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Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

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 Radio Chtif

 

 

free music

Nouvelle Radio !
Lisez les articles en découvrant un extrait !

 


Brèves de comptoir


8 juin 2009

 


Un (gros) clin d'oeil vers le site d'un photographe espagnol rencontré sur la route : Marcos Garcia.

Ce gars-là parcourt le monde entier et en revient à chaque fois avec des images à tomber par terre. Couleurs, composition... on est pas loin du génie, et je pèse mes mots.

(Bon, là, j'ai mis un punk parce que j'aime bien Camden Town, mais que ça soit un portrait indien, sénégalais ou laossien, c'est toujours aussi bon.)



Suerte, Marcos.



13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

  Et pour les amateurs de n'importe quoi :

Ned et Frico




 

Pour lire toutes les Brèves de Comptoir, c'est ici !

 

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Cover art

Mercredi 13 septembre 2006

De Bowie (adepte de l'écriture automatique ) à Franck Black (on se souvient de "Debaser" et ses cris de "chien andalusia" , clin d'oeil - fendu - à Buñuel et Dali), il faut croire que les rockeurs aiment le surréalisme.

Entre autres représentants du genre, Magritte a été chouchouté par nombres de nos amis électriques qui trouvèrent largement dans ses tableaux matière à inspiration pour leurs pochettes d'albums. Quoi de plus accrocheur en effet que les intriguantes toiles mi-réelles mi-fantastiques du peintre belge ? (D'où aurait-il pu bien venir, sinon de Belgique ? Loin de se contenter d'ête le plus beau pays au monde, ne serait-ce que pour ses bières trappistes et ses distributeurs automatiques de saucisses, la Belgique peut se targuer d'avoir bercé la plus grande concentration terrestre d'artistes surréalistes, depuis Raymond Devos à Benoît Poelvoorde, en passant par Jean-Claude VanDamme.)

Prenons Jackson Browne, par exemple. En 1974, le songwriter US sent qu'il peut enfin tenter le gros coup avec son troisième album, "Late for the sky". Ne manque plus qu'un petit coup d'éclairage supplémentaire pour relancer sa carrière ombragée par l'échec de son précédent opus. Pour sa pochette, Browne choisit une illustration s'inspirant allégrement de "L'Empire des Lumieres", peinture de 1954 au titre prédestiné. Le coup est gagnant : une tripotée d'amateurs se laisse séduire sans même connaître le chanteur. L'album atteint la 14ème place des charts, et gagne par la même occasion sa concession à perpétuité dans le top 500 des meilleurs albums de tous les temps (372éme pour Rolling Stones mag en 2003).

 






 











 

En 1977, le groupe Styx réédite l'exploit avec son album "The grand illusion" , porté par le single "Come sail away". Cette fois, c'est "Carte blanche", tableau énigmatique de 1965 en adéquation avec les aspirations prog-rock et arty du groupe, qui est remodelé pour les raisons de la pochette. Triple platine à la clé.












 


Deux ans plus tard,  Gary Numan tente le coup : délaissant pour la première fois tous les instruments classiques, il compose un album entièrement électronique où fleurissent les synthés Moog et les effets les plus divers. Une petite révolution aussi sonore qu'esthétique, puisque sur scène, Gary Numan se transforme en homme-électricité, entouré de néons et de pyramides flottantes, idée qu'il détourne du tableau "Le principe du plaisir" (1937). L'album porte le même nom ("The pleasure principle") et cartonnera complètement : numéro 1 en Angleterre, il ouvre la voie pour une foule de groupes new-wave.




 













Parmi ceux-ci, Ultravox, dont le chanteur John Foxx, qui a bien retenu la leçon, choisira le même tableau pour façonner la pochette de l'album "The pleasures of electricity" en 2001.

Décidément, Magritte fait recette.






Après cette succession de réussites, pas étonnant que les groupes s'emparent du bon tuyau pour consolider la leur. En 1995, Oasis est déjà superstar. Il ne lui manque qu'une chanson, une seule, pour entrer dans le panthéon des rockeurs et y rester à jamais. Ce sera "Wonderwall", tube absolu de toute une décennie. Faut-il s'étonner que la pochette du single s'inspire en grande partie des travaux du peintre ? Les faux-semblants et les "Liaisons dangereuses" (1926) deviennent le support idéal pour cette histoire d'amour aux pieds d'argile.













 



Plus récemment, de jeunes groupes utiliseront avec plus ou moins de bonheur les tableaux du peintre. En 2001, ce sont les métalleux de Recover qui jouent la carte humoristique avec leur album "Ceci n'est pas Recover", bien sûr dérivé de la célèbre "Trahison des images" (1929). En 2003, les gallois de Funeral for a Friend utilisent les "Amoureux" (1928) pour illuster "Casually dressed & deep in conversation". Magritte recyclé pour un groupe emocore ? Nul doute que tout ça l'aurait bien amusé...
























Encore inspirée des "Amoureux", la pochette de l'album de Mars Volta, "Frances the mute" (2005). Le conducteur a visiblement perdu sa conjointe....


 

 



 

Notons pour conclure que certains ne s'embêtent même pas à trafiquer les peintures de Magritte, préférant tout bonnement recycler telles quelles les oeuvres originales. Il en va ainsi de Jeff Beck qui trouva dans l'énigmatique pomme de la  "Chambre d'écoute" (1952)  l'ultime membre de son super groupe : Rod Stewart au chant, Ron Wood à la basse, Nicky Hopkins au piano, Magritte aux pinceaux, il y a pire. L'album s'appelle "Beck-Ola" (1969) et reste aujourd'hui encore l'une des pierres angulaires du guitariste.

 

 


En bonus, une vidéo des oeuvres du peintre, sur fond de Rachmaninov, ça se déguste.


[Merci à Crosstown Traffic pour le rappel ! ]

Par Chtif
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Dimanche 12 novembre 2006
A l'instar des publicitaires,nombreux sont les groupes qui piochent dans l'art populaire, contemporain ou classique pour s'offrir un visuel de pochette design. L'effet est assuré, classieux ou rigolo, ne coûte pas cher de l'idée, et peut même assurer une crédibilité artistique de bon aloi. Après... véritable clin d'oeil artistique ou plagiat facile dû à une panne d'inspiration ?... Ca reste à déterminer !

Magritte est de loin le plus pillé des peintres modernes, on en avait déjà fait un petit tour de la question par ici.  Poursuivons avec quatre autres pochettes détournées d'oeuvres que l'on ne présente évidemment plus, tant elles se sont incrustées dans notre quotidien de serviettes en papier et de boîtes de chocolat cartonnées.



Ginger Ale

Pour commencer, la pochette du dernier Ginger Ale, "Daggers dawn" (sortie février 2006), qui promet l'éclate totale en s'inspirant  du "American Gothic" de Grant Wood (1930). A prendre au deuxième degré bien évidemment, le groupe étant plus branché électro pop sautillante que soupe à la grimace.






















The Pogues

Un improbable équipage de punk celtiques partant à la dérive sur un océan d'ivresse : impossible de résumer de meilleure façon ce qu'étaient les Pogues en 1985. Elvis Costello est aux commandes, et Shane MacGowan s'impose comme songwriter après s'être fait les dents (et les avoir paumées) sur des hectolitres de traditionnels irlandais.
 

"Rum sodomy and the lash" (les seules traditions de la Royal Navy, dixit Winston Chruchill selon une fausse légende) cartonne mais n'empêchera pas la prophétie du "Radeau de la Méduse" de Géricaut (1819) de se confirmer: six ans plus tard, le capitaine MacGowan, incontrôlable, quittera bel et bien le navire.





Bow Wow Wow

Fondés en 1980 par Malcom Mc Laren, "légendaire" manager des Sex Pistols, les Bow Wow Wow avaient deux particularités.

La première, anecdotique, est d'avoir très succintement compté un dénommé Lieutenant Lush dans leurs rangs. Rapidement éjecté, le mystérieux Lieutenant connaîtra son petit succès par la suite, sous le nom de... Boy George.


La deuxième est d'avoir recruté une chanteuse adolescente, Annabella Lwin, originaire de Rangoon. Il n'en fallut pas plus à Mc Laren, toujours à l'affut d'un petit raout médiatique, pour convaincre le groupe d'illustrer la pochette de son premier album (sobrement intitulé "See jungle ! See jungle ! Go join your gang yeah ! City all over, go ape crazy.") avec une reproduction du "Déjeuner sur l'herbe" de Manet (1863). Annabella, 15 ans, y apparaît nue aux milieux de ses comparses, assise de trois-quart dos par rapport à l'objectif. Hurlements des ligues anti-pédophiles, et désespoir de la maman. L'association des pique-niqueurs texans a failli s'y mettre aussi. Réponse du rusé manager : "ce n'est qu'un hommage au grand peintre !".

Mc Laren gagne, la bucolique pochette envahit les bacs, et le single "Go wild in the country" cartonne. Décidément, Manet n'a pas fini de faire impression (ah ah...).





Fish

Pour finir aujourd'hui, revenons sur Fish, ex-chanteur de Marillion avec qui il enregista le multiplatiné "Misplaced childhood". Célébré par les amateurs de prog-rock, moqué par le reste du monde, Fish poursuit aujourd'hui vaille que vaille une carière solo en huitième de teinte.

Pour son dernier album paru (sans compter la compilation du bonhomme, divinement nommée "Bouillabaisse"), le chanteur se représente en pleine virée champêtre au milieu du "Champ de blé aux corbeaux" de Van Gogh (1890), avec lunettes noires et pardessus matrixiens en guise de tenue de rando. Une certaine expression du bon goût dirons-nous.
 

Fish met le paquet niveau volatiles : l'album s'appelle "Field of crows" et contient des titres comme "Old crow", "Scattering crows", "Shot the craw" mais parle plus du 11 novembre que de Van Gogh. On ne saura jamais si le peintre s'est coupé l'oreille à cause de Fish, mais en tous cas, le disque est un bon cru selon les fans. a bon entendeur...



A suivre....

via Sefronia (c)
Par Chtif
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Jeudi 21 décembre 2006
En 1968 sort le 9ème album des Beatles. Auto-intitulé, il sera très vite rebaptisé le "White album" en raison de sa pochette immaculée, intérieur compris. Ou comment s'offrir une couverture mythique (pour un disque qui ne l'est pas moins) à moindre frais.



 La légende dit que Lennon, frustré de ne pouvoir mettre une photo olé avec Yoko sur le disque, fit sa mauvaise tête et exigea que l'on réduise l'illustration à sa plus simple expression.

On n'est pas passé loin d'une pochette de ce genre...


Le design fut confié à un ami de Mc Cartney, Richard Hamilton, peintre précurseur du pop art (finalement, ça n'a pas dû être si "à moindre frais" que ça...). Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne s'est pas foulé sur ce coup : un simple relief pour l'inscription "The Beatles" et un numéro de série sur la première édition pour souligner l'absurdité de faire une édition limitée à plusieurs millions d' exemplaires.

Just what is it that makes today's homes so different, so appealing ?
Richard Hamilton (1956)


Mais connaissant son affection pour Marcel Duchamp et les artistes abstraits du début XXème siècle, on peut penser qu'Hamilton saisit là l'occasion de rendre hommage au célèbre "Carré blanc sur fond blanc" de Malevitch, premier monochrome homologué de l'histoire picturale.

Carré blanc sur fond blanc
Kazimir Malevitch  (1918)


L'idée (et le succès) du "White album" inspira bien des groupes lors des décennies suivantes. La plupart ne pompent que le nom sans la pochette ("Green album" et "Blue album" - Weezer, "Brown album" - Primus, "Red" - King Crimson...), d'autres reprennent tout le concept. Citons par exemple les Talking Heads, responsables d'un album rouge en 77 et d'un autre noir ("Fear of music") deux ans plus tard.
















"77" et "Fear of music"

Talking Heads


Autres pochettes célèbres dans les mêmes teintes de noir, celles de Metallica, et du rappeur Jay-Z, mais nous y reviendrons plus loin.

















"Metallica" -  "Black album"  (1991) et "The black album" - Jay-Z (2003)



Remarquons en passant que les pochettes présentées ne sont pas à proprement parler de vrais monochromes : à chaque fois subsiste le nom du groupe, ou quelques détails fins (un relief façon plaque d'égoût sur "Fear of music", le serpent de Metallica) venant briser la monotonie de l'ensemble.

Les pochettes intransigeantes sur la question sont plus rares. Un peu normal, vu qu'on a vite fait le tour du prisme et que ça réduit un tantinet l'exposition visuelle du groupe. Le groupe ska punk Skankin' Pickle s'y est collé en 1996, et a également dû coller un sticker par dessus pour qu'on ne confonde pas le disque avec un séparateur de rayonnage. Que la personne qui a déjà écouté le disque n'hésite pas à venir nous dire s'ils ont bien fait.

"Green album" - Skankin' Pickle (1996)


Je ne me souviens pas avoir vu jusqu'ici de pochettes monochromes bleues, il faut dire aussi que cette couleur est quasiment une marque déposée du peintre français Yves Klein qui a quasiment bâti toute sa (courte) carrière sur un seul pot.

"Monochrome bleu" - Yves Klein (1960)


Tout cela rappelle les savoureuses réflexions de Yasmina Reza sur la distinction subtile entre l'art et le foutage de gueule dans sa pièce de théâtre "Art", dans laquelle se déchirent trois amis autour d'une toile blanche à vingt plaques :

Marc : "Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fisn liserés blancs transversaux."
[...]
Yvan : "Comment tu les vois ?
Marc : Pardon ?
Yvan : Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les lignes ?"
[...]
Serge : "Pour moi, il n'est pas blanc. Quand je dis pour moi, je veux dire obectivement. Objectivement, il n'est pas blanc. Il a un fond blanc,avec toute une peinture dans les gris... il y a même du rouge. On peut dire qu'il est très pâle. Il serait blanc, il ne me plairait pas. Marc le voit blanc... C'est sa limite... Marc le voit blanc parce qu'il s'est enferré dans l'idée qu'il était blanc. Yvan, non. Yvan voit qu'il n'est pas blanc. Marc peut penser ce qu'il veut, je l'emmerde."


Deux écoles s'opposent nettement :  ceux qui considèrent les monochromes comme un absolu de liberté artistique et ceux qui n'y voient que fumisterie et argent facile. Pas étonnant que ces derniers se soient manifestés pour parodier le délire abstrait des Beatles. A commencer par les chevelus de Spinal Tap, dans le rockumentaire parodique de Rob Reiner (1983), qui se voient refuser par la maison de disques leur projet de couverture pour leur nouvel album : "Smell the glove". Finalement, le disque sort, avec une pochette monolithique, complètement noire. Ca vous rappelle quelque chose ? Bon, pas sûr que ça soit un hommage au "Carré noir sur fond blanc" de Malevitch, cette fois-ci.


















"Smell the glove" - Spinal Tap (1983)
Projet de pochette et couverture finale


En 1998, les Simpsons (la série) passent aussi à l'attaque, et réussissent à parodier à la fois le "White album" et le "Sergent pepper's..." avec le "Yellow album".


















"Sergent pepper's lonely hearts club band"  - The Beatles (1967) et "The yellow album" - The Simpsons (1998)



Dans la même optique "une pierre deux coups", en 2001, le groupe Beatallica se paie en même temps les Beatles et Metallica, avec un album forcément surnommé... "The grey album". Les chansons sont des mix entre celles des deux groupes, jouées à la métalleuse et s'intitulent "Leper madonna" ( = "Leper messiah" + "Lady Madonna") ou "Blackened the USSR" ( = "Blackened" + "Back in the USSR")...
 
"Beatallica" (2001)


En 2004, c'est Danger Mouse qui tente le grand écart avec un autre "Grey album", en remixant les morceaux du "Black album" de Jay-Z sur des samples des Beatles... Sorti initialement à 3000 copies seulement, l'album récolte vite des critiques élogieuses, mais manque de pot, cette fois-ci c'est EMI, détentrice des droits du "White album", qui manqua d'humour et exigea le retrait du disque illico. On déconne pas avec l'Art, chez EMI.

"The grey album" - Danger Mouse (2004)



Pour conclure ce billet, tout en restant dans le domaine de l'art disons... conceptuel, une question me taraude depuis un moment : j'ai l'impression que beaucoup de groupes que chacun nommera à sa guise pompent allègrement sur un autre artiste bien connu sans jamais le citer : Piero Manzoni. C'est pas  très sportif de ne pas reconnaître ses influences...

"Merda d'artista" - Piero manzoni (1961)

 


PS : Retrouvez dans les commentaires ci-dessous (n°10) l'histoire singulière d'un autre "Black Album" non discuté dans cet article, attribué cette fois-ci à Prince. Christophe du site Pophits est l'auteur du récit en question, infiniment merci à lui pour sa contribution

Par Chtif
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Lundi 26 février 2007

Chtif'iens, Chtif'iennes,

 

Comme vous avez pu le constater, cette page a connu une bonne période de disette qui je l'espère ne se renouvellera pas de sitôt. Et oui, misère, le Chtif était au turbin les pieds dans la mélasse (pendant que la plupart d'entre vous se prélassait en vacances, bande de moules), et cloîtré dans une petite bourgade du 78. Ah... Epône Mézières, sa zone industrielle, son hôtel, sa... sa zone industrielle et euh... son hôtel. 

Quoi qu'il en soit, si vous croyez que cette période de surmenage a ramolli les aigreurs, vous vous trompez lourdement puisqu'aujourd'hui, le blog se lance dans l'ô combien périlleuse entreprise du débat présidentiel. Ouhla, on attaque les grands mots (Chtif = vendu), et pourtant un poil d'implication citoyenne n'est jamais de trop. Histoire de ne pas trop vous re-polluer les oreilles avec les médisances habituelles, le Chtif vous présente aujourd'hui un peu de nouveauté pour alimenter les discussions : les projets avortés d'affiches électorales des différents partis en lice. Dommage, les affiches officielles finalement placardées pour la campagne sont quand même beaucoup moins rigolotes. Bref, allons-y, de bord à bord :

 

Commençons par nos amis communistes, qui optèrent en première instance pour le dénuement et la simplicité avec cette magnifique ode à la camaraderie :

 Kraftwerk : "The Man-Machine"  (1978)

Sur les cendres encore rougeoyantes de la Guerre Froide, cette pochette réminiscente du style constructiviste russe (signée Karl Klefish) fut taxée sans discernement de propager des idéaux totalitaristes, communistes ou encore fascistes (en vrac... ).

 

 

Pour Lutte Ouvrière, pas question d'oublier les raisons de la colère :

Pink Floyd : "Animals" (1977)

La pochette représente la centrale électrique de Battersea (Londres) survolée par l'infâme cochon de baudruche du capitalisme. Anecdote amusante : lors d'une session photo, le cochon pris son envol : un hélicoptère tenta de l'abattre, en vain. Les contrôleurs aériens dûrent alors signaler aux appareils en vol la présence dangereuse d'un gros cochon rose à 20000 pieds. Celui-ci atterrit finalement dans un champ sans dommage. (plus d'infos ici)

 

 

Fini les p'tis zoziaux, les p'tites rivières sur les n'affiches, maintenant ça urge : la poubelle Terre, c'est déjà là, et les Verts passent la seconde.

 Anthrax : "Stomp 242" (1995)

Anthrax : un nom métallos bien inspiré qui rameuta par erreur sur leur site net des millions de visiteurs désorientés par la menace d'attaque bactériologique, après les attentats de 2001. Alors que "Aeroplane" ou les RATM se voyaient interdits de radio, on exigea même du groupe qu'ils changent de nom... Pas de chance, aux dernières nouvelles, Anthrax se répand toujours.

 

 

Après une bonne partie de campagne, qu'il fait bon partager un moment de détente rabelaisien avec nos amis de Chasse Pêche Nature et Tradition :

 Nashville Pussy : High as Hell (2000)

Nashville Pussy tire son nom d'une chanson de Ted Nugent, autre barjot notoire niveau armes à feu. Représentant de la NRA, Nugent prône l'auto-défense ("I want rapists dead. I want burglars dead. [...]No court case. No parole. No early release. I want 'em dead") et ne refous plus les pieds au Canada depuis que la chasse à l'ours y est interdite...

 

 

Les éternels partisans du clivage droite/gauche lorgneront du côté qui leur sied avec les deux charmants bambins ci-dessous. A noter que l'attribution respective de ces deux affiches au PS et à l'UMP varie selon l'interlocuteur :

Van Halen : "1984" (1984)

Black Sabbath : "Born again" (1983)

Steve Joule, à qui le design de cette pochette fut confiée, sabota volontairement le boulôt en vue d'aller bosser avec Ozzy Osbourne, ex-chanteur du Sabbath. Las, Tony Iommi le guitariste s'accomoda parfaitement du résultat final. A part un ou deux death métalleux, personne n'a encore compris pourquoi.

 

 

Et naturellement, les indécis pas pressés d'opter pour un côté plutôt qu'un autre pourront garder le cap en plein Centre, avec l'UDF. Le Miracle de l'Amour, tous ensemble dans la même direction.

Queen : "The miracle" (1989)

Le morphing des visages, petite prouesse visuelle en 89, symbolisait sur cet album l'unité du groupe (tous les morceaux sont pour la première fois signés collectivement). Il permettait d'autre part de dissimuler pour quelques temps encore la maladie de Freddie...

 

 

Enfin, saluons nos indéboulonnables d'extrême-droite, jamais avares d'une petite provoc' pour faire parler les médias.

 Killing Joke : "Laugh ? I nearly bought one" (1992)

Les Killing Jokes d'étaient fait interdire de concert à Glascow avec cette affiche d'un prêtre (le Pape ?) passant en revue les troupes nazies. Du coup, ils l'ont réutilisée pour la pochette d'une compile. C'est de bonne guerre.

Voilà, voilà, on a fait le tour, là, y'a plus qu'à, comme on dit.

Ceci dit, si malgré tout vous n'arrivez pas à choisir parmi toutes ces merveilles de créativité, il reste toujours la possibilité de voter blanc :

The Beatles : "White album" (1968)

Mouais, je l'avais déjà utilisée celle-là...

Par Chtif
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Dimanche 28 décembre 2008

Poursuivons notre petit tour d’horizon des pilleurs d’images avec quatre formations qui n’ont pas choisi de faire dans la grosse déconne.

On commence avec Rod Stewart, qui demeure sans doute, rappelons-le, le plus grand chanteur R&B blanc à avoir traîné ses guêtres de par nos contrées (allez… à égalité avec Steve Marriott).

En 1975 sort "Atlantic crossing", sixième album solo qui lui vaut un petit succès pas dégueu grâce au carton "Sailing". Le brave Rod en tire quelques leçons essentielles pour son album suivant, "A night on the town" (1976) :

1) Quitter définitivement ses Faces de compères, désormais devenus plus encombrants qu’autre chose (un peu comme quand le beau gosse de la bande lâche ses potes enivrés pour finaliser sa conquête d’un soir, oui, c’est à peu près ça)

2) Ne plus sortir que des ballades en singles : ça plaît aux filles qui adorent dilapider ainsi un pouvoir d’achat acquis de haute lutte après quelques années de féminisme acharné. A l’occasion de l’année de la femme (1975, selon l’ONU), Rod fait la paix avec ces demoiselles, et remporte le gros lot avec "Tonight’s the night" et “First cut is the deepest” (originale de Cat Stevens).

3) Ne pas réitèrer la douloureuse faute de goût de "Atlantic crossing" au niveau de la pochette : gageons que malgré son amour du glam, le chanteur s’en mord encore les doigts, de celle-là. Sur "A night…", Rod s’offre carrément la place centrale du "Bal du Moulin de la Galette" (Renoir, 1876). Ambiance guinguette de Montmartre, canotier, et galoche sous les tonnelles, voilà de quoi faire palpiter les rêveries bohèmes des jeunes filles en fleurs...


Manque de pot, la sortie de l’album coïncidera exactement avec l’explosion du punk. Les jeunes crêteux, de prime abord peu sensibles au mouvement impressionniste, se feront un plaisir de dézinguer notre pauvre Rod, parfaite incarnation du rock à maman. Le chanteur se fera taxer à peu de choses près de “vieux pet qui pue" par des Joe Strummer et des Johnny Rotten encore sanguinolents de l’oreille (bien que biberonnés au son craspougne des Faces… Complexe d’Œdipe, quand tu nous tiens…). La presse rock s’y mettra aussi dans la foulée. Rod Stewart boudera les critiques dans son coin pendant de nombreuses années, tout en continuant à enchaîner les succès roucoulants.


Côté pochettes, il ne prendra plus le moindre risque par la suite : new-wave et léopard dans les 80’s, repompe de Bowie dans les 90’s… Dommage, quand même, parce qu’on a beau dire, ça lui allait bien le côté gars des faubourgs au beau Rod…



Rejoignons maintenant Joni Mitchell au milieu des années 90. Sale temps pour la songwriteuse qui, depuis 1979, s’est pris pas moins de 4 gadins commerciaux consécutifs. Trop militante, trop en rogne après tout et tout le monde, la politique, les médias, l’ignorance et l’inculture généralisées, en bref… pas assez MTV pour les années 80.
Mais Joni n’est pas du genre à se plier aux exigences avilissantes de l’industrie musicale. La preuve, madame Mitchell, qui se déclare avant tout peintre, ne vend pas ses toiles, ceci afin de ne pas laisser corrompre son Art.
Intègre, la Joni.
Battante, également : en 1994, elle persiste et se lance contre vents et marées dans l’élaboration d’un nouvel album, son 17ème. Comme si ça ne suffisait pas, elle rompt avec son mari de 12 ans pendant l’enregistrement.
En résulte "Turbulent Indigo" qui dépeint à peu près tout ce qu’un bout de femme meurtrie peut accumuler comme tristesse et amertume.


Effectivement, l’écoute de "Love kills" ou "The Magdalene laundries" impose l'évidence : la vache, ça respire pas la joie, chez Joni. Enfin, on n’irait pas passer Noël avec elle, quoi.

L’écrin du disque est à l’unisson. Sur la pochette : un "autoportrait à l’oreille coupée", quasi-décalqué sur celui de Van Gogh (1889). Outre le bandage et le truc moche sur la tête, la canadienne y va de sa petite couche de pathos supplémentaire avec un fond bien torturé façon "Champ de corbeaux de nuit dans le mistral".
Crise de folie passagère ? Pèlerinage à Arles ? Abattement passager ? Que nenni : avec ce tableau, Joni dénonce sa mise à l’écart médiatique et les difficultés qu’elle rencontre auprès de maisons de disques avides de fric facile. Selon ses propres dires :

Doors had been closed to me, and no one could give me a reason why... So my work was being rejected whereas mediocre work was being accepted and elevated on the basis of newness and youth and, you know, obvious mercantile speculation ran in that direction. So, rather than physically cut my ear off, I did it in effigy. [Huge belly laugh.] I'm not that stupid."
(Propos recueillis par Deirdre Kelly, Toronto Globe and Mail, June 8, 2000)


Si l’on résume : "Joni = Van Gogh = le génie"   versus   "tous-les-petits-jeunes-qui-débutent-et-qui-font-de-la-merde-mais-qui-vendent". Un peu prétentieux, un peu vain aussi, mais mine de rien, le sujet est toujours d’actualité. D’ailleurs, selon une autre interview de la belle, son responsable de label lui aurait avoué :

"Joni, les temps ont changé. Nous ne sommes plus que des marchands de voitures. On en vend des mignonnes et on en vend des puissantes. Mais ce que tu proposes est l'oeuvre d'un génie. Et ça, on ne sait plus le vendre. "
(Télérama n° 3032)


Heureusement, l’humanité, même tardive, sait parfois récompenser ce génie tant loué. A l’inverse de Van Gogh, Joni Mitchell bénéficia d’une reconnaissance pré-posthume grâce à "Turbulent indigo", double fois Grammy awardisé.





Toujours dans la mouvance "Gilette trois lames", poursuivons avec Flat Eric que l’on retrouve en bien mauvaise posture sur «"Lambs anger", nouvel album de Mr Oizo.
Tout le monde se souvient de Flat Eric, cette petite poupée de chiffon jaune qui headbangait pour les jeans Levi’s en 99. Remisée au placard pendant quelques années, voilà que la sympathique mascotte reprend du service… à ses risques et périls.
Rien que le titre, déjà, "Lambs anger"… Désolé mais ça sent le Clarice Sterling et le trip psychopathe à plein nez cette histoire. La pochette confirme nos soupçons : l’ami Eric est décidément dans un bien sale pétrin, à deux doigts de se faire taillader la prunelle par un barbier tête-en-l’air.


Certes, il est commode d’arriver après la bataille pour affirmer que le drame était prévisible. Pourtant, dans ce cas précis, les indices annonciateurs étaient légion. Depuis plus de dix ans, Quentin Dupieux, le "marionnettiste" de Mr Oizo, est connu des milieux autorisés comme un cinéaste attiré par l’absurde, le non-sens, et peut-être bien aussi le thanatisme (et hop ! un néologisme de Jonathan Littell ; vous admettrez que ça fait classe de faire côtoyer Flat Eric avec un Goncourt dans le même article).
En bref, Quentin Dupieux, c’est le genre à rêvasser sous la couette comme tout un chacun devant les œuvres fétichistes de Cronenberg ou les délires insensés de… Buñuel, son maître à penser. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il emprunte au pionnier du cinéma surréaliste le fameux supplice d’intro d’"Un chien andalou" (1929) pour taquiner sa propre création.


On aurait quand même tort de prendre le simulacre de torture à la légère. Un homme capable de réaliser "Steak", avec Eric et Ramzy, étant par définition capable de tout, il y a fort à parier que derrière le clin d’œil à Buñuel se cache une vraie menace : « Si Mr Oizo fait pas plus d’entrées que « Steak » : zip ! Je coupe ! »





On conclura pour cette fois avec une bizarrerie dénichée à Pékin, dernière parution d’un groupe chinois assez populaire en son pays : New Pants. L’album s’appelle "Equal love ", et la pochette s’inspire du "Cri" de Munch (1893), en version nettement plus flashy toutefois.


On sait qu’après des décennies de fermeture politique et culturelle, les peintres chinois se sont pris en pleine poire et d’un bloc tout ce que l’Occident a pu enfanter en termes d’art contemporain au cours du siècle passé. La rencontre a suscité un formidable engouement et une réappropriation totale des patrimoines expressionniste, surréaliste, pop art et j’en passe. De très intéressants artistes se sont révélés à cette occasion, notamment mis à l’honneur cette année avec l’exposition "China Gold" du musée Maillol.


Bon, là, avec le "Cri" version "Equal love", faut pas se leurrer, on navigue plutôt du côté du grand n’importe quoi. Ceci dit la pochette colle assez bien avec la musique du groupe : gesticulante, bécasse, racoleuse… A l’instar de leurs collègues des Beaux-Arts, les New Pants ont tout dû ingurgiter en deux ans, depuis les Ramones jusqu’aux Rapture en passant par la New Wave : le résultat vaguement disco-punk n’est pas encore à la hauteur. Mais patience, ce n’est qu’une affaire de temps.




En bonus, quelques liens, pour ceux qui sont du genre à reprendre trois fois de la bûche :
Rod Stewart : 'The Killing of georgie'
Joni Mitchell : "The Magdalene laundries" 
Mr Oizo : Pourriture 7
New Pants : You are my superstars  (avec des Gabba gabba Hey à la fin !)

Par Chtif
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Ptite pensée ...


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Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
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