L'aigri du come-back

Publié le par Chtif

Première voiture, côté fenêtre, sens de la conduite. Comme d’habitude, mon voisin a calé ses écouteurs. Depuis 9 mois, nous partageons quotidiennement, à deux sièges d’écart, nos 45 mn ferroviaires et matinales. Il a une bonne bouille, et selon toute vraisemblance, nous ne nous adresserons jamais la parole. Paris.

 

Voilà où j’en suis. Métro-boulôt-dodo. Enfin pour être plus juste : métro-train-boulôt-dodo, parce qu’en plus, j’ai eu la bonne idée de m’installer dans le centre, pour pouvoir profiter un max des bars et des salles de concert de la capitale. Tu parles, depuis que je suis installé, j’ai pas fait plus de deux sorties, à part la gare Saint-Lazare. Vous croyiez que j’avais déserté Over-Blog parce que j’étais occupé et tout et tout, que dalle, en fait j’avais rien à raconter. Ceci n’a pas changé d’ailleurs, mais je me suis dit  tant qu’à se faire chier, autant le faire devant un clavier (si c’est pas du sens de l’accroche, ça…).

 

En clair, ce que j’ai bien pu tripoter ces derniers mois n’a rien de très vegassien. Si ce n’est, à la rigueur, que mes sympathiques nouveaux collègues m’ont surnommé Dick, comme le Rivers du même nom que vous avez tant applaudi dans votre enfance (la faute à mes cheveux qui ne voient pas souvent le coupe-tif et esquissent d’eux-mêmes une sorte de banane à l’ancienne). Tu parles d’un come-back tonitruant. Enfin, c’est la période, apparemment. A l’instar de Police, Led Zep et Lorie, le Chtif a la niaque. Place aux hostilités.

 

Trois heures de transport par jour, me disais-je naïvement, il y a de quoi s’enfiler l’intégrale d’Hawkwind en moins de deux, enchaîner quatre nouveautés par jour et dénicher de fantastiques folkeux texans dont même leurs mères ignorent l’existence. Une occasion unique dont il faut tirer parti. Re-paf, que dalle, trois heures de transport par jour, c’est surtout l’occasion de se réveiller chaque matin avec toujours les mêmes conneries en boucle dans l’Archos, le roulis régulier des roues sur les rails en fond parasite (je sais pas si vous avez fait gaffe, mais il y a une allitération, là, ahah… Neuf mois de réflexion, mais ça valait le coup.). Vous vous rappelez Bill Murray, « Un jour sans fin », tout ça. Ben pareil.

 

Preuve de ma zombification avancée, j’ai réalisé il y a peu avec effarement que le morceau que j’avais le plus écouté ces derniers mois était sans nul doute « Eighteen and life » de Skid Row. Je n’ai pas d’explication scientifique à cela, toujours est-il que cette chanson me fait rêver de manière totalement déraisonnée, surtout pour un gars de 27 ans. « C’est qu’t’es un gros blaireau, c’est tout », me souffle miss Chtif à l’oreille. Possible, quoi qu’il en soit, je cède volontiers ma place de métro contre deux minutes dans la peau de Sebastian Bach, ne serait-ce que pour batailler avec ma tignasse devant une fosse de nippones en furie. Sûr que personne ne l’a jamais surnommé Dick, lui (pas pour les mêmes raisons en tout cas).

 

Allez, merde, je vous la mets, "18 and life" tant pis pour vous.


Dans la foulée, du coup, j’ai lu « Dirt », la bio de Mötley Crüe, et j’en ferai une chronique bientôt. Ne riez pas, ce genre de choses arrive aux meilleurs d’entre nous : Chuck Klosterman, qui est un gars très bien, journaliste à Spin, est un grand fan de Kiss. Il pousse le vice jusqu’à comparer les disques solos des quatres membres du groupes. Ce qui veut déjà dire qu’il les a tous écoutés, respect. (Pour ceux que ça intéresse, c’est dans « Je, la mort, et le Rock’n Roll », un peu moins bien que du Nick Kent, mais toujours sympa à lire.)

 

Et pour finir de vous démontrer les méfaits du XXIème siècle, sachez que j’ai écouté plusieurs jours durant ce que je pensais être le dernier Interpol, téléchargé sur la mule (oui, téléchargé, je sais, raclure, blablabla), avant de finalement me rendre compte qu’en fait c’était un album des Killers. Un petit rigolo s’était amusé à falsifier tout ça avec soin. Pas une première d’ailleurs, une autre fois j’ai eu droit à un album de chants racistes estampillé White Stripes (fûtés, ces racistes, hein ?). N’empêche, les fakes musicaux sur la mule, si ça généralise, ils la tiennent enfin leur arme anti-téléchargement, les Fnac et les Universal. Bon, quand je me retrouve avec un porno à la place de «Joyeux Noël », je vais pas chialer, à la rigueur je m’en contente, mais là c’était les Killers à la place d’Interpol, et pour moi, les Killers, c’était vraiment des gros tocards jusqu’à présent (souvenir d’un passage sur Canal+ où ils misèrent tout sur le minois du chanteur pour sauver un coin de meuble en jouant après Arcade Fire – en vain, bien évidemment).













              Oui                                               Non


Me voilà donc Gros-Jean comme devant de confondre mes poulains avec des gros tocards (pratique ce nouveau classement, tocards et poulain…), ce qui, vous en conviendrez, est un peu border-line (Poelvoorde ©). Le plus étonnant est sans doute que dans cet album des Killers, j’ai trouvé un morceau vraiment pas mal, « Read my mind » qu’il s’appelle. Comme quoi, cette mésaventure nous permet de conclure que : 1) les Killers sont de fieffés pompeurs d’Interpol (ok, ce n’est pas forcément vrai, mais sinon de quoi j’ai l’air ?) et 2) il faudrait toujours écouter les disques en aveugle pour ne pas se laisser berner par ses a priori.

 

Dites-donc, depuis mon come-back, je ne vous ai parlé que de Queen, Skid Row et les Killers. Comme disait G.T. quelque part, c’était bien la peine de reprendre du service. Bon, allez, histoire de ne pas vous perdre à jamais, sachez tout de même que je n’ai pas non plus écouté que des pitreries. Au sommet de l’iceberg, il y a notamment l’album des 22-20’s, à côté duquel j’étais complètement passé lors de sa sortie (encore un a priori, je les prenais à l’époque pour un nième groupe en « The » en pleine vague « Jeune et jolie fait sa groupie »). Et pourtant, mes p’tits chéris, quelle claque que ce disque, que de  blues fringuant, et totalement actuel à la fois. Quelque chose comme le meilleur des Black Keys et de Richmond Fontaine réunis, avec même un petit goût de poire à la Eighties Matchbox et Supergrass, pour l’inventivité et l’énergie. Il y a là-dedans une chanson tord-boyaux, « Baby brings bad news », qui commence par ces paroles : « I’m getting sick of everyone I’m with; I’m getting sick of keeping positive”. Pour un peu, on enverrait tout balader, pour de vrai. Putain, on finira tous par écouter du country-blues comme de vieux cow-boys rabougris, c’est moi qui vous le dis…

 

Vous le voyez, sur le Chtif, il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Pour conclure, je voudrais noter qu’après pas mal de temps passé en dehors du cercle, je suis abasourdi par la qualité littéraire et l’effervescence qui règnent dans la blogosphère, c’est-à-dire chez vous tous. Les plumes s’affinent, les articles se renvoient la balle, les débats naissent et s’enflamment dans les commentaires, c’est assez incroyable de (re)découvrir la portée de cet outil et l’ampleur qu’il prend. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose à portée de main, là. Un peu comme si le « do it yourself » avait enfin les moyens et le potentiel de devenir la nouvelle donne culturelle, vraiment, maintenant. Ou alors, j’ai bu trop de bière. Voilà, je finis en suçant du RSS à la chaîne, mais il fallait que ce soit dit. Bon, trêve de compliments, j’ai assez de retard à rattraper, faut que j’aille farfouiller chez les uns les autres.

 

Bise aux filles.

 

Dick.

Publié dans L'aigri du mois

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L
"Les paroles s'envolent. Les aigris restent !"<br />                                  Francis BLANCHE
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C
Salut l'ami Budgie, un bien bel article que le tien, effectivement on a evécu une période du même acabit.
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B
Salut Chtif ! Bonne année, hein !<br /> Dis-voir, c'est marrant, en te lisant, ça m'a rappelé que j'avais écris un truc dans le même genre : http://electric-buffalo.blogspot.com/2007/12/soft-machine-six-album-part-i.html<br /> Sinon, voilà les raisons de ton absence ! Putain de 21ème siècle !<br /> Keep On rockin' !
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A
salut le Chtif, content de te lire à nouveau... à +
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C
moi c'était avec Hard Rock mag, je crois, et une interview du chanteur qui était un vrai connard grande gueule (le genre : " kurt Cobain a clamsé ? Bon débarras !"). C'était assez réjouissant. En plus, il était en train de se faire virer de son propre groupe. donc, c'était plutôt marrant. je ne sais pas ce qu'il fait en ce moment.<br />  
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