Menu

 


 

Chtif mange beaucoup plus de disques que de raison et en déglutit pas mal de chroniques

Grands crus, piquettes moisies, vieilles recettes de grand-mère ou bizarreries post-modernes se succèderont ici sans distinction ni sectarisme, au rythme du mange-disques uniquement.

Et s'il vous reste une petite place pour le digestif, il y aura aussi quelques petites revues bds et bouquins, histoire de pas partir la bouche sèche.     

Inscrivez-vous à la newsletter, il ya des bonus en cadeau !      

 


 Radio Chtif

 

 

free music

Nouvelle Radio !
Lisez les articles en découvrant un extrait !

 


Brèves de comptoir

13 Mai 2008

Juste un petit coup d'auto-promo pour une chose sans grande importance :

Small Shots

  Et pour les amateurs de n'importe quoi :

Ned et Frico




 

Pour lire toutes les Brèves de Comptoir, c'est ici !

 

 

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mardi 16 janvier 2007

Pour beaucoup, les Dead Kennedys furent le groupe punk ultime. Engagés, sans concession, inventifs, et menés par un leader au charisme sans pareil, Jello Biafra, les Kennedys s'inscrivent d'emblée dans la légende avec un premier single intemporel : "California über alles".

 Il en fallait des grosses comme ça pour sortir un titre pareil en 1979. Car ici, il ne s'agit pas d'afficher crânement  la svastika pour le simple plaisir de la provoc', comme Siouxsie ou Vicious quelques mois plus tôt. De toutes façons, les jeunes sauvageaons auraient bien été incapables de dire ce qu'elle signifiait cette croix gammée. Jello Biafra, quant à lui, va plus loin : en détournant l'hymne patriotique allemand, "Das lied der Deutschen" qui fit les beaux jours de la propagande du Troisième Reich (l'hymne est aujourd'hui allégé, pour des raisons bien compréhensibles), Jello s'attaque de front au Gouverneur de Californie en place, Jerry Brown.

Fin 70's, l’esprit contestataire a bien morflé avec la montée capitaliste. Ce qui énerve rudement Jello qui ne ne peut plus blairer les yuppies, cette nouvelle classe de bobos matérialistes qui se la joue mauvais garçons sous une épaisse couche de thune arrogante.

Jello : 'Il y avait une masse pas possible de gens qui se croyaient vraiment rebelles et ouverts d'esprit, en quête des gourous pour dicter leur conduite. Cela m'effrayait. Je pensais : 'que se passerait-il si cette apathie collective se répandait à l'ensemble de la population, si tout le monde se couchait jusqu'à ce qu'un dictateur débarque ?' C'est arrivé dans tellement de pays; cela se produit chez nous en ce moment. Alors je réalisai que le politicien le plus apte à manipuler les gens de par ses appuis religieux et politiques était Jerry Brown." (source : mixonline)

 

The Residents : "Third Reich'n Roll"
Encore des taquins pas au goût de tout le monde...

Et c'est parti pour le réglement de compte. Pour l'une de ses premières compos, Jello n'y va pas avec le dos de la cuillère. Dans "California über alles",  le Gouverneur lui-même prononce un discours d'investiture virtuel aux visions tentaculaires :

"I am Governor Jerry Brown [...]
I will be Fuhrer one day
I will command all of you
Your kids will meditate in school [...]
Zen fascists will control you
100 % natural
You will jog for the master race
And always wear the happy face"


Jello vomit ses mots avec une haine folle, incompréhensible. Derrière, les guitares pillonnent sans répit, rappelant les bataillons de marteaux en marche dans "The Wall" (Pink Floyd, sorti la même année). A mi-course, le refrain s'engage dans un passage plus lent, oppressant. Singeant les dispenseurs de bonne parole, Jello se lance dans un prêche terrifiant, inspiré par Orwell et les camps de concentration.

"Now its 1984
Knock-knock at your front door
It's the suede/denim secret police
They have come for your uncool niece

Come quietly to the camp
You'd look nice as a dawstring lamp
Don't you worry, it's only a shower
For your clothes here's a petty flower."

Déjà se profilent les futures performances du chanteur en "spoken-words", dans les années 90. Le bonhomme a toujours manié la rhétorique avec finesse, ce qui lui permit d'ailleurs une carrière politique pas dégueu. Son dernier couplet annihile tout espoir :

 

"Die on organic poison gas
Serpent's egg's already hatched
You will croak, you little clown
When you mess with President Brown
When you mess with President Brown"

Le deuxième vers, "Serpent's egg's already hatched" évoque un passage du "Julius Cesar" de Shakespeare, dans lequel Brutus, le fils parricide, réalise la nécessité de tuer le serpent dans l'oeuf avant qu'il n'éclose et ne devienne néfaste. Constat trop tardif dans la chanson...

 

Brutus : " The only way is to kill Caesar. [...] If we crown him, I have to admit we'd be giving him the power to do damage. Rulers abuse their power when they separate it from compassion. [...] And therefore we should liken him to a serpent's egg once it has hatched, it becomes dangerous, like all serpents. Thus we must kill him while he's still in the shell."

Shakespeare
Nouvelle égérie punk ?


 

Le premier album des Dead Kennedys, "Fresh fruit for rotting vegetables", déboule en 1979. Avec une bonne pelletée  de morceaux d'anthologie ("Holidays in Cambodia", "Drug me"...), il reste un classique incontesté. Cependant, "California über alles" poursuivra son petit bout de chemin au cours du temps : dès 1981, le groupe enregistre une autre version ("We've got a bigger problem now") aux paroles augmentées pointées vers le président Reagan. Pas étonnant qu'après ça, les Kennedys se soient trouvé dans le colimateur des autorités. Celles-ci s'acharneront jusqu'à venir à bout de la formation quelques années plus tard. Ceci n'empêchera pas Jello Biafra de repartir au front, avec les Melvins cette fois, pour une nouvelle mouture ("Kalifornia Über Alles, 21st Century", 2004) saluant l'élection de Schwarzenegger.

























A qui le tour ?

 

La vidéo suivante, de 1981 (période Reagon) est sans doute le mètre étalon, la Lyse Ruchat des prestations live, un truc à caler au Panthéon des contestataires. Biafra y est dangereux, magnifique, chef rebelle menant ses troupes à l'assaut. Un mutin vient le défier, il fond sur lui, réplique, puis repart à l'assaut en saignant. A genoux, le faciès figé, il harangue la foule massée à ses pieds, se relève puis explose. Et cette gestuelle, cette détermination... Si vous connaissez un gars comme ça, aujourd'hui, faites-moi signe.


par Chtif publié dans : Every song tells a story
ajouter un commentaire commentaires (17)    créer un trackback recommander
Mercredi 10 janvier 2007
Il faut préparer les questions délicates à l'avance. ("Papa, c'est quoi cette bouteille de lait ?", ce genre de traquenards...).

Si un jour futur, votre hypothétique progéniture demande pourquoi papa tape des pieds 24 sur 24 avec une paire de baguettes imaginaires à la main, montrez-lui "Get down with it" (1972) version Slade *, histoire de lui expliquer tout ça (oui, on évitera d'attaquer d'emblée avec Johnny Rotten, quand même...).





Des fringues de clown, une insouciance pleine d'entrain, et la voix pas possible de Noddy Holder, il y aura bien de quoi lui arracher au moins un sourire. Peut-être même lui donner le virus...

Merci à la Comtesse qui m'a fait réécouter le fantastique "Slade - Alive !" ces deux derniers jours. Slade sera toujours jeune et heureux. Pour filer la patate le matin, ya pas mieux.

* "Get down with it" est une reprise de Bobby Marchan.
par Chtif publié dans : Bordel rock
ajouter un commentaire commentaires (16)    créer un trackback recommander
Lundi 8 janvier 2007

Pour débuter l'année, quoi de mieux qu'un entretien avec les grands gagnants incontestés du Référendum de fin d'année ? Raoul Tellier, fondateur du groupe avec Helmut, s'est plié avec grande gentillesse au jeu des questions-réponses, histoire de faire le point quelques mois après la sortie du premier album de la Maison Tellier.


3,2,1,Moteur...


Chtif - Revenons sur les débuts : votre premier EP (2004) est un tremplin et pose clairement les bases. La moitié des morceaux sera d’ailleurs conservée pour le premier album qui suivra (dommage pour "Willard and the crushing dam", passé à la trappe, d’ailleurs). Entre les deux, que s’est-il passé ?

Raoul Tellier - On a écrit plein de chansons et signé chez notre label actuel, Euro-Visions. En fait, notre premier EP a été enregistré dans leur studio, et de fil en aiguille (en gros un an après...), ils en sont venus à nous proposer une signature chez eux. On a démarché personne, au moment où l'on commençait à y penser, ils sont arrivés et voilà.

La Maison Tellier revendique son statut de "collectif". Le groupe a-t’il aujourd’hui atteint une formation fixe ou est-ce encore l’amour libre avec des intervenants de passage ?

Pour le premier EP, on était 3, on est passé à 5 avant d'enregistrer l'album. Maintenant, il y a une formation fixe (deux guitares-chant, une basse, une batterie et une trompette), et des intervenants de passage plus ou moins réguliers : la chanteuse Lippie, Maxime et David de The Elektrocution et... c'est à peu près tout...
 


Comment s’est passée la hausse d’effectif ?

Notre écriture et la façon d'arranger les chansons ont changé. Par exemple, une chanson comme "Il n'est point de sot métier" était au départ très acoustique (elle faisait partie du répertoire "initial"), on la jouait juste à deux ( Helmut et moi). On l'a laissée tomber au moment du premier EP, pour la reprendre plus tard, à 5... On a donc complètement changé l'arrangement, étoffé la structure, pour qu'elle devienne une véritable "création" du groupe.

Pour d'autres chansons, comme "A la petite semaine", tout était pensé au départ pour être joué en groupe, même s'il s'agit d'une "vieille" chanson. En fait, il n'y a pas vraiment de "règle". Chacun ramène ses nouvelles chansons, et on voit ce qu'on peut en faire : on a toujours une petite idée de ce que ça pourrait devenir, mais si le résultat final peut être parfois très éloigné de ce qu'on attendait au départ...


Jouer du country-folk dépouillé en 2006 ?
Les Tellier sont-ils, comme beaucoup d’entre nous, des "vieux cons"  de 30 ans ?

Ouaip ! Enfin presque... Au début, le dépouillement était une sorte de dogme, imposé par notre formation (2 guitare, 2 voix). C'est vrai qu'on écoute beaucoup de musique acoustique, enregistrée avec 2 bouts de ficelle, du coup ça s'en ressent forcément sur certaines chansons. Mais maintenant, avec la formation complète, on a le choix...
 

Ces références à Robert Johnson, Neil Young, Dylan, le côté western… Ca fantasme sur Kerouac dans la Maison ?

Ah bah ça, pour sûr !!! En même temps, j'ai découvert "On the Road" seulement l'année dernière...


Justement, pour vous voir en concert, il vaut mieux arpenter les routes du nord-ouest, les autres sont plutôt délaissés...

C'est normal, on débute à peine, on n'a encore jamais vraiment tourné, ça commence cette année dans le sud-ouest d'ailleurs... Pour le reste de la France , ça vient doucement, les salles commencent à nous contacter, et certains tourneurs parisiens aussi... Voilà, on croise les doigts pour la suite.

 


Pour se faire connaître, Internet est aujourd’hui un passage obligé. Vous avez un blog pour partager vos bonnes adresses musicales, des morceaux en écoute sur MySpace… Quel est l’impact réel du réseau pour un groupe comme la Maison Tellier ?

Difficile à dire. Ca permet sans doute de toucher des gens qui ne peuvent pas nous voir en concert, ou qui n'achètent pas de disques... Maintenant, c'est sûr que c'est pratique et interactif, que ça nous permet de rentrer en contact avec des gens comme toi, d'avoir plein de "vitrines" médiatiques différentes, mais je pense que pour l'instant, on doit plus à Radio Nova (par exemple) qu'à Internet. La fréquentation de nos sites est "sympathique" (en gros, on ne travaille pas dans le vide...), mais pas extraordinaire.
Pour qu'une promo marche sur Internet , il faut qu'elle soit relayée par des médias (radio, presse, ...), par exemple,  j'ai du mal à croire qu'un mec comme Kamini ne vienne de nulle part.


Parlons des textes : un tueur qui foire son contrat, un éconduit qui retrouve son ex dans une maison de passe… On a l’impression que vous appréciez les loosers, pas forcément magnifiques, mais plutôt touchants…

C'est pas faux. C'est le genre de personnage à qui il peut arriver un peu n'importe quoi, et qui refuse sa condition. Le looser magnifique n'a pas le choix, perdre est sa raison de vivre, quand au winner...

La question de la langue est primordiale. L’album oscille entre les deux, mais les morceaux en français sont les plus accrocheurs : l’anglais reste-il vraiment incontournable ?

Pour certaines chansons, c'est difficile de s'en passer. C'est l'éternel problème du français, qui n'est pas une langue très musicale. Dans un contexte folk (et donc anglophone), les mélodies sont parfois dures à adapter au français. Cela dit, c'est vrai que quand "ça marche" en français, le résultat est bien plus accrocheur qu'en anglais, et pour nous le travail est plus intéressant, parce que moins évident.

 

Miracle, aucun de vos textes n’est engagé (même pour la barbe). La condition pour ne pas devenir un "chanteur à chier" ?


 Ah ça... Comme dirait Brassens, "Mourir pour des idées"...Je trouve que la musique supporte mal l'engagement, surtout en français. Bon, certains y arrivent très bien… On joue quand même "Killing in the name", si ça c'est pas de la chanson engagée... Encore une fois, les textes engagés, ça marche plutôt bien en anglais parce qu'il y a un côté "slogan" dans l'anglais qu'on peut facilement adapter à une chanson, alors qu'en français...pfff. Enfin, si ça peut éveiller la conscience politique de certains d'écouter une chanson sur la pollution ou sur le ptit Nicolas de Neuilly, y'a rien à redire...

On parlait de "Killing…" : les reprises à la sauce Tellier des Rage ou de Britney Spears ont grandement contribué à vous faire connaître. A l’heure du zapping internet, pas peur de s’enfermer dans une image anecdotique et réductrice de groupe à reprises ?


Bonne question, on n'avait pas envisagé les choses ainsi. Les reprises, c'était avant tout un truc pour faire rire les copains pendant les soirées (je pense notamment à celle de Rage, que je traîne depuis pas mal de temps dans ma guitare).  Si en plus ça fait plaisir aux gens...
Maintenant, on ne cherche pas à tout prix à caser une reprise sur chaque disque, on n'en a pas tant que ça en réserve (bon, il en reste quand même une ou deux qui traînent).

Malgré la dominante acoustique du disque, on sent par moments que ça vous démange d’envoyer le bousin et de taper le punk… Aucun projet prévu avec vos potes d’Elektrocution, par exemple ?

Ben si ! On a déjà enregistré une chanson avec eux, "Thank God i'm a country Girl", disponible sur notre page Myspace. Une super bonne expérience, qui nous a donné envie de continuer à bosser ensemble. Mais pour l'instant, c'est classé secret défense...

Profitez de cette interview pour dilapider nos étrennes : conseillez-nous les disques que "merde, comment ça se fait que vous les avez pas encore ?"

Ouhla... La question de nos rêves !!! Alors moi je dirais :
1. Déjà Vu, de Crosby, Stills, Nash and Young





  "Déjà vu"
CSN&Y

1970








 




.... et la
Maison Tellier
2006










 


2. Forever Changes de Love
3. The Gilded Palace of Sin et Burrito Deluxe des Flying Burritos Bros
4. The Band par The Band

5. The Letting Go de Bonnie Prince Billy
6.
Au rayon rareté, Appalachian Swing des Kentucky Colonels
Je m'arrête, il y en a trop...

"Forever changes" en numéro 2 : on va vraiment finir par croire que vous les prenez, ces pilules du matin au soir !

Haha... en fait l'ordre n'avait pas vraiment d'importance, mais je te signale qu'au rayon pilules, CSN&Y se défendent plutôt pas mal!!

 
J'avoue, j'écoute beaucoup de musique sixties à tendance psychédélique-babacool, j'aurais pu aussi mettre les Byrds, Buffalo Springfield, The Beatles, Jefferson Airplane, Les Kinks, ... mais pas de pilules à l'horizon en ce qui nous concerne, désolé... La légende rock'n'roll en prend un coup...


A ce propos, peut-on savoir d’où vient "Après dissipation", la plus embrumée de vos chansons ?

C'est une chanson d'Helmut. A priori, une relecture un peu romancée de sa vie en colocation pendant sa jeunesse tumultueuse. En ce qui concerne la musique, c'est une tentative pour éviter que ça sonne comme du De Palmas, on voulait un peu une ambiance un peu Hippy-song.

 

 


Helmut, encore tout illuminé...


C’est réussi ! Enfin, à l’ouest, quoi de nouveau pour l’année prochaine ?

Un deuxième album pour avril, on espère !!

On attend ça de pied ferme ! Merci beaucoup les Tellier !



En bonus dans la Radio, un extrait (presque collector !) du premier EP : "Willard and the crushing dam".

par Chtif publié dans : Bordel rock
ajouter un commentaire commentaires (18)    créer un trackback recommander
Mercredi 27 décembre 2006

Ceci n'est pas vraiment un article, ni même un bilan de fin d'année. Juste quelques ruminations un peu bouseuses de votre vieux grincheux de serviteur qui voit s'achever une année décidément pas beaucoup plus réjouissante que la précédente.

 

D'abord, comme vous le savez déjà, James Brown est mort dans la nuit de Noël. Beaucoup d'articles ont déjà versé leur petite larme à l'occasion, donc je ne vais pas en rajouter une couche. D'ailleurs, je mentirais en disant que la nouvelle me touche profondément : je n'ai jamais aimé danser, et je n'ai donc jamais suivi de près les traces du phénomène, mais quand même, il a eu la grande classe jusqu'au bout le James. Maintenant, la question est : combien de temps avant qu'Hollywood se décide à capitaliser sur ses restes ? Pour Ray Charles, ils avaient eu le nez fin et s'y étaient pris juste avant sa disparition, ce coup-ci le bonhomme les a pris de court.

 

Par contre, je viens seulement d'apprendre la mort de Rémy Belvaux qui a décidé de stopper sa route le 4 septembre dernier (consultez l' article de Melissa ici pour plus d'infos). Rémy, c'est bien sûr l'inoubliable acôlyte reporter et souffre-douleur de Benoit Poelvoorde dans "C'est arrivé près de chez vous". On l'a peu vu par ailleurs (un peu dans les "Carnets de Monsieur Manatane", quand même), Rémy s'étant tourné  vers la réalisation de spots publicitaires, au succès garanti par son humour à la belge. Bon, voilà, ça fait chier, tout simplement.

 

Rémi Belvaux

Vous le voyez, ça commence fort. A part ça, quoi ? Au moment des référendums, je m'aperçois que je n'ai pas acheté énormément d'albums en 2006, et parmi eux, peu de vraiment marquants... Heureusement (soyons positifs), quelques bonnes découvertes et surprises,  quand même : les instrumentistes d'exception de Wilco, le dernier Bruce Springsteen qui ressort avec bonheur les bonnes vieilles marmites... Une bonne cuvée pour Tool et Slayer également , quelques concerts inoubliables (The Gossip - en sueur, zZz -raide défoncé, Why ?- grosse claque), et d'autres beaucoup moins (notamment Gotan Project, à chier).

 

Bref, finalement on pouvait dégôter quelques choses pas désagréables dans les bacs cette année, mais il fallait bien chercher. Curieusement, et G.T. l'a très bien remarqué dans son article "2006 : la revanche des vieux", ce sont les anciens qui s'en sortent le mieux.

 

La preuve : pour les Who aussi, c'était une bonne année. Prestations en concert au-delà de toute espérance, et nouvel album "Endless wire" qui ne déçoit pas. Au fait, pour ceux qui se demandent pourquoi je n'ai pas encore chroniqué l'album ici, la raison est simple (et pas facile à avouer) : mon opinion sur le disque correspond à la virgule près à celle du numéro 472 de Rock&Fuck. J'allais quand même pas réécrire la même chose... C'est quand même ballot : alors qu'enfin en 2006 j'ai réussi à couper les ponts avec le magazine (en passant par la case règlement de comptes), ils se remettent à faire des articles qui ne m'énervent pas. Il y a même eu une story Steve Marriott dans un récent numéro, j'ai dû batailler pour ne pas l'acheter. Pire encore, deux visiteurs (oui : deux !) m'ont avoué s'être réabonnés au magazine suite au débat sus-mentionné. Passons...

 

"Pete, tu crois que ça ira mieux l'année prochaine ?" (photo (C) )

Alors quoi ? Tout est perdu ? On est condamné à farfouiller dans les antiquités indéfiniment ? A qui la faute si les disques trente ou quarantenaires filent plus la patate que la dernière révélation de la semaine ? Revenons sur R&F par exemple, ça fait bien deux ans qu'on attend l'explosion tant annoncée de leur scène rock parisienne des p'tits jeunes qui tuent, et toujours rien de concret à se mettre sous la dent. M'est avis qu'on va se retrouver avec un pétard à effet mouillé, sponsorisé par le nouveau gel des laboratoires Schwarzy : "Got2Be". N'empêche, ce nom... "Got2Be". On a atteint le summum de l'aliénation publicitaire, là, non ? Ecoute la hype, aie l'air dans le mouv' avec ta coupe de cheveux de djeun's cool et boucle-la. En gros. Comment voulez-vous que les jeunes groupes nous pondent de la musique intéressante s'ils acceptent des slogans comme ça ?

 

Punk-Rock : ouf, la relève.

 

Peut-être me trouvez-vous défaitiste, et vous avez sans doute raison. Au fond ce n'est pas possible qu'absolument tous les jeunes se montrent aussi serviles. Seuls ceux qui auront su conserver un fond d'honnêteté devraient se démarquer avec le temps, mais admettez qu'on ne leur rend pas la tâche aisée... En ce moment, je ne sais pas ce qui se passe, j'allume la télé une fois par mois, mais c'est à chaque fois pour tomber sur un truc horrible, par exemple Emilie Simon qui reprend "I'm waiting for my man" du Velvet Underground avec une petite voix toute douce toute gentille (c'était sur Taratata). Qu'on soit clair : Emilie Simon est sans doute très douée dans son domaine, mais comment peut-elle raisonnablement interpréter, pas "aimer", non, je suis sûr qu'elle apprécie sincèrement le morceau, mais comment peut-elle rester honnête en chantant ces vers crasseux bouffés par le manque ?

Feeling sick and dirty, more dead than alive,

I'm waiting for my man

A quoi ça rime ? Tout se mélange, et tout se vide de sens. Bientôt c'est Norah Jones qui jouera "Antisocial" ou "California Über Alles" et tout le monde trouvera ça cool. Un autre exemple ? J'en ai un tout prêt, celui-là je n'y ai pas assisté, mais j'ai quand même été vérifier sur internet après coup pour juger de visu. Je ne vous ferai pas l'affront de mettre les vidéos ici, un petit tour sur You Tube, vous tapez un truc comme "Joey Starr - Star Academy" et voilà.

 

Je n'avais jamais évoqué le rapper auparavant dans ces pages (et l'émission encore moins), ce n'est pas mon domaine, mais Joey Starr m'a toujours semblé incarner l'un des derniers bastions contre l'apathie et la corruption (médiatique) ambiantes. Sans concession, rageur, avec sa voix fêlée, une sorte de Jello Biaffra hip-hop... C'est sans doute embelli comme portrait, mais bon, les chanteurs consistants sont rares, aussi. Alors qu'est-ce que Joey Starr est allé foutre à la Star Ac ? Inciter les jeunes à voter ? OK, mais Joey Starr étant à peu près à l'opposé politique de TF1, pas sûr que son message ait été suffisamment clair pour les spectateurs... Sans doute n'y a-t'il rien à comprendre, au fond : la Star Ac est une étape de promotion comme une autre, au retentissement immense, et Joey s'y plie. Que les Stones, et les Red Hot virent en machine à fric, passe encore, mais lui... Désolé, mais je peux pas m'empêcher de penser qu'on a franchi une limite, là.

 

Bon, je cherche pas non plus à vous plomber le réveillon, alors finissons avec une bonne petite vidéo qui fleure bon les séries B et la bière tièdasse des fins de soirée. C'est "Like in the movies" de I love UFO, groupe français dont on avait déjà parlé par ici, et qui écrit dans sa bio :

"I Love UFO regardent vers le futur. Ils ne sont pas nostalgiques, sont toujours prêts à expérimenter, à se mettre en danger et à aller de l’avant.  Ils restent néanmoins de grands fans de Sonic Youth, Comets on Fire, Oneida, Liars, Public Image Ltd, dinosaur Jr, 80’s Matchbox B Line Disaster et autres… Surtout des groupes défricheurs, rugueux, de ceux qui construisent leur propre mythe. I Love UFO ne sont pas des suiveurs, bientôt les autres les suivront... L’inverse : JAMAIS ! "

... ce qui est, vous en conviendrez, plutôt rassurant.

 

 


 

par Chtif publié dans : L'aigri du mois
ajouter un commentaire commentaires (27)    créer un trackback recommander
Jeudi 21 décembre 2006
En 1968 sort le 9ème album des Beatles. Auto-intitulé, il sera très vite rebaptisé le "White album" en raison de sa pochette immaculée, intérieur compris. Ou comment s'offrir une couverture mythique (pour un disque qui ne l'est pas moins) à moindre frais.



 La légende dit que Lennon, frustré de ne pouvoir mettre une photo olé avec Yoko sur le disque, fit sa mauvaise tête et exigea que l'on réduise l'illustration à sa plus simple expression.

On n'est pas passé loin d'une pochette de ce genre...


Le design fut confié à un ami de Mc Cartney, Richard Hamilton, peintre précurseur du pop art (finalement, ça n'a pas dû être si "à moindre frais" que ça...). Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne s'est pas foulé sur ce coup : un simple relief pour l'inscription "The Beatles" et un numéro de série sur la première édition pour souligner l'absurdité de faire une édition limitée à plusieurs millions d' exemplaires.

Just what is it that makes today's homes so different, so appealing ?
Richard Hamilton (1956)


Mais connaissant son affection pour Marcel Duchamp et les artistes abstraits du début XXème siècle, on peut penser qu'Hamilton saisit là l'occasion de rendre hommage au célèbre "Carré blanc sur fond blanc" de Malevitch, premier monochrome homologué de l'histoire picturale.

Carré blanc sur fond blanc
Kazimir Malevitch  (1918)


L'idée (et le succès) du "White album" inspira bien des groupes lors des décennies suivantes. La plupart ne pompent que le nom sans la pochette ("Green album" et "Blue album" - Weezer, "Brown album" - Primus, "Red" - King Crimson...), d'autres reprennent tout le concept. Citons par exemple les Talking Heads, responsables d'un album rouge en 77 et d'un autre noir ("Fear of music") deux ans plus tard.
















"77" et "Fear of music"

Talking Heads


Autres pochettes célèbres dans les mêmes teintes de noir, celles de Metallica, et du rappeur Jay-Z, mais nous y reviendrons plus loin.

















"Metallica" -  "Black album"  (1991) et "The black album" - Jay-Z (2003)



Remarquons en passant que les pochettes présentées ne sont pas à proprement parler de vrais monochromes : à chaque fois subsiste le nom du groupe, ou quelques détails fins (un relief façon plaque d'égoût sur "Fear of music", le serpent de Metallica) venant briser la monotonie de l'ensemble.

Les pochettes intransigeantes sur la question sont plus rares. Un peu normal, vu qu'on a vite fait le tour du prisme et que ça réduit un tantinet l'exposition visuelle du groupe. Le groupe ska punk Skankin' Pickle s'y est collé en 1996, et a également dû coller un sticker par dessus pour qu'on ne confonde pas le disque avec un séparateur de rayonnage. Que la personne qui a déjà écouté le disque n'hésite pas à venir nous dire s'ils ont bien fait.

"Green album" - Skankin' Pickle (1996)


Je ne me souviens pas avoir vu jusqu'ici de pochettes monochromes bleues, il faut dire aussi que cette couleur est quasiment une marque déposée du peintre français Yves Klein qui a quasiment bâti toute sa (courte) carrière sur un seul pot.

"Monochrome bleu" - Yves Klein (1960)


Tout cela rappelle les savoureuses réflexions de Yasmina Reza sur la distinction subtile entre l'art et le foutage de gueule dans sa pièce de théâtre "Art", dans laquelle se déchirent trois amis autour d'une toile blanche à vingt plaques :

Marc : "Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fisn liserés blancs transversaux."
[...]
Yvan : "Comment tu les vois ?
Marc : Pardon ?
Yvan : Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les lignes ?"
[...]
Serge : "Pour moi, il n'est pas blanc. Quand je dis pour moi, je veux dire obectivement. Objectivement, il n'est pas blanc. Il a un fond blanc,avec toute une peinture dans les gris... il y a même du rouge. On peut dire qu'il est très pâle. Il serait blanc, il ne me plairait pas. Marc le voit blanc... C'est sa limite... Marc le voit blanc parce qu'il s'est enferré dans l'idée qu'il était blanc. Yvan, non. Yvan voit qu'il n'est pas blanc. Marc peut penser ce qu'il veut, je l'emmerde."


Deux écoles s'opposent nettement :  ceux qui considèrent les monochromes comme un absolu de liberté artistique et ceux qui n'y voient que fumisterie et argent facile. Pas étonnant que ces derniers se soient manifestés pour parodier le délire abstrait des Beatles. A commencer par les chevelus de Spinal Tap, dans le rockumentaire parodique de Rob Reiner (1983), qui se voient refuser par la maison de disques leur projet de couverture pour leur nouvel album : "Smell the glove". Finalement, le disque sort, avec une pochette monolithique, complètement noire. Ca vous rappelle quelque chose ? Bon, pas sûr que ça soit un hommage au "Carré noir sur fond blanc" de Malevitch, cette fois-ci.


















"Smell the glove" - Spinal Tap (1983)
Projet de pochette et couverture finale


En 1998, les Simpsons (la série) passent aussi à l'attaque, et réussissent à parodier à la fois le "White album" et le "Sergent pepper's..." avec le "Yellow album".


















"Sergent pepper's lonely hearts club band"  - The Beatles (1967) et "The yellow album" - The Simpsons (1998)



Dans la même optique "une pierre deux coups", en 2001, le groupe Beatallica se paie en même temps les Beatles et Metallica, avec un album forcément surnommé... "The grey album". Les chansons sont des mix entre celles des deux groupes, jouées à la métalleuse et s'intitulent "Leper madonna" ( = "Leper messiah" + "Lady Madonna") ou "Blackened the USSR" ( = "Blackened" + "Back in the USSR")...
 
"Beatallica" (2001)


En 2004, c'est Danger Mouse qui tente le grand écart avec un autre "Grey album", en remixant les morceaux du "Black album" de Jay-Z sur des samples des Beatles... Sorti initialement à 3000 copies seulement, l'album récolte vite des critiques élogieuses, mais manque de pot, cette fois-ci c'est EMI, détentrice des droits du "White album", qui manqua d'humour et exigea le retrait du disque illico. On déconne pas avec l'Art, chez EMI.

"The grey album" - Danger Mouse (2004)



Pour conclure ce billet, tout en restant dans le domaine de l'art disons... conceptuel, une question me taraude depuis un moment : j'ai l'impression que beaucoup de groupes que chacun nommera à sa guise pompent allègrement sur un autre artiste bien connu sans jamais le citer : Piero Manzoni. C'est pas  très sportif de ne pas reconnaître ses influences...

"Merda d'artista" - Piero manzoni (1961)

 


PS : Retrouvez dans les commentaires ci-dessous (n°10) l'histoire singulière d'un autre "Black Album" non discuté dans cet article, attribué cette fois-ci à Prince. Christophe du site Pophits est l'auteur du récit en question, infiniment merci à lui pour sa contribution

par Chtif publié dans : Cover art
ajouter un commentaire commentaires (29)    créer un trackback recommander

Ptite pensée ...


Ce site est dédié au plus imprévisible  des chefs cuistos: Keith Moon.
(c'est un peu le bordel sur ce site : il aurait adoré)

La plupart des chroniques publiées ici sont aussi dégotables sur http://www.sefronia.com .



Ils parlent du Chtif : ça prouve qu'ils ont bon goût (ah ah...)
Un jour, un site
Le tour des blogs

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus