Chronique de "Christ illusion" - Slayer - 2006

Publié le par Chtif

Quinze ans qu'on attendait ça. Après avoir retrouvé ses compagnons d'arme en 2002, Dave Lombardo est enfin de retour sur disque avec Slayer, et ça s'entend.  Il ne s'agit pas de dénigrer Paul Bostaph qui assurait en honnête bûcheron la transition depuis 1992, mais reconnaissons que la seule évocation du premier batteur de Slayer suffit à faire trembler les fûts.

Après cinq albums (dont le triplet (black) magique  "Reign in  blood"-"South of heaven"-"Seasons in the abyss"), Dave largue en 1991 son emblématique groupe thrash metal pour fonder son propre combo. Pari gagné :  le nouveau-né, Grip inc., ne joue pas la copie et réussit à créer son propre son (on recommande chaleureusement "Nemesis", le deuxième de leurs quatre albums). Pendant dix ans, Lombardo se forge ensuite une aura intouchable en multipliant  les collaborations hors des sentiers battus. Que ce soit avec ce taré de Mike Patton au sein de Fantomas, les violoncellistes d'Apocalyptica, ou le saxophoniste John Zorn, il démontre toute l'étendue de son talent : jazz, thrash ou punk, sa technique et son groove rapide plein de feeling fascinent. C'est bien simple, le moindre break est une tuerie.


Dave lombardo : mais qu'est-ce qu'elle t'a fait, cette batterie ?

Rejoindre le trio King-Hanneman-Araya n'était pas si évident. Si Slayer n' a jamais démérité pendant les années 90, force est de reconnaître que les albums ayant suivi le départ de Lombardo ont tous laissé un arrière-goût de carcasse réchauffée en bouche. Certes, le groupe a su  négocier le virage néo-métal sans se compromettre, mais semble avoir égaré le sens mélodique (et oui !) qui fit sa renommée. Slayer est avec Metallica le seul groupe métal à avoir pondu une véritable collection de  tubes incontournables, le genre de morceaux capables de rendre littéralement dingue, d'humilier en l'écrasant une foule de vilains devenus épileptiques dès les premières notes. Ca fait belle lurette qu'on ne s'est pas pris un "Seasons in the abyss" en pleine poire, et tout le monde espérait un retour de Dave pour insuffler le petit bout d'âme damnée qui manquait dans le moteur.

Slayer 1986 : quatre garçons plein d'avenir
(à droite, Kerry King avant sa calvitie)

"Christ illusion" rassure d'emblée : le design de la pochette rappelle celui de "Reign in blood", et après dix secondes de larsen, Blam !, nous revoilà parachutés en 1986. "Flesh storm", ultra-brutal, évoque de suite le classique "Angel of death". La production est radicale, moins "moderne" que sur les récents opus. Tout est là : les guitares qui tronçonnent à tout va et la double caisse de Dave proprement inhumaine. "Catalyst" continue sur la même lancée, avec ses breaks harassants de groove violent et ses solos hurlant sous la roulette d'un dentiste psychopate. "Eyes of the insane" marque une (relative) première pause avec un tempo d'une lourdeur à mettre vos tripes en pelote. Slayer sait depuis "South of heaven" (1988) qu'il est bon de ménager le tempo par moments pour mieux refaire le coup du lapin par derrière.

Après trois morceaux seulement, on entend déjà les détracteurs reprocher au groupe de ne pas se renouveler d'un poil, et pourtant, la chanson suivante est une petite révolution pour nos métalleux. L'intro de "Jihad" balance un riff malin indéfinissable au premier abord. on croirait presque entendre une troupe rock new-yorkaise. Vingt secondes plus tard, Dave déboule, bastonne sec, efficace, avant de balancer la sauce pour de bon. Au moins trois riffs excellents s'emboîtent pour dresser ce nouveau classique du groupe.


Kerry King : le gendre idéal

La suite, de facture plus classique, ne fait pas de cadeau. il faudra attendre le mid-tempo épouvant de  "Catatonic", et le single "Cult" (sorti le 6/6/06 - inévitable) pour retrouver deux nouvelles pièces maîtresses habilement construites. On se répète, mais décidément, quel batteur ce Dave... Tom Araya hurle avec conviction ses lyrics forcément "explicit", et on s'incline devant tant de hargne. Ca promet pour les concerts à venir.  Avec "Christ illusion", Slayer vient de frapper un grand coup, et demeure incontestablement le leader du genre qu'il a lui-même créé. Après ça, si vous n'accrochez pas chez vous une affiche "mon boucher est un type sympa", c'est à n'y plus rien comprendre.


Morceaux qui tuent :
Jihad
Catatonic
Cult

En bonus, les vidéos de "Seasons in the abyss" (1990), et Cult (2006).
Et comme d'hab' un morceau en écoute dans la radio ("Jihad")


via Sefronia (c)

Publié dans Chroniques disques

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Chtif 08/11/2006 22:55

je me suis refait le trio magique (reign, south et season)... Y'a pas, c'est du bon, mais tout de même, le plus impressionnant reste Lombardo... Sur le dernier Slayer, il y a justement l'intro de "Jihad" qui change par rapport à d'habitude. Ok, c'est maigre comme évolution mais tout de même !!

aurore 08/11/2006 21:23

les maitre du thrash de la bay area
dommage que depuis seasons in the abyss ou un bon vieux reign in blood il n'y ai pas d'autre truc transcendant y compris le p'tit dernier que j'ai trouvent....ennuyeux certes c'est du slayer....mais slayer fait que du slayer,manque d'originalité de nouveauté ca en devient lassant

Vincent 03/10/2006 08:18

G.T.,  on dit THRASH pas trash !
Un conseil, change de meuf !

Chtif 02/10/2006 00:35

Je partage entièrement ton avis, GT. De ma jeune période metal, je n'ai gardé aujourd'hui que très très peu de groupes, au premier rang desquels Slayer, bien entendu.
Bon courage pour convertir ta compagne !

G.T. 01/10/2006 19:19

A une époque... j'ai beaucoup écouté de trash. Mais ça fait un moment que j'ai rejetté quasiment en bloc tous ces groupes, tous sauf... Slayer (et j'ai trouvé pas mal aussi Grip Inc.).
Alors que tous les autres groupes de trash me semblent lourdingues à l'excès, Slayer est une exception. Un tel condensé de hargne et de violence est fascinant et patriculièrement impressionnant.
Les 9/10° des groupes de trash me font l'effet de bovins qui prêtent à sourire... mais pas Slayer. La rage et la puissance portée à cette hauteur ne peuvent que forcer le respect.
Je viens juste hier de me procurer leur dernier album, mais impossible de l'écouter vraiment pour le moment, ma compagne ne supporterait pas !