God save the Queen

Publié le par Chtif

Ca va chier.

Récemment,  notre confrère bloggueur (et néanmoins ami) Guic' the Old eut la brillante idée de casser du sucre sur une cible bien trop facile : Queen. Ce qui revient au fond à enfoncer un clou bien inutile, tant le groupe est devenu au fil du temps la tête de turc de tout rock-critic en mal de médisance. Mon cher Guic', il y a des choses qu'on ne peut décemment laisser passer, en voilà une. Figure toi qu'à l'éternelle question « quelle chanson a changé votre vie ? », je répondrais sans délai « les 10 premières secondes de Bohemian Rhapsody sur le Live at Wembley ». Souvenir gravé : mon père qui enclenche le morceau un dimanche après-midi sur la platine familiale, le choc ressenti, instantané, les quelques notes de piano, le cri de la foule...


En revisitant mes tours à CD, j'ai mis la main sur pas moins de 14 albums de Queen, dont un pirate japonais et un disque de reprises symphoniques (abominables ceci dit; je revois encore le rictus de ce faux-cul de vendeur à qui j'avais demandé du haut de mes 14 ans ce qu'il en pensait). Tout cela représente comme vous vous en doutez un nombre incalculable d'heures d'écoutes à une époque où ces albums occupaient 50 % de ma maigre discothèque. Avec le temps, j'ai délaissé le groupe, appris à discerner le bon grain de l'ivraie. Mais  loin de moi l'idée de ne porter sur cette période qu'un regard attendri et poliment moqueur. Queen n'est pas une erreur de jeunesse, il est pour moi le déclencheur d'une passion qui me condamne depuis bientôt 15 ans à sacrifier mes écoutilles sur 220 dB.

C'est qu'au-delà du rôle de zigotos de service qu'on s'amuse à leur faire endosser, Queen est un groupe aux personnalités marquées, bien plus intéressant qu'il n'y paraît à première vue. Le charisme et l'hypertrophie dentaire de Freddie Mercury ont souvent occulté le fait que tous les musiciens composaient - à divers degrés de réussite certes - chacun contribuant à forger une identité musicale indiscutablement unique jusqu'à ce jour.

 

D'un côté, il y a les tranquilles : Brian May, d'abord, le zen du groupe. Plutôt réservé, le guitariste à l'improbable constance capillaire laisse son instrument bricolé-maison converser pour lui. Jamais de frime (en sabots devant 120 000 personnes, c'est dur), tout dans le doigté, le phrasé mélodique, et un don inné pour les solos qui roulent des galoches à votre place : ne cherchez pas plus loin où Slash est allé puiser son inspiration (et sa coupe de cheveux).

John Deacon, plus discret encore, apporte au groupe une certaine candeur par le biais de compos à l'exquise naïveté ("You're my best friend " ) et déroule mine de rien un bon petit swing mûri par une vieille fascination pour les groupes Motown. Même le plus vachard des critiques n'arrive pas à descendre  son « Another one bites the dust ».

 

En face, les fêtards, ou queutards, ça marche aussi. Freddie Mercury, bien sûr avec ses costumes de diva et sa démesure théâtrale qui confine à l'exhibition publique. Excès, cabotinage, pomp rock,  autant de termes et d?arguments dont on le blâme. Les moqueurs de tout poil peuvent bien se gausser, tout ceci ne saurait occulter ce qui fait tout le sel du personnage : le goût immodéré du chanteur pour les ambiances jazzy et belle époque. Taillée pour les grands évènements, sa voix généreuse, quoique imparfaite, n'était pourtant jamais tant expressive que dans l'intimité d'une ritournelle désuète  à la « Good old fashioned lover boy ». Mercury  délaissait là son rôle de chauffeur de stade pour un chant cabaret qui fut sa vocation première.

Des quatre, Roger Taylor est sans doute le point faible du groupe. Punk en 1978 («Sheer heart attack» ), disco en 81 (« Hot space », aïe...), le batteur s'acharne à raccrocher aux mouvements de mode, lors que son groupe se distingue dans l'atypie. C'est probablement sous son influence que Queen abandonne la mention « No synthetisers » qui signait chaque pochette jusqu'à l'orée des 80's.... et inaugure par la même occasion sa chute abyssale dans les affres du rock à stadium. Pactole à la clé, bien sûr, mais quelle débandade. Passé le cap de la nouvelle décennie (le dernier album correct du groupe étant « The game » en 1980) et jusqu'à son extinction, le groupe ne composera plus son menu quotidien que d'hymnes boursouflés et de choeurs indigestes. Taylor, lui, signera enfin ses plus gros succès : « Radio Ga Ga », « A kind of magic »... Re-aïe.

 "Ecoute, maman est près de toi..." - Encore un tube  de Roger.

Quatre membres, deux clans. Pas mal d'engueulades à la clé, entre qui c'est qui picole qui c'est qui ramène les autres à la maison, qui c'est qui touche les royalties alors que t'as écrit que le refrain etc etc... Le ligand de tout ça, qui empêchait le groupe de se fouetter les côtes à chaque répétition, c'est justement cette dualité, poussée à l'extrême à tous les échelons du spectacle.
Queen pouvait faire dans le caca prout sur fond d'arrangements 19ème siècle avec clavecin et tout le tintouin. Queen pouvait passer du choeur d'opérette au hard le plus primitif, du déjeuner sur l'herbe à celui des canotiers. Ah, grotesque et grandiose, la vieille querelle, ici portée à son apogée. Le plus beau dans l'histoire, c'est que le groupe assumait totalement ses amours déviantes pour le futile et le mauvais goût. Comme disait Mozart : « je suis vulgaire, je le sais, mais je vous jure que jamais ma musique ne l'est ». Bon, n'allez pas me faire dire n?importe quoi non plus. Bien sûr, Mercury n'est pas Mozart, mais quoi qu'on en pense, il faut un certain génie pour pondre un hymne aux gros culs (« Fat bottomed girls ») et en faire un tube chez les ménagères de moins de cinquante. Pardon ? Manque de finesse ? Qui s'en soucie ? On est chez les putes, en plein opéra, on veut du french cancan, du vaudeville et des roucoulades, pas de la finesse. Vous croyez que Bowie se l'est posé, la question de la finesse, en émergeant d'une nocturne avec le groupe, « Under pressure » sous le bras ? Le Duke l'a même recasé sur la réédition de « Let's dance », histoire de sauver l'album, farpaitement.

 

Queen n'avait de conseil à recevoir de personne pour alpaguer son client. Caméléon musical, nos anglais variaient les plaisirs en touchant à tous les styles (et pour une fois, l'expression n'est pas galvaudée) : folk S-F, valse, rockabilly, New Orleans jazz, trucs antillais, arabes, hispaniques... Bon et plus tard disco, dance et autres bêtises, mais vous l'avez compris, mieux vaut se concentrer sur la partie 73-80. A ce titre, si « A night at the opera » est considéré de coutume comme le meilleur album (et c'est pas faux), n'hésitez pas à vous repencher sur la face B du deuxième album (1974) : Freddie pousse le baroque au sens le plus rococo du terme, jongle avec les rythmes et s'en donne à coeur joie sur de savoureuses vocalises du genre : « little sugar then a rub-a-dub-a baby oil ». Progressif, certes, le mot est lâché. C'est peut-être bien pour ça que les bien-pensants ne peuvent pas les saquer. Un groupe progressif qui ne se la joue pas, et qui en plus a du succès, forcément ça met mal à l'aise.

 

Parce qu'il faut bien conclure, autant le faire en musique. Voici une petite vidéo du groupe en live, « Death on two legs », dédiée à leur ancien manager, «  un vrai enculé de gentleman » (c'est ça qui est « bippé sur le « Live killers »). Bon, y'avait le choix, si le coeur vous en dit, cliquez sur les liens un peu partout, y'a de quoi faire. Enfin, chers amis qui continuerez à dénigrer Queen envers et contre tout, je vous salue d'une petite courbette. « You can kiss my ass, goodbye ! »

 

Publié dans Bordel rock

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Caroline 08/02/2010 21:41


Bonsoir ! Je viens de lire cet article, en tant que fan de Queen, j'ai vraiment apprécié, et je me suis reconnue dans la première partie du texte !! Je tenais juste à mettre mon avis (si humble,
après tout, du haut de mes 14 années, je ne détiens pas non plus la vérité), je disais, mettre mon avis, qui est très mélioratif ! J'apprécie chaque article qui aprle de Queen (fin non mais
presque), pour qu'on ne les oublie pas, pour qu'on cesse de les prendre pour des tebê (j'ai aps trouvé le mot juste, Lol). Donc, pour me répondre tu (vous ?) peux laisser un commentaire ici :
www.so-sad-her-eyes.skyrock.com (on dirait que j'ai écouté White Queen, moi !!)
Bonne continuation et j'espère que tu répondras.
Salut.


jean marcel 14/12/2007 08:50

salut chtifen 1975 un pote guitariste m'a fait découvrir un groupe anglais au son bizarre:Queen. Il était fasciné par Brian May et moi j\\\'étais remué par la voix de Mercury.Nous écoutions A Night At The Opera sans relache et le vinyl était chaud bouillant.Mème si Queen a fait un peu de soupe cela reste un groupe à part:Quand t\\\'écoute The Prophet\\\'s song 30 ans plus tard c\\\'est magnifique, Brian May est un monument.J\\\'ai commis quelques chroniques sur la musique,basées sur l\\\'émotion plus que sur l\\\'objectivité:dis moi ce que tu en penses.

SysTooL 30/11/2007 14:30

Putain je l'avais manqué, cet article... pauvre de moi... et personne pour me communiquer que tu es de retour... décidément, faut pas compter sur les autres... :-)Ca fait plaisir, quoi, rien à ajouter, surtout quand tu nous reviens avec un tel article! YoupiSysT

Oliv 30/11/2007 06:26

Ah en fait, c'est ici ton vrai retour .... belle conclusion !!

Ska 26/11/2007 14:49

Alors, déjà, je suis content que tu écrives à nouveau sur ton blog, et en plus, pour défendre Queen, c'est que du bonheur...J'avais réagi sur le blog de Guic' par rapport à son texte sur Queen. Car je suis fan du groupe moi aussi. Un groupe qui est aussi pour beaucoup dans mon goût pour le rock et auquel je pardonne ses nombreux défauts... Même Taylor est responsable d'excellents morceaux sur Jazz !Maintenant, c'est sûr que lorsqu'on découvre Queen via les greatest hits, il faut supporter pas mal de médiocrité...Heureux de voir que tu apprécies particulièrement Queen IIA bientôt