les photos de l'article lui sont d'ailleurs attribuées).

 

Bref, une bien belle efficacité. Maintenant, si quelqu'un pouvait me retrouver le médiator d'Euroboy que j'ai paumé en rentrant, je suis preneur. Sûr que c'est jouable.

 

Voilà, merci les gars, il n'y a plus grand-chose à raconter qui ne l'ait déjà été. L'histoire est désormais connue... mais on va la répéter quand même pour les deux du fond qui n'ont pas suivi. Après les débuts underground, l'explosion du fameux « Apocalypse Dudes » (1998) qui les révèle au monde entier, et un split dans la foulée pour cause d'internement  du chanteur, un mini-culte naît autour du groupe. Costumes délirants, feux de Bengale dans le cul, partouzes gays... Turbonegro sent le soufre à plein nez, et ça plaît. Le retour en 2003 laisse place aux espoirs de reconquête les plus fous. Las, l'album de la reformation ne réitére pas l'exploit de son prédécesseur : trop produit, pas assez Deathpunk, « Scandinavian Leather » se plante. Le groupe se maintient malgré tout sur sa réputation scénique et sort encore deux albums massacrés par quasiment tout le monde. Condamnation hâtive, car « Party Animals » (2005) et « Retox » (2007), s'ils ne peuvent soutenir la comparaison avec leur illustre ancêtre « Apocalypse », n'en restent pas moins de très écoutables albums secoués d'honnêtes giclées punk'n rolliennes (« Wasted again », entre autres,  avec son excellent pont : « My body is a tempo ! »). Bref, la bête tressaute toujours malgré cette triste évidence : Turbonegro est aujourd'hui sur la pente descendante.

 

Tout ceci n'empêche pas le public de se rendre encore en masse à leurs concerts : malgré l'absence de première partie, le Trabendo est rempli ce soir pour les norvégiens. Public bon enfant venu s'en taper une bonne tranche, et quelques très jeunes Turbojugend d'élevage (avec la panoplie complète veste-bonnet de marin...) au milieu, qui font toujours plaisir à voir. On patiente, on s'imbibe, et Hank débarque, drapé du Star Splanged, débordant de tous côtés, on dirait Beth Ditto en moins épilée. Happy Tom ressemble à un déménageur breton en pleine avarie de chalutier, crade, suant de la poiscaille à grand renfort de quatre cordes.

 Le théorème du mois :

plus



égal





Ces deux-là sont magnifique, mais autant le dire tout de suite, c?est pour Euroboy que je suis venu, à mon sens le seul guitariste actuel à même de devenir une icône absolue du rock?n roll, titre auquel seuls quelques Johnny Thunders ont pu prétendre avant lui. Il y a quelque chose de l?ancien Dolls chez Euroboy, c'est clair, son jeu flamboyant, lubrique, et son aspect malade, constamment sur la brèche... C'est assez malheureux à dire, mais il ne déçoit pas, le bougre : visage émacié, maigreur extrême, on a l'impression qu'il vient de s'évader de Buchenwald en dérobant casquette et bottes de cuir à ses tortionnaires. Ce mec est en dehors de tout ce qu?on peut imaginer, une équation d'attraction-répulsion à lui seul. Allez, espérons tout de même qu'il ne suivra pas le modèle jusqu'au bout. Bon sinon, déception tout de même, le batteur a changé et j'étais pas au courant.

 

Turbonegro attaque par « All my friends are dead » et enchaîne avec un pseudo best of classique mais espéré. Cinq morceaux de « Ass Cobra » (1996), autant pour  « Apocalypse Dudes ». Les trois derniers disques sont par contre un peu moins représentés (3 ou 4 extraits chaque). Marrant d'ailleurs de constater comme le groupe s'est débarrassé de « Fuck the world », le single symbole de la rupture MTVesque de « Scandinavian Leather » (2003). Peu importe, les hymnes « Ride with us », « Get it on » et « Prince of the rodeo» sont joués, et c'est l'important. Ca joue pas très fort (pas assez) et rapide (un peu trop), du coup pas mal de morceaux s'emballent en bouillie sonique, peu de chance qu'un non-converti ait apprécié la performance ce soir. Les interventions gouleyantes de Hank viennent briser la charge pour distraire l'auditoire : Sarkozy en prend pour son grade, Le Pen aussi, un petit coucou pour les copines du bois de Boulogne en passant, etc... Il est en forme. Le très réclamé « I got erection » vient couronner la soirée (sans feu de Bengale, toutefois).

 

A l'instar d'ACDC, on demande à Turbonegro de faire du Turbonegro, pas du Pink Floyd. En ce sens, Turbonegro a répondu présent, sans toutefois rassurer sur son futur : si le spectacle scandinave offre toujours son lot de réjouissances, il manque désormais ce petit supplément de folie palpable, cette insouciance décadente qui déclenche les passions les plus réprimandables. Il n'aurait pas fallu grand-chose (un petit « Are you ready for darkness ? », glauque à souhait,  peut-être) pour convertir le Trabendo en un vrai joyeux bordel. Ce qu'il méritait d'être ce soir-là.


En bonus, parce que sur le Chtif, il y a toujours des bonus, mes biens chers frères, une très bonne version live de "Prince of the rodeo". Si vous trouvez plus excitant, nous remboursons la différence.


par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Vendredi 9 mars 2007

20h, Ninkasi de Lyon, la salle est pas vraiment pleine, mais le public très diversifié à l'image de l'affiche du soir : ça va de la jeune gothique, rigolote avec ses New Rock et son appareil photo, au quadra venu avec son petit garçon. A l'avant, deux trois gars sympas et tout bourrés qui seuls mettront un peu de feu dans la salle, sous les "Ta gueule !" d'une partie de l'auditoire. Vous pouvez pas savoir comme ça me fait du bien de voir encore des gars comme ça, qui ne viennent pas à un concert pour se faire chier, mais pour s'en mettre plein les oreilles et danser la tête dans les amplis... d'aucuns diront plutôt "pour faire chier et bousculer les gens qui veulent écouter la musique dans de bonnes conditions". Râle, râle, râleurs congénitaux dont on ne sait toujours pas pourquoi ils persistent à quitter leur canapé pour venir s'emmerder dans une salle trop enfumée pour eux. Super, quand on aura interdit la clope, la bière, et les pogos, on pourra écouter Sufjan Stevens en tirant la gueule, ça sera vraiment la grosse poilade dans les concerts. Bon, je prend le parti des deux gars bourrés parce que, justement ce soir-là, j'étais en mode relativement soft. Ce qui signifie entre autres que je me suis moins marré qu'eux, mais que les concerts ont été apprécié à leur juste valeur.

 

20h30, arrive Triste Sire pour lancer la soirée. Triste Sire, un trio bien atypique, batteur carré, guitariste enplumé pas vraiment à son aise sur scène, et, point de convergence de tous regards, un(e) bassiste androgyne qui nous fait la totale :  ongles peints, bas déroulés sur les avant-bras, et voix de petite putain timide. Le registre pompe allégrement sur Placebo, avec une tonalité un poil plus hard, mais l'interprétation est impeccable. Certains passages ont la grandiloquence des comédies musicales,  le frisson des vieux manoirs, et l'on croit par moments entendre la crécelle de Piaf qui en ferait des tonnes. Triste Sire flirte avec le grotesque, mais ne vire jamais dans une vulgaire parodie de tafiole : le chanteur maintient tout du long son rôle ambigu avec une féminité déconcertante. Un truc que Jayne County n'a jamais réussi à faire. En bref, Triste Sire, ça pourrait être complètement ridicule, au final c'est plutôt remarquable, et amusant aussi. Commentaire de Miss Chtif : "On dirait Hedwig ("...and the angry inch") en mieux".

 

Parmi nos amis tout bourrés, on dégôte un ex-crêteux qui a vu sept fois les Bérus en concert (mais qui se fera quand même jeter par une jeune punk-gothique un peu plus tard). Pendant ce temps, la chanteuse de Nadj trimballe négligeamment sa grosse voix sur scène, un bâtonnet d'encens à la main, des collants résilles et une mini-robe sous laquelle tous les mecs materont pendant l'heure suivante. C'est marrant : dans Triste Sire, il y avait un gars qui se comportait comme une gonzesse, je trouvais ça sympa; dans Nadj, c'est l'inverse, mais c'est malheureusement moins inhabituel, en clair ça m'énerve  (relisez-voir le début de la chronique de Mademoiselle K pour comprendre pourquoi, on est en plein dedans, là). Bref, c'est parti pour Nadj : power trio, tendance grunge-stoner, le batteur est une bonne pile électrique. La chanteuse joue pas très bien de la gratte mais compense en gueulant fort. Le truc rigolo, c'est sa manière de se pencher en arrière entre deux plans, de sorte que la salle ait vue directe sur son espèce de pâte à cul entre les jambes (j'imagine ce qu'il se passe dans la tête du gamin qui est venu avec son père). Bon, les larsens inutiles qui durent cinq minutes, c'est quand même moins drôle (on mettrait ma grand-mère potards au taquet en face de l'ampli, ça rendrait pareil). Bonne énergie, donc, mais des chansons communes dissimulées derrière un gros son. Nota Bene : en mode bourré, j'aurais trouvé le son terrible, secoué ma carcasse et reluqué le minou de la chanteuse tout du long (alors que là, j'ai un peu regardé le batteur aussi).

 

Il est tard quand Gomm monte enfin sur scène : on espère que c'est à cause du dernier métro, mais la moitié de la salle se barre après deux morceaux seulement. On ne peut plus logique quand on considère que Gomm est sans doute ce qui se fait de plus original en ce moment dans nos contrées.

Rythmes répétitifs, sonorités post-punks, et sens aigu de la mise sous tension, Gomm joue tout sauf la facilité, et n'hésite pas à maltraiter son public le temps de bien développer ses structures. Des structures froides et ciselées, aux éraflures quasi-psychés plus présentes encore depuis la sortie de leur deuxième album. Pour mon troisième concert avec les Nordistes, je suis impressionné par leur maturité croissante : la maîtrise du jeu est totale, les nouveaux morceaux prennent une ampleur hypnotique, s'étalent sur de longues minutes en dehors des schémas traditionnels, et sans garantie de libération au final. Pari risqué mais tellement rafraîchissant.

Le groupe est d'une rare simplicité, ça aussi ça fait du bien :  décor d'ampoules et de néons tout en sobriété, à l'égal des guitaristes stylés au flegme quasi-britannique. Marie, les yeux grands ouverts sur son clavier, reste classieuse, convainc sans cabotiner. A droite, Olivier remercie timidement les gens entre les morceaux avant de relancer la machine avec un de ces riffs de batterie immédiatement identifiables dont il a le secret. Gomm explore sans barrière (ce doit être pour ça qu'on pense à Pere Ubu, parfois...) et se forge petit à petit une personnalité unique et discrète... qu'à peine 20 personnes continuent à apprécier en fin de soirée. Franchement, on les mérite pas. Messieurs dames des Gomm, je sais pas, changez de pays s'il le faut, mais surtout lâchez pas l'affaire, continuez comme ça, on en a besoin.

 

 Pour en savoir plus :

Triste Sire : le site net, et quelques morceaux en écoute sur MySpace

Nadj : le Myspace

Gomm : le site + un morceau en écoute dans la Radio du Chtif : "Into perfection"

par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Mardi 18 juillet 2006

J'ai vu Pete Townshend à moins de deux mètres.

Désolé, mais aujourd'hui c'est le fan qui parle. Comment pourrait-il en être autrement ? Je n'ai jamais aimé un groupe autant que les Who, et aujourd'hui, ils sont à Vienne, en France pour la première fois depuis 1997. Autant dire qu'il y a autant d'excitation que d'appréhension dans l'air. Rajouter une foutue troisième dimension aux images que l'on scrute du fond de sa piaule depuis des années, il y a de quoi bousculer le plus blasé des amateurs de rock. Il faut dire que les deux survivants, Pete et Roger, ont désormais plus de 60 balais. On se doute bien que Pete ne va pas se mettre à sauter partout comme à Woodstock, on n'en demande pas tant, mais tout de même, qu'en est-il de l'envie de jouer après 40 ans de bons et loyaux services ? On voit tellement de groupes aller pointer en concert comme à l'usine après quelques années seulement d'existence...

Toutes les générations sont venues observer le mythe de près au théâtre antique de Vienne. L'ambiance est loin d'être rock n'roll dans les gradins, avec pas mal de curieux limite hostiles quand on leur demande de se serrer un peu. Ouf, on échange les places contre deux billets en fosse, où l'ambiance est moins frileuse, on sent les fans de base. Mon voisin de fosse est texan et comptabilise 80 concerts des Who à son actif. Devant, un néerlandais a dépassé la centaine.

Un jeune groupe grenoblois a la lourde charge de lancer la soirée. Un an d'existence seulement, mais un jeu puissant et aguerri, et les Bud Spencer's Clout franchissent un tremplin réunissant 400 prétendants qui leur ouvre la première partie des Who devant 15000 personnes. Défi bien relevé par nos quatre gaillards aux pseudos sympas (Dave Grogh...) qui bastonnent un stoner rock teinté de punk et de chant métal. Un versant très américain qui dénote dans la soirée ("ras-le-bol des influences anglaises à la mode", justifiera le chanteur), mais une entame prometteuse devant un public pas facile à convaincre.

Casbah Club s'installe ensuite. Petit coup de pouce de Pete au groupe de son frangin Simon, qui compte aussi dans ses rangs l'ex-Jam Bruce Foxton. Max Brzezicki (Procol Harum...) à la batterie complète ce trio très british : entre mod et post-punk, le jeu est entraînant, la basse bien en avant ("Anyway she moves", très réussie), et ne sonne pas trop daté. Ces trois-là ont un plaisir de jouer évident à communiquer, et s'en sortent avec élégance, à l'image d'un Simon Townshend qui a quand même dû en baver de vivre dans l'ombre de son génie de frère.

La nuit tombe et les Who débarquent enfin. Pas le temps de s'émouvoir, ça attaque d'emblée avec " I can't explain". Retour aux sources direct avec le premier single historique, qui voit Pete balancer ses premiers moulinets : la foule hurle, ravie et incrédule. Roger Daltrey n'est pas en reste : totalement habité par les chansons, comme d'habitude, il ménage désormais à sa voix, mais fait mouche à chaque phrase ("Behind blue eyes", merveilleux écrin taillé pour son timbre d'or).


Les morceaux défilent en rêve, depuis les oldies tant vénérées ("Anyway, anyhow, anywhere" qui part en jam surprise, "Substitute", "My generation"  bien sûr) jusqu'aux chansons les plus récentes ("Real good looking boy", dédiée aux souvenirs d'enfance des 50's, "Mike Post theme", inédit du nouvel album à paraître en octobre). Pete s'offre une compo perso à la guitare acoustique ("Greyhound girl"), mais ne monopolise pas le micro le reste du temps : Roger s'exprime à loisir dans le rôle de chanteur que son frère ennemi pouvait lui contester auparavant. Les morceaux moins populaires ( "The Seeker", "Relay") trouvent une deuxième vie dans cet équilibre retrouvé. Tout le monde chante sur "Who are you" (merci les Experts), sur "You better you bet", tout le temps en fait. Des sommets effarants sont gravis lors de l'enchaînement "Baba O'Riley" (classique indémodable) - "Naked eyes".

Plus étonnant encore, le groupe prend des risques, fait durer la tension, cafouille même un poil sur "Won't get fooled again", mais se remet toujours d'aplomb sous la maîtrise des musiciens (Zak Starkey, Pino Palladino, ultra-efficaces). On est loin du professionalisme pépère d'un groupe vétéran qui viendrait payer sa maison de campagne. Pete enchaîne des solos impeccables, modernes et surprenants. Il frappe sa guitare, glisse sans cesse, se rattrape sur la scène trempée, mais sourit sans discontinuer, et explose littéralement sur le bouillonnant "Sparks", qui n'a rien perdu de sa folie. Roger explose deux tambourins l'un contre l'autre, et fait voltiger son micro. Ils ont vingt ans et se démènent comme jamais. Côté public, c'est l'extase, avec ce sentiment de vivre quelque chose d'aussi unique qu'inespéré. Le prophétique "We're not gonna take it" conclue logiquement le show. Roger et Pete restent seuls en scène, savourent l'ovation, mais, et c'est le seul regret du concert, ne montrent aucun signe d'effusion entre eux. Combien de temps faudra-t'il attendre pour que ces deux-là se réconcilient sans retenue?

Le temps n'a pas de prise sur les Who. J'ai vu Pete Townshend à moins de deux mètres, et si c'est ça, vieillir en rock, je signe des deux mains.


Bonus: la vidéo live 2005 de "Won't get fooled again"



Article via Sefronia (c)

par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Lundi 17 juillet 2006

Découvrir un groupe en concert n'est jamais chose facile : l'appréhension de ne pas aimer se joint toujours au désir de découverte. De Gotan Project, je ne connaissais quasiment rien, si ce n'est  le dernier single électro-tango qui marche bien. Autant profiter de leur passage à Lyon pour changer de style et voir autre chose que des abrutis s'échiner sur leurs guitares en hurlant des insanités.

 

Première surprise en arrivant au théâtre antique, il y a foule pour combler les gradins. Eclectique et bien sage, le public fait la queue à l'entrée pour cette soirée "Tango nuevo". Il y a des familles entières, des mémés bien habillées, des jeunes tantôt branchés tantôt coolos, et la plupart ont prévu le petit coussin pour ne pas s'abîmer le popotin sur les marches de pierre.

Melingo, crooner cinquantenaire à l'allure de Parrain argentin, entame la soirée en louvoyant entre tango pur et dur, airs tzyganes entraînants, et complaintes rustiques fortement marquées par le violon lancinant. Il déambule sur scène, théâtral et un peu maladroit, avec un certain charme. Les rythmes sont variés, et chauffent progressivement un public ravi du dépaysement. Entre les morceaux, quelques fans hardcore osent même réclamer un titre à voix haute, genre "Muelta de borracho !!". Les débordements s'arrêtent là mais on est pas si loin finalement de l'ambiance des concerts rock : Melingo se met à plat ventre sur scène, les partitions s'envolent sous les coups de vent, et le public quitte son petit coussin pour standing-ovationner le groupe.

Pour les non-hispanophones, l'intérêt des morceaux reste cependant bien limité. On comprend vaguement, mimiques aidant, que Melingo s'est fait briser el corazon, ou que la guitare le démange ("la guitarra me faltaba", plus précisément), mais les nuances nous échappent complètement. On essaie de se convaincre que les sonorités rauques de sa voix sont suffisamment expressives, que la musique porte en elle-même l'essence du sentiment, et que les mots sont superflus, mais rien à faire, il persiste l'impression frustrante d'écouter de la chanson à texte sans en comprendre un traître mot. Reste qu'à l'arrière, les musiciens (deux guitaristes, un contrebassiste, une violoniste, un bandonéon) sont loin d'être des manches, et chacun ira de son petit solo en final. Du bien bel ouvrage fortement salué par le public lyonnais.

 

Arrive Gotan Project, à neuf en costumes blancs, pour une introduction électro qui déboule sur leur tube du moment, "Diferente" : deux premières minutes totalement réussies qui seront aussi les meilleures de tout le concert. Car quelques morceaux à peine suffisent pour se rendre compte que le tango est à Gotan Project ce que le gothique est à Evanescence : une coloration, un prétexte nourrissant, mais certainement pas l'âme ni la raison du groupe. Chaque titre reprend le même schéma : une rythmique électro tout à fait banale (deux suisses aux platines, pas débordés de boulôt), un ou deux gimmicks répétitifs au bandonéon pour remplacer le son de synthé, et quelques accords de guitare, que l'on n'entendra quasiment pas d'ailleurs, grâce à des ingés-sons complètement à la masse tout du long (une bonne minute pour brancher le pianiste en plein solo, ce genre de bourdes...). Et pour couronner le tout, une chanteuse quelconque, pas vraiment concernée par ce qu'elle raconte, et gracieuse comme une asperge en tenue de gala. Après la mise en bouche rassurante de Melingo, on attendait de Gotan Project un mélange sensuel, dansant et exotique, pas une mayonnaise à deux beats saupoudrée de tango d'hypermarché. D'ailleurs, à part deux motivés qui dodelinent de la tête au premier rang, personne ne danse. Le public a pourtant l'air d'apprécier, mais où est la passion, l'intensité dévorante qui devrait être le propre du tango ? J'ai l'impression d'écouter la version hispanique d'un disque infâme de techno-tablas ramené de Turquie. 

Seul passage digne d'intérêt, un duel de chant rappé en castillan passe malheureusement sur bande vidéo. On sauvera aussi les violonistes du fond qui s'escriment sur leur archet comme trois vierges immaculées dans un clip de Cradle Of Filth. Malgré cela, Gotan a tout de l'imposture en passe d'être démasquée.

 

Gotan Project : ça ressemblait à tout sauf à ça.

Bonus: la vidéo de "Narigon" de Melingo

 

Article via Sefronia (c)

par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Ptite pensée ...


Ce site est dédié au plus imprévisible  des chefs cuistos: Keith Moon.
(c'est un peu le bordel sur ce site : il aurait adoré)

La plupart des chroniques publiées ici sont aussi dégotables sur http://www.sefronia.com .



Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
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