Qu’on ne se méprenne pas : seules deux catégories de personnes persistent à considérer la
bande dessinée comme le rejeton mal-aimé du cercle littéraire, celui qui rate ses études et suscite les lamentations dans les repas de famille. Les premiers, sourds-muets (plutôt aveugles, en fait), méprisent ces grands machins cartonnés qui s’insèrent difficilement au milieu de leurs ouvrages de
Il faut dire que depuis quelques temps se développent à vitesse grand V les bandes dessinées qu’on pourrait qualifier de « sociales », balayant au petit bonheur la chance : ésotérisme, sexualité du troisième âge, mère porteuse atteinte du sida en prison… Avec un lectorat potentiel aussi massif que l’audimat de « Confessions intimes », on comprend que tous les thèmes, y compris les plus racoleurs, deviennent prétexte à la mise en bulle. Comme ses huit grandes sœurs avant elle,
Au milieu du foisonnement abrutissant de sorties en librairie, dégoter de véritables BD rock reste un privilège d’une fraîcheur certaine. « BD rock » ne signifie d’ailleurs pas forcément « BD qui parlent de rock » (souvent tenté, souvent démago, souvent casse-gueule). On fera plutôt appel ici au ressenti personnel, qui nous permet d’humer la vraie sueur et la hargne sincère derrière telle ou telle prouesse graphique. Sans aller jusqu’à parler de BD-rock star, il est amusant de traquer les buvard-héros, ceux qui ont troqué leur guitare pour un crayon et une planche. Ce que le Chtif se propose de faire ici-même et pas plus tard que maintenant.
Un conseil : cliquez sur les couvertures d'album pour accéder à un aperçu des planches.
On commence par le comic « En route pour Seattle » de Peter Bagge (et sa suite au « ...New
Jersey », sélectionnée à Angoulême cette année d'ailleurs), road-movie plombé d'avance par un Buddy Bradley trop casanier pour mener à bien ses ambitions de manager de groupe (entre autres combines foireuses). Cerné par les loosers en tous genre, les parasites et les copines psychotiques qui entretiennent sa paranoïa, Buddy préfère le plus souvent loquer devant la télévision à disserter de l'influence du climat sur ses furoncles, et on le comprend. Inutile de préciser que tous les branleurs aux chaussettes trouées se retrouveront dans le personnage. Ne serait-ce, tiens, que pour la scène où Buddy file prestement vomir ses tripes dans les toilettes d'un restaurant quand son rencard du moment lui offre deux places pour U2... Quoi de plus approprié que l'intégrale des Ramones pour s'enfiler les deux volumes, épais comme un bide à bière en fin de week-end.
Montée en puissance avec "Transmetropolitan", encore un comic, de Warren Ellis. Journaliste
gonzo avec une araignée au plafond, Spider Jerusalem y reprend du service après cinq ans de retraite en ermite des montagnes. Rien n'a changé en ville: une nouvelle religion est créée toutes les heures, l'électro-ménager se défonce, et le gouvernement réprime des rébellions d'humains transgéniques... La virtuosité imaginative et graphique de Darick Robertson (un pro du cadrage, celui-là) donne corps et crédibilité à cet univers mi-futuriste, mi-satirique. Au passage, le bouquin dénonce la société de consommation, les manipulations politiques, les croyances et bonimenteurs de tout genre. On profitera de la lecture pour entamer sa révolte sur fond d'Atari Teenage Riot, en expédiant tous ses Bob & Bobette par la fenêtre.
Rencontre assez mémorable également, celle de Sylvie Fontaine, au crayonnage aussi hallucinex que 
A la chambre des désaxés, Durandur est un habitué : après les aventures sordides du privé Gilles Hamesh, pondues avec Jodorowsky, Durandur frappe un grand coup avec« Durandur encule tout le monde ». Derrière la provocation évidente du titre et des histoires se cachent de rudement bonnes
idées scénaristiques jouant sur la mise en abîme : le lecteur devient bourreau d"une séance de torture qu"il est seul à pouvoir stopper, et le personnage dessiné victime impuissante de son propre créateur... Durandur dessine à la lame de boucher, aussi noire que celle de Franquin, aussi boyauteuse que celle de Vuillemin. Cerise sur le gâteau, Durandur s"offre le luxe de dessiner dix fois la même page pour le seul plaisir de se foutre de notre gueule. Eminemment punk, comme attitude. Durandur mérite une bande son à l?unisson de son oeuvre : « J"irai chier dans ton vomi » de Métal Urbain remporte la palme. Notons que certains verront un intérêt limité à mettre 20 euros pour qu'on se paie sa tête. Pour me la péter, je considèrerais plutôt ça comme un acte politique pour la sauvegarde de la liberté d'expression. Et toc. (Une fois, j"ai bien entendu un gros ricain dire que Slayer symbolisait le Premier Amendement, alors...)
J
e m'en voudrais de ne pas citer ici Chauzy&Jonquet, qui petit à petit s'imposent dans mon panthéon personnel (aux côtés de Dumontheuil et Tardi). Avec un style réaliste aux couleurs égrotantes, le duo dépeint la vérité crue des scènes de rue. Ambiance polar, personnages en perdition, on s"engouffre dans leurs albums comme dans une impasse sans lumière, avec la certitude que tout ça finira mal. Citons entre autres le remarquable diptyque « La vie de ma mère », pour le coup plus ancré dans le rap avec Belleville et Barbès comme toile de fond.
Pour finir, un album malheureusement passé inaperçu, « Lola Cordova », fille de joie enlevée par des extra-terrestres pour satisfaire
leurs besoins primaires. La belle s"exécutera bien volontiers en échange de quelques nanopsules hallucinogènes, l"occasion de traverser quelques vortex initiatiques avant de revenir affronter des espèces de Men in Black, bien terriens cette fois... Rien que ça. C"est Arthur Qwak qui est responsable de l"ovni, et visuellement c'est une claque inoubliable : entièrement infographée, chaque page est une nouvelle invention visuelle et labyrinthique. Un vrai régal acide à savourer en faisant la pile sur « Neurophonie » de Micropoint (les plus calmes se contenteront d"Hawkwind, tiens, et puis, ça fera plaisir à Thom).
That's all folks pour aujourd'hui !
Note : toutes les images proviennent de la bédéthèque, site de référence en la matière.
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Chroniques de disques rock, garage, punk, pop, country, bluegrass, métal avec des poils... 



concert, des photos (


peut imaginer, une équation d'attraction-répulsion à lui seul. Allez, espérons tout de même qu'il ne suivra pas le modèle jusqu'au bout. Bon sinon, déception tout de même, le batteur a changé et j'étais pas au courant.
tre chose. Le Gibus n’est après tout qu’à quelques encablures. Cette fois, cependant, 1900 pique notre curiosité : les musicos tapent dans la trentaine, sont bien sapés mais pas fashion pour autant, la guitare a de la gueule (je sais pas ce que c'est exactement, y'a sa photo à côté) bref, ça sent l’honnête et le distingué.
quatre titres, tous en écoute sur leur
substantifs, là, sinon on va se retrouver avec du country youngesque, et des solos metallicants, j’aurai l’air de plus en plus con) Le mélange est populaire aujourd’hui, et au final, les influences se font plus envahissantes qu’en concert, dommage : 1900 cite les Raconteurs, et effectivement, ça y ressemble, au moins sur la moitié des titres. « Some goats » se démarque un peu, plus rocailleux, plus cradingue, le groupe se rapproche un peu de Pavement à ce moment-là. Avec une production au diapason pour aider le groupe à trouver sa voie, nous pourrions entendre reparler de 1900. Une fois lancés, leur aisance scénique fera le reste. Pour s’en convaincre, rendez-vous à

rigueur, que mes sympathiques nouveaux collègues m’ont surnommé 

it 
dans la musette. « Brille », le petit dernier, nous dévoile une formation bien rôdée aux affres de la composition. Bel emballage et bonne mise en place, le groupe ne se contente pas d’amateurisme : ça tombe bien,
dans le tapis des arrangements, le garçon est à l’aise dans tous les registres, on sent le studieux. Studieux, mais pas polar pour autant : les cordes volettent entre arpèges acoustiques et grosses poussées dans le rouge avec naturel et aventurisme. On aurait bien vu « Que tu me pièges », deuxième partie d’un diptyque à tiroir, apporter un peu de fraîcheur sur « Europe et haines » de
générations de téléphages abrutis, la petite peste du village s’est fumée les couettes aux coquelicots. Le résultat est là : un maxi de cinq titres bien suintant de hard à vous moissonner un douze hectares au premier accord. Riffs simples-mais-efficaces, comme on dit au village, sens du break qui relance la machine, production lustrée au Jack Daniels, dans l’Olson tout est bon. La guitare fait son blues sur un tempo punk, vire carrément métal quand la récolte est bonne, on a l’impression d’entendre du 

groupe « punk rock metal » (c’est marqué sur la pochette) qui apprécie en fait particulièrement les petites virées en territoire hardcore. Vous allez me dire, des groupes hardcore, y’en a plein les autobus en France. Je vous répondrai, d’un que c’est pas faux, et de deux que la petite tranche de poilade fait la différence chez 



Mots doux...