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Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

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 Radio Chtif

 

 

free music

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Brèves de comptoir

13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

  Et pour les amateurs de n'importe quoi :

Ned et Frico




 

Pour lire toutes les Brèves de Comptoir, c'est ici !

 

 

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Jeudi 9 novembre 2006

Ce qui est bien avec les années 80, c'est qu'elles sont loin : on dispose désormais d'assez de recul pour aborder plus sereinement un disque sorti en 1982, et trouver du charme à ces nappes de claviers new-wave qui nous ont fait ricaner pendant toute la décennie passée. En grattant derrière la façade de néons, on déniche même parfois de sacrées bonnes chansons dont seuls les nostalgiques du rimmel se souviennent.

C'est le cas d'Artery, groupe de Sheffield créé en 79 dans le sillage de Joy Division, et depuis quasi-oublié pour cause de non-suicide du chanteur. Dommage : il n'y a rien à jeter sur les 18 titres de la compilation Cherry Red résumant la première phase de la carrière perturbée de la formation (cinq ans d'existence au compteur, et au moins trois splits intermédiaires).

Artery n'échappe pas au jeu des comparaisons avec les groupes marquants de l'époque : on pense aux Residents, aux guitares flippantes à la Bauhaus sur "Louise", ou aux parties tribales chères aux Talking Heads sur "Africa" ou "The slide". Cependant, le groupe réussit à créer son propre style, surtout grâce au jeu de claviers singulier de Simon Hinkler (futur Pulp). Son style cabaret plante le décor parfaitement bancal d'un vieux film muet fauché ("One afternoon in a hot air baloon", bobine perdue des Marx Brothers ?). Dans ses divagations les plus incongrues, Artery sonne comme une version new-wave des Doors. Pas étonnant à ce titre qu'ils en reprennent l'un des morceaux-phare, "The Alabama song" : à ceci près que leurs pieds titubants quittent les chemins boueux de Dixie pour les trottoirs fantasques et cuivrés de Broadway.

 

Repos dominical pour Artery


Moins sombre et hanté que la bande à Ian Curtis au prime abord, Artery n'en délivre pas moins un post-punk cynique truffé de contrastes. Les paroles se posent ainsi la plupart du temps en porte-à-faux avec la musique. Alors que "The clown" fait son tour de piste sur un air de fanfare rouillée au kazoo grinçant, et que l'on dépiaute des carcasses à petits coups de xylophone sur "The butcher's shop", le chanteur Mark Gouldthorpe prend plaisir à clamer "It's good to be alone" sur un air de valse glam. Les arrangements sont imprévisibles, mais retombent toujours sur leurs pieds : même un thème à la James Bond parachuté au coeur de "Being there" semble le fruit d'une logique tout à fait respectable en compagnie de tels énergumènes.


Mark Gouldthorpe fait joujou dans l'abattoir


John Peel, tombé sous le charme du single "Into the garden" à l'époque, leur accorda son label rouge et deux prestations à la BBC. Le flair du programmateur ne s'était pas trompé. Vingt ans plus tard, les compositions ont l'air moins datées que pas mal de nouveautés.

 

Morceaux qui tuent :
Being there
It's good to be alone

 

En bonus, "Being there" en écoute dans la Radio

via Sefronia (c)

par Chtif publié dans : Chroniques disques
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Vendredi 3 novembre 2006



Entre nous, monsieur Simmons, ça sert à quoi de tirer la langue à tout bout de champ, là, de faire le guignol en se déguisant en démon de l'espace ?


Bon ok, à faire un paquet de pognon, ça on sait (un petit tour vers l'article de Crosstown Traffic sur les produis dérivés Kissiens est fortement conseillé, à ce propos...), mais encore ?


M'est avis que la vie d'une rock star est bien fade une fois le maquillage tombé.












D'accord, ça permet de rouler dans de belles carrosseries avec chauffeur, mais vraiment pas de quoi pavoiser...









A la maison, la rock star bouquine au lit, et souffle ses bougies d'anniversaire comme tout le monde...
















Somme toute, mister Demon, vous êtes bien proches du commun des mortels, non ?






















Alors, ok, il y a les entrées VIP, tout ça, les soirées à thème, rouge, bleue, rose... C'est marrant cinq minutes, mais honnêtement ça a tendance à virer ringard...

Même les nuits blanches d'Eddie Barclay ne faisait plus le plein, vers la fin, c'est dire.





Vraiment, la vie de rock star,  ça fait pas saliver... On m'ôtera pas de l'idée qu'on s'y fait chier comme un rat crevé.


En être réduit à sortir des albums solos que personne écoute, juste pour passer le temps, quelle tristesse...


J'espère au moins que ça aide un peu niveau gonzesses, et encore, rien n'est moins sûr...



par Chtif publié dans : Bordel rock
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Jeudi 2 novembre 2006
Alors que les grands travaux de reconstruction commencent sur les ruines encore fumantes de la déferlante punk, les machines s'engouffrent dans la brèche : en 1978, le futur s'appelle new wave. Bowie s'acoquine avec Brian Eno, Kraftwerk synthétise "The man-machine", et Van Halen innove dans le domaine du moule-burnes.

George Thorogood, lui, ne change pas d'un iota. A peine un an après le succès de son premier album, conquis de haute lutte par d'infatigables tournées de club, le bluesman récidive, sans machine, ni permanente, bien sûr. La formule est exactement la même : dix titres hantés par le blues, dont une majorité de reprises au son brut de décoffrage. Celles-ci sont judicieusement choisies : heavy blues sur "Move it on over" de Hank Williams, Bo Diddley beat sur "Who do you love", ou rock'n roll sur "It wasn't me" de Chuck Berry, le gaillard sait comment s'y prendre pour faire taper du pied.

L'interprétation est fidèle mais habitée par de vieux démons. C'est encore plus flagrant quand il ralentit le tempo. Des nuages menaçants traversent ainsi de part en part "The sky is crying" d'Elmore James, et c'est toute la solitude d'un être qui gémit dans le ressac de la slide. Sans cesse il n'est question que de coeurs brisés, de malchance persistante ("So much trouble"), et de longues jambes inaccessibles que l'on suit du regard dans la rue.

Même lorsque Thorogood fait mine de jouer une bluette pour la fête annuelle d'un lycée des 50's ("I'm just your good thing"), on sent qu'il se cache un esprit fiévreux derrière la façade de chanteur romantique. Ce mec-là n'est pas net... Trop de déboires sentimentaux, trop de boisson pour oublier l'oreiller vide à ses côtés, pour tromper l'attente, à force ça détruit quelque chose.

S'attaquer à "Cocaïne blues" de Johnny Cash n'est pas anodin non plus. On n'interprète pas l'Homme en Noir avec désinvolture. Bien sûr, on peut sourire en réécoutant cette musique country aujourd'hui démodée, et s'attendre à voir débarquer Rosco de "Shérif fais-moi peur", mais se pencher sur les paroles peut filer le frisson. Quel sorte de pacte doit-on signer pour avoir le cran de chanter cette histoire d'un drogué condamné à 99 ans de taule pour avoir dessoudé sa gonzesse ("That bad bitch") un jour de défonce ?

Le guitariste conclut sur un "New hawaiian boogie" aux magnifiques envolées de slide, son domaine de prédilection. Inventif et subtil, il nous surprend en couchant un lit d'harmoniques d'une simplicité désarmante au milieu de ce déluge d'accords gras au possible.


"Personne a vu ma gratte, les gars ?"

Thorogood ne prétend pas au titre d'instrumentiste le plus doué, encore moins à celui du meilleur chanteur blues, mais son jeu est attachant et bien plus profond qu'une simple succession de boogies. En rééditant ses deux premiers albums, le label Rounder offre l'occasion de redécouvrir un grand interprète (à défaut d'être un grand compositeur), sans bonus mais avec un son d'une noirceur exquise.

Morceau qui Tue
   The sky is crying

En bonus, dans la Radio, "the sky is crying" version live

via Sefronia (C)
par Chtif publié dans : Chroniques disques
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Jeudi 2 novembre 2006
En 1977, les punks débarquent et font table rase du passé. Exit le rock'n'roll "vieille école", bon à jeter...  Déjà que Beatles et Stones passent à la moulinette, alors, pensez donc, Chuck Berry, Buddy Guy  et consorts ce n'est même pas la peine d'en parler...

Tout cela n'est apparemment pas au goût d'un gaillard du Delaware, bluesman averti et picoleur invétéré. Après avoir écumé les bars de la région en quête de coups gratuits, un premier album vient remettre les pendules à l'heure : "George Thorogood and the Destroyers". Le message est clair : du blues et encore du blues.

La part belle est faite aux reprises, portées par la voix houblonnée du maître de cérémonie. Earl Hooker, Elmore James, Bo Diddley retrouvent une seconde jeunesse sous les coups de slide tranchants du guitariste. Fameux doigté d'ailleurs. Dans un style très personnel et surtout identifiable, Thorogood déploie d'efficaces solos au bootleneck bien baveux, laissant la concurrence se disputer la palme de la technique. Peu importe l'esbroufe du moment qu'on a le groove. De fait, les morceaux sont emplis de feeling rhythm'n'blues, moites et dansants. L'ambiance poisseuse des clubs est palpable.

Des sommets sont atteints au cours de "One bourbon, one scotch, one beer", judicieusement emprunté à John Lee Hooker : huit minutes de tension saccadée parfaitement entretenue. Un pilier de comptoir rumine et raconte sa vie aux voisins qui s'en foutent : il n'a pas de job et s'est fait mettre à la porte par sa belle. "Un verre, ça va pas suffire patron, mets-moi en trois."


"Quoi ?! De l'eau dans le pastis ? Mais t'es dingue ?"

Entre deux pintes, Thorogood tente d'aller conter fleurette aux serveuses du club, le temps de deux ballades pleines de promesses inutiles ("Kind hearted woman" piochée chez Robert Johnson, et "I'll change my style").

Un "Delaware slide" final vient enfoncer le clou : cette fois c'est décidé, le pauvre gars va mettre les bouts, grimper dans le pick-up et filer sur la Highway 95 en disant bye bye à sa femme. On l'entend prendre courage au fond de son verre : la slide s'emballe, trépigne d'impatience, divague, perd ses bonnes résolutions en chemin avant de piquer du nez sur le zinc. Le bonhomme manque de sombrer pour de bon, mais l'appel du bourbon est plus fort : il repart aussi sec.

Complaintes de bar, brumes nocturnes et blues crasseux. Refrains connus, mais avec un prince de la cuite comme Thorogood, on veut bien risquer la gueule de bois. D'autant plus qu'avec cette réédition (la deuxième !) en version SACD, on a presque l'impression de discerner le tintement des verres derrière les attaques de médiator. Le compagnon de comptoir idéal, en somme...

Morceaux qui Tuent
   One bourbon, one scotch, one beer
   Delaware slide

En bonus : "One bourbon, one scotch, one beer" en écoute dans la Radio

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par Chtif publié dans : Chroniques disques
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Vendredi 27 octobre 2006

Alors là, je me suis complètement fait avoir… J’ai entendu pour la première fois parler de la Maison Tellier en coup de vent sur un site pop-rock indé. Normalement, c’est le genre d’endroits qui inspire un minimum de méfiance (on connaît leur goût immodéré pour les xylophonistes sans voix et désaccordés, ces petites choses…), mais cette fois-ci, on dresse l’oreille. La "Maison Tellier", c’est d’abord une nouvelle de Maupassant, l’histoire des pensionnaires d’une maison close de campagne (texte intégral ici  ). Pas le genre d’auteur ni de sujet prisé par les indés du moment : trop rural, pas assez "artiste", pas assez prétentieux. Non décidément, de jeunes gens choisissant pareil nom ne peuvent qu’être honnêtes et susciter l’intérêt. D’emblée, l’écoute nous le confirme.

La Maison Tellier est une formation normande perpétuant la tradition des collectifs, les musiciens venant augmenter l’effectif au gré des rencontres et des concerts improvisés. Avant même de parler de ce qu’est la Maison Tellier , il faut préciser ce qu’elle n’est pas : la Maison Tellier ne s’abîme pas comme les centaines de descendants des Têtes Raides dans un réalisme vieille France et bal populaire. Exit également les revendications sociales pénibles : pas d’engagement écolo (Tryo), ni de rebellion à trois roubles (Cali), et franchement, ça détend. Et enfin bien malin qui arrivera à dénicher sur cet album la moindre pincette de snobisme chiant qu’il est de bon ton d’afficher chez les voisins de Môssieur Delerm.

Evitant ainsi tous les clichés d’une chanson française aujourd’hui bien ampoulée, La Maison Tellier officie dans un folk léger, traditionnel, et pourtant d’une fraîcheur extrême. Avec la sincérité des Grant Lee et autres 16 Horsepower toute la gamme y passe : dépité du comptoir sur "No name #2", carrément western sur le contrasté "Il n’est point de sot métier", le groupe tapote du blues comme s’il venait de l’inventer, et fait passer une énième évocation de Robert Johnson ("Delta") comme une lettre à la poste.

Qu’on n’aille pas non plus s’imaginer que nos tauliers s’enferrent dans un americana passéiste : derrière un souci d’homogénéité constant, le groupe dévoile diverses autres influences, que ce soit au travers d’une rythmique quasi-punk ("Cactus kid"), ou d’une complainte cuivrée à la Saints ("Fraulein S"). On pense avec étonnement aux passages atmosphériques d’Anathema sur "A la petite semaine"… Ces gens-là savent refreiner leurs influences pour ne pas se disperser, et opter judicieusement pour l’anglais (cinq morceaux au total) quand la chanson l’exige uniquement.

Toulouse-Lautrec : un ami de la Maison Tellier ("Salon Rue des Moulins" - 1894)

 

Avec un texte au charme saisissant, "La chambre rose" s’impose comme une pièce maîtresse du répertoire : enfin un petit bordel que Marthe Richard ne nous enlèvera pas. Et puis il y a autre chose, que l’on n’ose à peine avouer : les vocaux d’Helmut Tellier possèdent ce timbre si puissant que seul auparavant Bertrand Cantat pouvait nous offrir. Inespéré ? Peut-être se trame-t’il quelque chose de grand, de très grand, derrière ce premier album. Cerise sur le gâteau, une impeccable reprise "pied dans la paille" de "Killing in the name" qui devrait garantir une reconnaissance totalement méritée pour ce groupe presque trop beau pour être vrai.

 

 Morceaux qui tuent :
A la petite semaine
Fraulein S.
La chambre rose

 

En bonus : "Fraulein S." en écoute dans la radio, et le clip de "Cactus kid"

via Sefronia (c)

 

par Chtif publié dans : Chroniques disques
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Ptite pensée ...


Ce site est dédié au plus imprévisible  des chefs cuistos: Keith Moon.
(c'est un peu le bordel sur ce site : il aurait adoré)

La plupart des chroniques publiées ici sont aussi dégotables sur http://www.sefronia.com .



Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
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