Rock&Fuck

Publié le par Chtif

Doux Jesus. Je rentre à peine de mon petit tour à Moscou (proprement inoubliable, ceci dit en passant, mais je ne suis pas là pour raconter ma vie) et c'est pour tomber nez à nez avec ça :

 

 

Merde, The Who en couverture de Rock&Folk. Qu'est-ce que je fais ? Je prends, je prends pas ? Bon, je prends. Gros effort sur la personne à faire, vu que je m'étais enfin résolu il y a quelques temps à ne plus acheter le magazine. C'est bien simple, à la fin, Rock&Folk me garantissait au minimum trois jours d'énervement complet par mois : 170 pages d'auto-congratulation, d'auto-piston, etc... Tenez, ça m'énerve déjà juste d'y repenser.

C'est le pire des lieux communs, et pourtant totalement véridique : les rock-critics sont des artistes ratés, ou pire, d'anciens musicos aigris dont plus personne ne veut. Avec Rock&Folk, on est servi : Soligny hésite chaque matin entre s'habiller comme Bowie et s'habiller comme Warhol, en espérant secrètement qu'on se méprenne dans la rue. Man?uvre réussit à ne parler que de sa petite personne dans l'édito d'un hors-série sur Lennon, et Eudeline, ah... Eudeline, tout un poème. Admirez la qualité de sa dernière vidéo. Inouï, au sens propre, non ?

 

La goutte de trop, c'était cet article sur Mike Patton, dans le numéro 462. Un ramassis de bouse ultra-prétentieuse digne de la rubrique "branlette verbeuse" du Guiness des Records, éjaculé par un recalé du Goncourt persuadé que gaver son article de terminologie absconse suffit à donner du crédit à son papier. Morceaux même pas choisis (sortis du contexte, mais honnêtement, ça ne change rien):

 

« Entre l'original et sa reprise, il y a une zone de non-discernement où l'on ne sait plus si l?incubation est dans la manière dont la reprise reprend le thème ou la reprise le dévoilement de l?incube implicite à celui-ci. »

«[...] la pure visibilité est encore un pouvoir, est peut-être le paradigme même du pouvoir souverain, venant à jour au moment où la société bascule dans un état d?anomie. »


En illustration de l'article, Patton se branle sur une photo, le journaliste se branle en écrivant (bonjour l'état du clavier), et peut-être certains lecteurs pas encore assez humiliés se sont-ils branlés à l'unisson en essayant de se convaincre que déchiffrer un truc incompréhensible les rendrait plus intelligent.

 

Mike Patton : "J'ai dit tout ça, moi ???"

C'est étonnant de constater que la plupart des rock-critics s?évertuent à faire croire qu'à défaut d'avoir le talent des musiciens dont ils causent, ils n'en restent pas moins des acteurs indispensables au mouvement, au moins aussi influents que leurs idoles. Ils n'interviewent pas les rock-stars, ils sont invités à prendre le thé chez eux : l'article qui en découle est forcément "historique", et parfois même, le journaliste s'avère assez perspicace pour dicter sa conduite à l'artiste lui-même. A force de côtoyer les légendes, Manoeuvre ne se considère plus comme un simple privilégié, mais comme une rock star à part entière. Et ça marche en plus : pour tous les très jeunes gosses bluffés par le "renouveau rock" qui se fringuent comme Doherty, ou Richard Hell, Steve Marriott avant d'aller au Gibus, le critique au blouson de cuir est devenu une sorte de parrain distribuant les bénédictions aux petits derniers de la scène parisienne. La stratégie est habile : en profitant du buzz Libertines pour créer de toutes pièces une nouvelle scène rock français (quelques groupes soigneusement sélectionnés sur leur look ont l'insigne honneur d'ouvrir pour Eudeline et les Hellboys de Nikola Acin), Rock&Folk fait sa pub et assure sa propre pérennité.

Pendant qu'on y est, histoire de balancer un peu, précisons que le chanteur des Naast, annoncé à grand renfort d'articles comme le grand sauveur du rock en France - pardon, à Paris - avant même d'avoir enregistré ne serait-ce qu'une seule chanson, est le fiston du critique Paul Rambali. Ca sent l'objectivité et l'humilité, tout ça. Enfin, on est mauvaise langue, quelques titres des Naast sont enfin écoutables, et whââ, ça valait vraiment le coup d'attendre, quelle claque ! Jugez-en par vous-même. Luke a du souci à se faire.

Je sais bien, la cible est facile, c'est un peu salaud de dénigrer de jeunes groupes dont le principal défaut est d'arriver après la bataille : ça ne doit pas être simple de picorer les miettes et n'avoir rien d'autre à faire que de copier leurs aînés. Mais tout de même, j'ai tendance à me méfier d'un groupe qui apprend à bien s'habiller avant de savoir bien composer. Heureusement, le rock français ne se résume pas au Gibus, et il existe des choses autrement plus signifiantes, dans des styles aussi divers que La Phaze ou la Maison Tellier (dont on devrait reparler bientôt par ici, d'ailleurs).

 

Pour en revenir au dernier numéro paru, celui avec les Who, j'ai été presque déçu : je ne me suis pas trop énervé à la lecture. Il y a même quelques articles plutôt sympas. Bon, quelques passages savoureux subsistent toujours (on apprend notamment que Manoeuvre a sauvé Gainsbourg du suicide en 1989, avant de conclure par un "historique" (encore) : "J'aurais bien aimé que Kurt m'appelle"...), mais ceux-ci m'ont plus fait sourire qu'autre chose.

Avec un pointe d'inquiétude en prime, parce qu'il faut rester lucide : si cette attitude de vieux con me hérisse, c'est parce qu'elle me guette de très près (pour ne pas dire qu'elle s'est déjà bien installée à domicile). Pour l'instant, j'arrive encore à ne pas trop jouer les vieux rabat-joie en lâchant un conciliant "c'est jeune, c'est bien, mais c'est pas trop mon truc" quand on vient me parler du dernier minot à la mode. Quand je fais un compte-rendu de concert, j'essaie encore de ne pas trop feindre l'initié si j'ai eu la chance de discuter deux minutes avec les musicos à la fin du concert. Par contre, je viens de parler que de ma gueule avec plein de "moi je, moi je", et j'ai presque failli conclure cet article en omettant de préciser que Rock&Folk m'a tout appris sur le rock pendant presque dix ans. C'est mal barré.


"Dur à cuir" de Philippe Manoeuvre : bientôt le livre de chevet du blog (?)

Maintenant, certains peuvent se lâcher si le coeur leur en dit, pour dénoncer la vacuité fielleuse de cet article, suggérer qu'avant de critiquer de talentueux écrivains, il faudrait peut-être déjà faire quelque chose de ces dix doigts, ou clamer que non, les Naast sont géniaux et le chanteur trop mignon. Avec une bonne dose de mauvaise foi, je pourrai toujours faire comme Rock&Folk et envoyer bouler les détracteurs sans sommation.

 

Publié dans Bordel rock

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Manon 19/07/2007 15:35

ahah quel bel article...Sincerement merci, ça soulage de voir que certaines personnes disent tout haut ce qu'on pense tout bas!

nyko 20/06/2007 23:15

salut,j'ai lu seulement les 1ers commentaires sur les mags francais. pour moi le seul digne d'intéret est versus (qui vient de changer de nom pour s'appeler désormais NOISE)ca fait bien longtemps que je n'ai pas lu rock n folk (franchement faut oser mettre PLASTICINES et NAAST en couverture !!!)quant aux inrocks, les dernières fois que je l ai lu, tous les groupes qu'ils encensaient puaient vraiment (Enter Shiraki, le dernier TTC...)

Chtif 25/01/2007 13:07

Tiens, c'est plus "populaire" que ce à quoi je m'attendais...
j'aurais mis Arcade et Antony&Johnsons en tête aussi.

seqsy bandant !!! 25/01/2007 03:23

en général, ils sont fiables, je suis rarement déçu !
 
http://www.lesinrocks.com/DetailArticle.cfm?iditem=182810
 
J'ai 12 albums sur  les 15 premiers l!!
 
 

Chtif 24/01/2007 23:00

Exactement le genre de phrase qui fait que je nai jamais acheté un seul Inrock...!Pour les meilleurs disques de l'année, je me méfie d'eux aussi ! si c'est pour avoir 45 albums sur 50 chiants comme la mort...