De Bowie (adepte de l'écriture automatique ) à Franck Black (on se souvient de "Debaser" et ses
cris de "chien andalusia" , clin d'oeil - fendu - à Buñuel et Dali), il faut croire que les rockeurs aiment le surréalisme.
Entre autres représentants du genre, Magritte a été chouchouté par nombres de nos amis électriques qui trouvèrent largement dans ses tableaux matière à inspiration pour leurs pochettes d'albums. Quoi de plus accrocheur en effet que les intriguantes toiles mi-réelles mi-fantastiques du peintre belge ? (D'où aurait-il pu bien venir, sinon de Belgique ? Loin de se contenter d'ête le plus beau pays au monde, ne serait-ce que pour ses bières trappistes et ses distributeurs automatiques de saucisses, la Belgique peut se targuer d'avoir bercé la plus grande concentration terrestre d'artistes surréalistes, depuis Raymond Devos à Benoît Poelvoorde, en passant par Jean-Claude VanDamme.)
Prenons Jackson Browne, par exemple. En 1974, le songwriter US sent qu'il peut enfin tenter le gros coup avec son troisième album, "Late for the sky". Ne manque plus qu'un petit coup d'éclairage supplémentaire pour relancer sa carrière ombragée par l'échec de son précédent opus. Pour sa pochette, Browne choisit une illustration s'inspirant allégrement de "L'Empire des Lumieres", peinture de 1954 au titre prédestiné. Le coup est gagnant : une tripotée d'amateurs se laisse séduire sans même connaître le chanteur. L'album atteint la 14ème place des charts, et gagne par la même occasion sa concession à perpétuité dans le top 500 des meilleurs albums de tous les temps (372éme pour Rolling Stones mag en 2003).
En 1977, le groupe Styx réédite l'exploit avec son album "The grand illusion" , porté par le single "Come sail away". Cette fois, c'est "Carte blanche", tableau énigmatique de 1965 en adéquation avec les aspirations prog-rock et arty du groupe, qui est remodelé pour les raisons de la pochette. Triple platine à la clé.
Deux ans plus tard, Gary Numan tente le coup : délaissant pour la première fois tous les instruments classiques, il compose un album entièrement électronique où fleurissent les synthés Moog et les effets les plus divers. Une petite révolution aussi sonore qu'esthétique, puisque sur scène, Gary Numan se transforme en homme-électricité, entouré de néons et de pyramides flottantes, idée qu'il détourne du tableau "Le principe du plaisir" (1937). L'album porte le même nom ("The pleasure principle") et cartonnera complètement : numéro 1 en Angleterre, il ouvre la voie pour une foule de groupes new-wave.
Parmi ceux-ci, Ultravox, dont le chanteur John Foxx, qui a bien retenu la leçon, choisira le même tableau pour façonner la pochette de l'album "The pleasures of electricity" en 2001.
Décidément, Magritte fait recette.
Après cette succession de réussites, pas étonnant que les groupes s'emparent du bon tuyau pour consolider la leur. En 1995, Oasis est déjà superstar. Il ne lui manque qu'une chanson, une seule, pour entrer dans le panthéon des rockeurs et y rester à jamais. Ce sera "Wonderwall", tube absolu de toute une décennie. Faut-il s'étonner que la pochette du single s'inspire en grande partie des travaux du peintre ? Les faux-semblants et les "Liaisons dangereuses" (1926) deviennent le support idéal pour cette histoire d'amour aux pieds d'argile.
Plus récemment, de jeunes groupes utiliseront avec plus ou moins de bonheur les tableaux du peintre. En 2001, ce sont les métalleux de Recover qui jouent la carte humoristique avec leur album "Ceci n'est pas Recover", bien sûr dérivé de la célèbre "Trahison des images" (1929). En 2003, les gallois de Funeral for a Friend utilisent les "Amoureux" (1928) pour illuster "Casually dressed & deep in conversation". Magritte recyclé pour un groupe emocore ? Nul doute que tout ça l'aurait bien amusé...
Encore inspirée des "Amoureux", la pochette de l'album de Mars Volta, "Frances the mute" (2005). Le conducteur a visiblement perdu sa conjointe....
Notons pour conclure que certains ne s'embêtent même pas à trafiquer les peintures de Magritte, préférant tout bonnement recycler telles quelles les oeuvres originales. Il en va ainsi de Jeff Beck qui trouva dans l'énigmatique pomme de la "Chambre d'écoute" (1952) l'ultime membre de son super groupe : Rod Stewart au chant, Ron Wood à la basse, Nicky Hopkins au piano, Magritte aux pinceaux, il y a pire. L'album s'appelle "Beck-Ola" (1969) et reste aujourd'hui encore l'une des pierres angulaires du guitariste.
En bonus, une vidéo des oeuvres du peintre, sur fond de Rachmaninov, ça se déguste.

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En 1975 sort "Atlantic crossing",
sixième album solo qui lui vaut un petit succès pas dégueu grâce au carton "Sailing". Le brave Rod en tire quelques leçons essentielles pour son album suivant, "A night on the
town" (1976) :



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