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Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

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 Radio Chtif

 

 

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Brèves de comptoir

13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

  Et pour les amateurs de n'importe quoi :

Ned et Frico




 

Pour lire toutes les Brèves de Comptoir, c'est ici !

 

 

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Lundi 21 janvier 2008

Qu’on ne se méprenne pas : seules deux catégories de personnes persistent à considérer la bande dessinée comme le rejeton mal-aimé du cercle littéraire, celui qui rate ses études et suscite les lamentations dans les repas de famille. Les premiers, sourds-muets (plutôt aveugles, en fait), méprisent ces grands machins cartonnés qui s’insèrent difficilement au milieu de leurs ouvrages de La Pléiade. Qu’ils ne lisent sans doute pas non plus d’ailleurs. Les seconds, fans ultra de bande dessinée eux-mêmes, se complaisent dans leur fantasme fictif de marginaux de la littérature. Vaste plaisanterie, car, et cela semble désormais officiel, la BD est devenue un art majeur. Enthousiasme général assez récent, en fait, qui fédère aussi bien les lecteurs de Télérama que de Psychologie Mag ou Marie-Claire, et coïncide avec le poids grandissant du support dans la balance éditoriale.

Il faut dire que depuis quelques temps se développent à vitesse grand V les bandes dessinées qu’on pourrait qualifier de « sociales », balayant au petit bonheur la chance : ésotérisme, sexualité du troisième âge, mère porteuse atteinte du sida en prison… Avec un lectorat potentiel aussi massif que l’audimat de « Confessions intimes », on comprend que tous les thèmes, y compris les plus racoleurs, deviennent prétexte à la mise en bulle. Comme ses huit grandes sœurs avant elle, la BD ne se gêne plus pour donner des leçons de morale, et produit du coup son lot conséquent de soupe quotidienne. Plus rarement de chefs d’œuvre, mais il y en a heureusement.


Dessin de Zappa par l'excellent Solé, auteur entre autres de "Pop&Rock&Colégram"

 

Au milieu du foisonnement abrutissant de sorties en librairie, dégoter de véritables BD rock reste un privilège d’une fraîcheur certaine. « BD rock » ne signifie d’ailleurs pas forcément « BD qui parlent de rock » (souvent tenté, souvent démago, souvent casse-gueule). On fera plutôt appel ici au ressenti personnel, qui nous permet d’humer la vraie sueur et la hargne sincère derrière telle ou telle prouesse graphique. Sans aller jusqu’à parler de BD-rock star, il est amusant de traquer les buvard-héros, ceux qui ont troqué leur guitare pour un crayon et une planche. Ce que le Chtif se propose de faire ici-même et pas plus tard que maintenant.

Un conseil : cliquez sur les couvertures d'album pour accéder à un aperçu des planches.

On commence par le comic « En route pour Seattle » de Peter Bagge (et sa suite au « ...New Jersey », sélectionnée à Angoulême cette année d'ailleurs), road-movie plombé d'avance par un Buddy Bradley trop casanier pour mener à bien ses ambitions de manager de groupe (entre autres combines foireuses). Cerné par les loosers en tous genre, les parasites et les copines psychotiques qui entretiennent sa paranoïa, Buddy préfère le plus souvent loquer devant la télévision à disserter de l'influence du climat sur ses furoncles, et on le comprend. Inutile de préciser que tous les branleurs aux chaussettes trouées se retrouveront dans le personnage. Ne serait-ce, tiens, que pour la scène où Buddy file prestement vomir ses tripes dans les toilettes d'un restaurant quand son rencard du moment lui offre deux places pour U2...  Quoi de plus approprié que l'intégrale des Ramones pour s'enfiler les deux volumes, épais comme un bide à bière en fin de week-end.

 

Montée en puissance avec "Transmetropolitan", encore un comic, de Warren Ellis. Journaliste gonzo avec une araignée au plafond, Spider Jerusalem y reprend du service après cinq ans de retraite en ermite des montagnes. Rien n'a changé en ville: une nouvelle religion est créée toutes les heures, l'électro-ménager se défonce, et le gouvernement réprime des rébellions d'humains transgéniques... La virtuosité imaginative et graphique de Darick Robertson (un pro du cadrage, celui-là) donne corps et crédibilité à cet univers mi-futuriste, mi-satirique. Au passage, le bouquin dénonce la société de consommation, les manipulations politiques, les croyances et bonimenteurs de tout genre. On profitera de la lecture pour entamer sa révolte sur fond d'Atari Teenage Riot, en expédiant tous ses Bob & Bobette par la fenêtre.

 
Rencontre assez mémorable également, celle de Sylvie Fontaine, au crayonnage aussi hallucinex que la Brigitte du même nom, dans l'atypique « Le poulet du dimanche » (aux éditions Tanibis, à découvrir). Mutations et métamorphoses cauchemardesques traversent ce recueil de dessins et de gaufriers muets sur une planche, comme autant d?allégories pour saisir les dialogues impossibles et les familles désunies. On devine un certain dégoût du couple (du mâle tout court aussi peut-être). La dessinatrice en plein travail sur elle-même laisse libre cours à toutes ses fantaisies picturales. On s'amusera à dénicher les influences éparses (Dali, Otto Dix, style manga...) au son bien éclaté du « Disco volante » de Mr Bungle (allez voir ce petit clip, c'est basé sur "Freaks" de Tod Browning).

     
     
 

A la chambre des désaxés, Durandur est un habitué : après les aventures sordides du privé Gilles Hamesh, pondues avec Jodorowsky, Durandur frappe un grand coup avec« Durandur encule tout le monde ». Derrière la provocation évidente du titre et des histoires se cachent de rudement bonnes idées scénaristiques jouant sur la mise en abîme : le lecteur devient bourreau d"une séance de torture qu"il est seul à pouvoir stopper, et le personnage dessiné victime impuissante de son propre créateur... Durandur dessine à la lame de boucher,  aussi noire que celle de Franquin, aussi boyauteuse que celle de Vuillemin. Cerise sur le gâteau, Durandur s"offre le luxe de dessiner dix fois la même page pour le seul plaisir de se foutre de notre gueule. Eminemment punk, comme attitude. Durandur mérite une bande son à l?unisson de son oeuvre : « J"irai chier dans ton vomi » de Métal Urbain remporte la palme. Notons que certains verront un intérêt limité à mettre 20 euros pour qu'on se paie sa tête. Pour me la péter, je considèrerais plutôt ça comme un acte politique pour la sauvegarde de la liberté d'expression. Et toc. (Une fois, j"ai bien entendu un gros ricain dire que Slayer symbolisait le Premier Amendement, alors...)

 

Je m'en voudrais de ne pas citer ici Chauzy&Jonquet, qui petit à petit s'imposent dans mon panthéon personnel (aux côtés de Dumontheuil et Tardi). Avec un style réaliste aux couleurs égrotantes, le duo dépeint la vérité crue des scènes de rue. Ambiance polar, personnages en perdition, on s"engouffre dans leurs albums comme dans une impasse sans lumière, avec la certitude que tout ça finira mal. Citons entre autres le remarquable diptyque « La vie de ma mère », pour le coup plus ancré dans le rap avec Belleville et Barbès comme toile de fond.

 

Pour finir, un album malheureusement passé inaperçu, « Lola Cordova », fille de joie enlevée par des extra-terrestres pour satisfaire leurs besoins primaires. La belle s"exécutera bien volontiers en échange de quelques nanopsules hallucinogènes, l"occasion de traverser quelques vortex initiatiques avant de revenir affronter des espèces de Men in Black, bien terriens cette fois... Rien que ça. C"est Arthur Qwak qui est responsable de l"ovni, et visuellement c'est une claque inoubliable : entièrement infographée, chaque page est une nouvelle invention visuelle et labyrinthique. Un vrai régal acide à savourer en faisant la pile sur « Neurophonie » de Micropoint (les plus calmes se contenteront d"Hawkwindtiens, et puis, ça fera plaisir à Thom).


That's all folks pour aujourd'hui !

Note : toutes les images proviennent de la  bédéthèque, site de référence en la matière.


par Chtif publié dans : BD & Bouquins
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Jeudi 10 janvier 2008

Regardez comme la communauté internet est bien faite.

L'envie vous prend de faire une petite review du concert de Turbonegro auquel vous avez assisté quelques jours plus tôt. Quelques clics pour se remettre dans le bain avant d'attaquer, et là vous constatez que tout le monde a déjà torché le travail avant vous. En vrac, vous trouverez donc : des reviews bien ciselées (par ex-em-ples), la playlist du concert, des photos (par là entre autres ), des vidéos, et même, comble du raffinement, votre portrait-souvenir personnel bien cadré au milieu de la fosse (merci beaucoup à Lorène Lenoir pour cette sympathique attention - les photos de l'article lui sont d'ailleurs attribuées).

 

Bref, une bien belle efficacité. Maintenant, si quelqu'un pouvait me retrouver le médiator d'Euroboy que j'ai paumé en rentrant, je suis preneur. Sûr que c'est jouable.

 

Voilà, merci les gars, il n'y a plus grand-chose à raconter qui ne l'ait déjà été. L'histoire est désormais connue... mais on va la répéter quand même pour les deux du fond qui n'ont pas suivi. Après les débuts underground, l'explosion du fameux « Apocalypse Dudes » (1998) qui les révèle au monde entier, et un split dans la foulée pour cause d'internement  du chanteur, un mini-culte naît autour du groupe. Costumes délirants, feux de Bengale dans le cul, partouzes gays... Turbonegro sent le soufre à plein nez, et ça plaît. Le retour en 2003 laisse place aux espoirs de reconquête les plus fous. Las, l'album de la reformation ne réitére pas l'exploit de son prédécesseur : trop produit, pas assez Deathpunk, « Scandinavian Leather » se plante. Le groupe se maintient malgré tout sur sa réputation scénique et sort encore deux albums massacrés par quasiment tout le monde. Condamnation hâtive, car « Party Animals » (2005) et « Retox » (2007), s'ils ne peuvent soutenir la comparaison avec leur illustre ancêtre « Apocalypse », n'en restent pas moins de très écoutables albums secoués d'honnêtes giclées punk'n rolliennes (« Wasted again », entre autres,  avec son excellent pont : « My body is a tempo ! »). Bref, la bête tressaute toujours malgré cette triste évidence : Turbonegro est aujourd'hui sur la pente descendante.

 

Tout ceci n'empêche pas le public de se rendre encore en masse à leurs concerts : malgré l'absence de première partie, le Trabendo est rempli ce soir pour les norvégiens. Public bon enfant venu s'en taper une bonne tranche, et quelques très jeunes Turbojugend d'élevage (avec la panoplie complète veste-bonnet de marin...) au milieu, qui font toujours plaisir à voir. On patiente, on s'imbibe, et Hank débarque, drapé du Star Splanged, débordant de tous côtés, on dirait Beth Ditto en moins épilée. Happy Tom ressemble à un déménageur breton en pleine avarie de chalutier, crade, suant de la poiscaille à grand renfort de quatre cordes.

 Le théorème du mois :

plus



égal





Ces deux-là sont magnifique, mais autant le dire tout de suite, c?est pour Euroboy que je suis venu, à mon sens le seul guitariste actuel à même de devenir une icône absolue du rock?n roll, titre auquel seuls quelques Johnny Thunders ont pu prétendre avant lui. Il y a quelque chose de l?ancien Dolls chez Euroboy, c'est clair, son jeu flamboyant, lubrique, et son aspect malade, constamment sur la brèche... C'est assez malheureux à dire, mais il ne déçoit pas, le bougre : visage émacié, maigreur extrême, on a l'impression qu'il vient de s'évader de Buchenwald en dérobant casquette et bottes de cuir à ses tortionnaires. Ce mec est en dehors de tout ce qu?on peut imaginer, une équation d'attraction-répulsion à lui seul. Allez, espérons tout de même qu'il ne suivra pas le modèle jusqu'au bout. Bon sinon, déception tout de même, le batteur a changé et j'étais pas au courant.

 

Turbonegro attaque par « All my friends are dead » et enchaîne avec un pseudo best of classique mais espéré. Cinq morceaux de « Ass Cobra » (1996), autant pour  « Apocalypse Dudes ». Les trois derniers disques sont par contre un peu moins représentés (3 ou 4 extraits chaque). Marrant d'ailleurs de constater comme le groupe s'est débarrassé de « Fuck the world », le single symbole de la rupture MTVesque de « Scandinavian Leather » (2003). Peu importe, les hymnes « Ride with us », « Get it on » et « Prince of the rodeo» sont joués, et c'est l'important. Ca joue pas très fort (pas assez) et rapide (un peu trop), du coup pas mal de morceaux s'emballent en bouillie sonique, peu de chance qu'un non-converti ait apprécié la performance ce soir. Les interventions gouleyantes de Hank viennent briser la charge pour distraire l'auditoire : Sarkozy en prend pour son grade, Le Pen aussi, un petit coucou pour les copines du bois de Boulogne en passant, etc... Il est en forme. Le très réclamé « I got erection » vient couronner la soirée (sans feu de Bengale, toutefois).

 

A l'instar d'ACDC, on demande à Turbonegro de faire du Turbonegro, pas du Pink Floyd. En ce sens, Turbonegro a répondu présent, sans toutefois rassurer sur son futur : si le spectacle scandinave offre toujours son lot de réjouissances, il manque désormais ce petit supplément de folie palpable, cette insouciance décadente qui déclenche les passions les plus réprimandables. Il n'aurait pas fallu grand-chose (un petit « Are you ready for darkness ? », glauque à souhait,  peut-être) pour convertir le Trabendo en un vrai joyeux bordel. Ce qu'il méritait d'être ce soir-là.


En bonus, parce que sur le Chtif, il y a toujours des bonus, mes biens chers frères, une très bonne version live de "Prince of the rodeo". Si vous trouvez plus excitant, nous remboursons la différence.


par Chtif publié dans : Chroniques concerts
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Mercredi 26 décembre 2007

 Il est des claques dans la gueule qu’on ne voit pas venir.

 

Ma dernière en date s’appelle 1900, rencontrée au détour d’un tremplin de banlieue. Généralement pas le lieu pour se prendre un aller-retour, et pourtant le troisième groupe qui débarque ce soir-là en veste à carreaux sur scène va m’en coller une bonne.

 

De nos jours, voir débouler un groupe sapé à la Mods est plus inquiétant qu’autre chose. Le Gibus n’est après tout qu’à quelques encablures. Cette fois, cependant, 1900 pique notre curiosité : les musicos tapent dans la trentaine, sont bien sapés mais pas fashion pour autant, la guitare a de la gueule (je sais pas ce que c'est exactement, y'a sa photo à côté) bref, ça sent l’honnête et le distingué.

 

30 minutes de concert et blam !, confirmation : le trio balance un rock garage du meilleur aloi, sous forte influence Rhythm and Blues 60’s, bien entendu (trio oblige, déjà). Le chanteur-guitariste est impeccable : toucher aguerri et pas timide, corps qui trépigne et sosie vocal de Jack White par instants, on le sent conquérir sa petite audience et prendre confiance, à deux doigts de l’implosion. Le batteur est une Red Bull sur caisses, il en remet une couche avec des rythmiques speed comme pas permis, la banane aux lèvres, un vrai Hives en puissance. Et le bassiste, me demanderez-vous ? Ben dans la tradition : discret, appliqué, efficace. M’ont carrément fait penser aux Jam, à ce moment-là.

 

Bon, sorti du concert, peu de chose à se mettre sous la dent, malheureusement : une auto-prod’, tout de même, avec quatre titres, tous en écoute sur leur Myspace. Jolie couverture rouge déjà, avec un corset rétro dans le genre « chanteuse de Blanche ». Tiens, ça m’a rappelé aussi une nancéienne au look incroyable et parfaitement cohérent : taille de guêpe vertigineuse, talons hauts bandants, petit pépin anglais délicatement reposé sur des gants de dentelles. Impossible de la louper en ville, elle semblait rescapée de l’époque victorienne ; toutes les gothiques en herbe enviaient sa classe. Bon ceci dit, je l’ai croisée une fois au tout bête rayon indé de la Fnac , ça m’a un peu détruit le mythe, je l’imaginais bien s’envoyer du Bauhaus en suçant des prunes dans un manoir. Bon, je m’égare, là, tout ça pour dire, que l’esthétique un peu « maison close » de 1900, j’adhère à 100 %.

 

Ecoutés à tête reposée, les morceaux dévoilent un large savoir-faire : rock beatlesien, ballade et incursion dylanienne à l’harmonica… (résolution 2008 : arrêter de contrarier les substantifs, là, sinon on va se retrouver avec du country youngesque, et des solos metallicants, j’aurai l’air de plus en plus con) Le mélange est populaire aujourd’hui, et au final, les influences se font plus envahissantes qu’en concert, dommage : 1900 cite les Raconteurs, et effectivement, ça y ressemble, au moins sur la moitié des titres. « Some goats » se démarque un peu, plus rocailleux, plus cradingue, le groupe se rapproche un peu de Pavement à ce moment-là. Avec une production au diapason pour aider le groupe à trouver sa voie, nous pourrions entendre reparler de 1900. Une fois lancés, leur aisance scénique fera le reste. Pour s’en convaincre, rendez-vous à la Flèche d’Or (Paris 20ème), le 8 janvier prochain.

par Chtif publié dans : The kids are alright
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Mardi 18 décembre 2007

Première voiture, côté fenêtre, sens de la conduite. Comme d’habitude, mon voisin a calé ses écouteurs. Depuis 9 mois, nous partageons quotidiennement, à deux sièges d’écart, nos 45 mn ferroviaires et matinales. Il a une bonne bouille, et selon toute vraisemblance, nous ne nous adresserons jamais la parole. Paris.

 

Voilà où j’en suis. Métro-boulôt-dodo. Enfin pour être plus juste : métro-train-boulôt-dodo, parce qu’en plus, j’ai eu la bonne idée de m’installer dans le centre, pour pouvoir profiter un max des bars et des salles de concert de la capitale. Tu parles, depuis que je suis installé, j’ai pas fait plus de deux sorties, à part la gare Saint-Lazare. Vous croyiez que j’avais déserté Over-Blog parce que j’étais occupé et tout et tout, que dalle, en fait j’avais rien à raconter. Ceci n’a pas changé d’ailleurs, mais je me suis dit  tant qu’à se faire chier, autant le faire devant un clavier (si c’est pas du sens de l’accroche, ça…).

 

En clair, ce que j’ai bien pu tripoter ces derniers mois n’a rien de très vegassien. Si ce n’est, à la rigueur, que mes sympathiques nouveaux collègues m’ont surnommé Dick, comme le Rivers du même nom que vous avez tant applaudi dans votre enfance (la faute à mes cheveux qui ne voient pas souvent le coupe-tif et esquissent d’eux-mêmes une sorte de banane à l’ancienne). Tu parles d’un come-back tonitruant. Enfin, c’est la période, apparemment. A l’instar de Police, Led Zep et Lorie, le Chtif a la niaque. Place aux hostilités.

 

Trois heures de transport par jour, me disais-je naïvement, il y a de quoi s’enfiler l’intégrale d’Hawkwind en moins de deux, enchaîner quatre nouveautés par jour et dénicher de fantastiques folkeux texans dont même leurs mères ignorent l’existence. Une occasion unique dont il faut tirer parti. Re-paf, que dalle, trois heures de transport par jour, c’est surtout l’occasion de se réveiller chaque matin avec toujours les mêmes conneries en boucle dans l’Archos, le roulis régulier des roues sur les rails en fond parasite (je sais pas si vous avez fait gaffe, mais il y a une allitération, là, ahah… Neuf mois de réflexion, mais ça valait le coup.). Vous vous rappelez Bill Murray, « Un jour sans fin », tout ça. Ben pareil.

 

Preuve de ma zombification avancée, j’ai réalisé il y a peu avec effarement que le morceau que j’avais le plus écouté ces derniers mois était sans nul doute « Eighteen and life » de Skid Row. Je n’ai pas d’explication scientifique à cela, toujours est-il que cette chanson me fait rêver de manière totalement déraisonnée, surtout pour un gars de 27 ans. « C’est qu’t’es un gros blaireau, c’est tout », me souffle miss Chtif à l’oreille. Possible, quoi qu’il en soit, je cède volontiers ma place de métro contre deux minutes dans la peau de Sebastian Bach, ne serait-ce que pour batailler avec ma tignasse devant une fosse de nippones en furie. Sûr que personne ne l’a jamais surnommé Dick, lui (pas pour les mêmes raisons en tout cas).

 

Allez, merde, je vous la mets, "18 and life" tant pis pour vous.


Dans la foulée, du coup, j’ai lu « Dirt », la bio de Mötley Crüe, et j’en ferai une chronique bientôt. Ne riez pas, ce genre de choses arrive aux meilleurs d’entre nous : Chuck Klosterman, qui est un gars très bien, journaliste à Spin, est un grand fan de Kiss. Il pousse le vice jusqu’à comparer les disques solos des quatres membres du groupes. Ce qui veut déjà dire qu’il les a tous écoutés, respect. (Pour ceux que ça intéresse, c’est dans « Je, la mort, et le Rock’n Roll », un peu moins bien que du Nick Kent, mais toujours sympa à lire.)

 

Et pour finir de vous démontrer les méfaits du XXIème siècle, sachez que j’ai écouté plusieurs jours durant ce que je pensais être le dernier Interpol, téléchargé sur la mule (oui, téléchargé, je sais, raclure, blablabla), avant de finalement me rendre compte qu’en fait c’était un album des Killers. Un petit rigolo s’était amusé à falsifier tout ça avec soin. Pas une première d’ailleurs, une autre fois j’ai eu droit à un album de chants racistes estampillé White Stripes (fûtés, ces racistes, hein ?). N’empêche, les fakes musicaux sur la mule, si ça généralise, ils la tiennent enfin leur arme anti-téléchargement, les Fnac et les Universal. Bon, quand je me retrouve avec un porno à la place de «Joyeux Noël », je vais pas chialer, à la rigueur je m’en contente, mais là c’était les Killers à la place d’Interpol, et pour moi, les Killers, c’était vraiment des gros tocards jusqu’à présent (souvenir d’un passage sur Canal+ où ils misèrent tout sur le minois du chanteur pour sauver un coin de meuble en jouant après Arcade Fire – en vain, bien évidemment).













              Oui                                               Non


Me voilà donc Gros-Jean comme devant de confondre mes poulains avec des gros tocards (pratique ce nouveau classement, tocards et poulain…), ce qui, vous en conviendrez, est un peu border-line (Poelvoorde ©). Le plus étonnant est sans doute que dans cet album des Killers, j’ai trouvé un morceau vraiment pas mal, « Read my mind » qu’il s’appelle. Comme quoi, cette mésaventure nous permet de conclure que : 1) les Killers sont de fieffés pompeurs d’Interpol (ok, ce n’est pas forcément vrai, mais sinon de quoi j’ai l’air ?) et 2) il faudrait toujours écouter les disques en aveugle pour ne pas se laisser berner par ses a priori.

 

Dites-donc, depuis mon come-back, je ne vous ai parlé que de Queen, Skid Row et les Killers. Comme disait G.T. quelque part, c’était bien la peine de reprendre du service. Bon, allez, histoire de ne pas vous perdre à jamais, sachez tout de même que je n’ai pas non plus écouté que des pitreries. Au sommet de l’iceberg, il y a notamment l’album des 22-20’s, à côté duquel j’étais complètement passé lors de sa sortie (encore un a priori, je les prenais à l’époque pour un nième groupe en « The » en pleine vague « Jeune et jolie fait sa groupie »). Et pourtant, mes p’tits chéris, quelle claque que ce disque, que de  blues fringuant, et totalement actuel à la fois. Quelque chose comme le meilleur des Black Keys et de Richmond Fontaine réunis, avec même un petit goût de poire à la Eighties Matchbox et Supergrass, pour l’inventivité et l’énergie. Il y a là-dedans une chanson tord-boyaux, « Baby brings bad news », qui commence par ces paroles : « I’m getting sick of everyone I’m with; I’m getting sick of keeping positive”. Pour un peu, on enverrait tout balader, pour de vrai. Putain, on finira tous par écouter du country-blues comme de vieux cow-boys rabougris, c’est moi qui vous le dis…

 

Vous le voyez, sur le Chtif, il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Pour conclure, je voudrais noter qu’après pas mal de temps passé en dehors du cercle, je suis abasourdi par la qualité littéraire et l’effervescence qui règnent dans la blogosphère, c’est-à-dire chez vous tous. Les plumes s’affinent, les articles se renvoient la balle, les débats naissent et s’enflamment dans les commentaires, c’est assez incroyable de (re)découvrir la portée de cet outil et l’ampleur qu’il prend. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose à portée de main, là. Un peu comme si le « do it yourself » avait enfin les moyens et le potentiel de devenir la nouvelle donne culturelle, vraiment, maintenant. Ou alors, j’ai bu trop de bière. Voilà, je finis en suçant du RSS à la chaîne, mais il fallait que ce soit dit. Bon, trêve de compliments, j’ai assez de retard à rattraper, faut que j’aille farfouiller chez les uns les autres.

 

Bise aux filles.

 

Dick.

par Chtif publié dans : L'aigri du mois
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Jeudi 29 novembre 2007

Au diable les têtes d’affiches, place aux jeunes pousses. Trois enfants de la balle sur la pesée pour cette nouvelle cargaison des « Kids are alright ».

 

On commence avec Orpheus, qui va bientôt souffler ses 5 années d’existence avec deux albums dans la musette. « Brille », le petit dernier, nous dévoile une formation bien rôdée aux affres de la composition. Bel emballage et bonne mise en place, le groupe ne se contente pas d’amateurisme : ça tombe bien, Orpheus cumule quelques atouts pour espérer sortir du créneau. Les férus de chanson française trouveront leur bonheur avec des morceaux mi-naïfs mi-lucides, saupoudrés d’influences plus ethniques (samba, jazz tsigane…) afin de ne pas gâter la tambouille. Le chant surprend au départ, mais impose son caractère au fur et à mesure que défilent les plages.

 

Les rock-addicts  mettront un bémol  sur les textes un peu bavards et quelques intitulés poussifs à la poète disparu (« Anophèle », « Itératif »…). Camper sur cet a priori serait toutefois bien dommage, tant la guitare abat un joli boulôt. Jamais avare d’une petite ligne enfouie tout derrière, dans le tapis des arrangements, le garçon est à l’aise dans tous les registres, on sent le studieux. Studieux, mais pas polar pour autant : les cordes volettent entre arpèges acoustiques et grosses poussées dans le rouge avec naturel et aventurisme. On aurait bien vu « Que tu me pièges », deuxième partie d’un diptyque à tiroir, apporter un peu de fraîcheur sur « Europe et haines » de Trust (ce qui est un compliment, n’oublions pas que la bande à Bernie savait être efficace, dans le temps).

 

Changement de ton avec The Real Nelly Olson, voui voui, celle de la petite Niaiserie. Lassée de faire des misères à la fille du bûcheron devant des générations de téléphages abrutis, la petite peste du village s’est fumée les couettes aux coquelicots. Le résultat est là : un maxi de cinq titres bien suintant de hard à vous moissonner un douze hectares au premier accord. Riffs simples-mais-efficaces, comme on dit au village, sens du break qui relance la machine, production lustrée au Jack Daniels, dans l’Olson tout est bon. La guitare fait son blues sur un tempo punk, vire carrément métal quand la récolte est bonne, on a l’impression d’entendre du Cramps en accéléré et didiou ça dépote.

 

La chanteuse, rebaptisée Kler Chacal (au cas où vous n’auriez pas compris), est une fille plus que fréquentable qui s’égosille à la perfection. Laura Ingalls n’étant plus dans les parages, c’est son micro qui déguste. Plus appréciable encore, la petite furie ne renie pas complètement sa féminité, et sait s’adoucir par moments pour mieux faire des crasses par derrière (« Lobotomization ») ; cajolements de courte durée, mais tout de même, ça nous change des camionneuses qui se grattent les parties 24 sur 24 pour jouer au dur.

 






 






Vous me donnerez l'adresse de son relooker.



Attention, mine de rien, avec ses titres sans complexe aux allures d’hymne (« Girls love Rock’n Roll »), « Rockin’ ages »  pourrait bien poser là les fondations d’un futur monument. On verrait bien ces petits lillois dresser leurs noires guitares comme mâts de cocagne et détrôner les Datsuns dans nos franchouillardes contrées. Amis tractophiles, en bref, mettez du Nelly Olson dans votre Mc Cormick, il vous pliera K2000 en deux coups de cuiller à pot. 

 

Pour conclure, je me suis bien marré avec « A vendre », le deuxième album de Already Salted, groupe « punk rock metal » (c’est marqué sur la pochette) qui apprécie en fait particulièrement les petites virées en territoire hardcore. Vous allez me dire, des groupes hardcore, y’en a plein les autobus en France. Je vous répondrai, d’un que c’est pas faux, et de deux que la petite tranche de poilade fait la différence chez Already Salted. Un hommage au regretté Claude dans « Si j’avais un couteau », des paroles « keupons » divertissantes, ce qui est tout de même le principal, mais pas mal écrites finalement, et surtout quelques idées sortant du schéma bourrin classique (le rythme de « Graine de folie » par exemple). Ca fleure bon le « fais tout toi-même », et le disque sort plutôt du lot dans une catégorie hyper saturée en formations plus ou moins (et surtout moins) douées.

Charmants bambins...

 

That’s all folks, à la prochaine fournée.

 

.

par Chtif publié dans : The kids are alright
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Ptite pensée ...


Ce site est dédié au plus imprévisible  des chefs cuistos: Keith Moon.
(c'est un peu le bordel sur ce site : il aurait adoré)

La plupart des chroniques publiées ici sont aussi dégotables sur http://www.sefronia.com .



Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
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